Jean-Marc Stevaux, Armurier

Interview réalisée en octobre 2017

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre armurerie ?

Elle est située à Malonne et est spécialisée dans les armes de chasse. Je fabrique sur mesure, dans mon propre atelier, des carabines et fusils de chasse à partir des alliages et bois de luxe les mieux choisis. J’ai ainsi créé une gamme qui porte mon nom. J’assure aussi le service après-vente, la maintenance des armes vendues et effectue la remise en état complète des armes qui nous sont confiées (ajustage, fonctionnement, polissage, gravure, bronzage, rénovation des bois, etc.). En parallèle, la coutellerie a pris ses marques depuis peu dans nos ateliers, sous l’impulsion de Baptiste De Greift : dagues et couteaux de chasse exclusifs de la marque CESAR y sont fabriqués à la demande. Nous mettons également toutes nos compétences à la disposition de nos clients pour les guider dans le choix de jumelles, lunettes de visée et autres articles utiles à la chasse proposés en magasin.

D’où vous vient cette passion pour les armes ?

C’est un peu le hasard. Je savais que je n’étais pas taillé pour suivre un parcours scolaire classique. On m’a parlé de cette section « armurerie » à l’école Léon Mignon de Liège et je me suis dit « pourquoi pas ? ». L’école, qui est la seule dans la partie francophone du pays, à proposer cette option, est très réputée et de nombreux Français franchissent la frontière pour y suivre son enseignement. La formation m’a tellement passionnée que j’ai décidé d’en faire mon métier. Durant quatre années, j’y ai suivi une formation spécifique à l’art du métal et une autre propre au travail du bois. J’y ai fabriqué deux armes, ce qui, en tant qu’étudiant, était quasiment du jamais vu !

Avez-vous été bien formé pour vous lancer dans le métier ?

J’ai acquis les bases nécessaires mais j’ai en plus, durant mes études, profité de mes week-ends pour parfaire mes connaissances en travaillant chez un armurier namurois. A la fin de mon cursus, j’ai été engagé directement par la Maison Lebeau-Courally. J’ai pu me spécialiser dans la plupart des étapes du travail du métal que nécessite la fabrication d’une arme.

En sortant de l’école, j’avais en effet encore beaucoup à apprendre : la fabrication d’une arme nécessite l’apprentissage d’une vingtaine d’opérations différentes ! D’ailleurs, les grandes maisons comprennent plusieurs ateliers avec un ouvrier pour chaque tâche. Quand on se retrouve seul, il faut pouvoir en maîtriser la plupart. Je crois que j’en maîtrise une quinzaine, ce qui n’est déjà pas mal ! Seules les activités de canonnier, de bronzier, de quadrilleur, de trempeur et de graveur sont confiées à l’extérieur. Ce n’est d’ailleurs pas évident de trouver des spécialistes dans tous les domaines… Je dois parfois faire appel à des spécialistes à l’étranger ! Il faut bien se rendre compte qu’une arme comporte quelques 200 pièces de mécanique ! Mes fusils et carabines sont donc en partie sous-traités mais j’en suis quand même le concepteur et le fabricant. La première carabine portant mon nom est sortie en 2005.

Quels sont vos clients ?

Une arme de chasse telle que celle que j’ai conçue a un certain coût… Elle intéresse donc surtout les collectionneurs et des chasseurs fortunés. 

Combien de temps cela vous prend-il de fabriquer un fusil ou une carabine ?

De 500 à 1000 heures de travail…

Au niveau des débouchés, la Fabrique Nationale est un gros employeur.

Le boulot est différent. La FN s’est recentrée sur ses activités « défense », plus industrialisée et plus mécanisée. Personnellement je me considère davantage comme un artisan. Je fais quasiment tout à la main ! Dans de grosses entreprises où l’on peut produire des armes en série, l’employé sera affecté à la fabrication d’une partie de l’arme, pas de son entièreté.

Conseilleriez-vous de se lancer, comme vous l’avez fait, comme indépendant ?

Ce n’est pas tous les jours facile. Les armuriers n’ont pas bonne presse de nos jours… Lorsque je me suis lancé j’ai fait appel à une couveuse d’entreprise qui m’a bien guidé dans toutes les démarches qui, souvent, sont très fastidieuses ! Par ailleurs, il fallait que je fasse connaître ma gamme : je me suis rendu dans des salons, des expositions spécifiques à notre secteur d’activité, en France et en Allemagne. J’ai eu la chance, lors d’un de ces salons, qu’un journal spécialisé s’intéresse au fusil que j’avais créé. C’est ainsi que je me suis fait connaître. Se lancer comme indépendant, c’est aussi devoir faire des investissements : j’ai dû acheter des machines d’occasion mais aussi de nombreux outils.

Quelles machines utilisez-vous ?

Une fraiseuse, une tour et une perceuse, principalement. Et un ordinateur ! En effet avant de concevoir une arme, je la dessine via un logiciel de DAO.

Et comme outils ?

Des limes, ciseaux à bois, des marteaux, des burins, etc.

Diriez-vous que c’est un métier « physique » ?

C’est vrai que l’on est souvent en position debout. Et certains outils sont parfois lourds à manier mais on ne fait pas d’efforts surhumains non plus !

Les qualités essentielles selon vous ?

La patience et la précision !

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre profession ?

Le métier n’est nullement répétitif : sur un jour on effectue plusieurs opérations de fabrication, sur des machines et des outils différents. Et puis, il y a la grande satisfaction de pouvoir présenter aux clients un bel objet.  

Et les aspects un peu plus négatifs ?

L’administratif ! Notre secteur est soumis à une très forte réglementation, ce qui est une bonne chose évidemment, mais cela peut engendrer un surplus de travail.

Présentez-nous un aspect un peu méconnu du métier…

La réglementation concernant les armes est très stricte et rigoureuse et on ne l’apprend pas à l’école, ou du moins pas en profondeur. Il faut donc se former par soi-même à cet aspect bien précis !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.