Jean-Marie Auwers,
Vice-doyen de la Faculté de Théologie

Interview réalisée en janvier 2009

Docteur en philologie biblique et diplômé de l'Ecole Biblique de Jérusalem, Jean-Marie Auwers a une double formation : exégèse de l'Ancien Testament et étude des premiers auteurs chrétiens avec un fort ancrage philologique. Il a également réalisé des travaux de vulgarisation (comme un guide des traductions françaises de la Bible) et effectué bon nombre d’études de critique textuelle sur les écrits bibliques. Il est également le vice-doyen de la Faculté de Théologie de l'UCL.

Monsieur Auwers, quels cours donnez-vous à l'UCL ?

Je donne plusieurs cours sur l’histoire du Christianisme dans l'Antiquité et sur les premiers auteurs chrétiens, ainsi qu’un cours de grec biblique et un cours sur le Judaïsme ancien.

En quoi consistent le bachelier en Sciences religieuses et le master en Théologie organisés par votre université ?

Il est d'abord important de signaler que la Faculté de Théologie accueille aussi bien des laïcs que des religieux et des prêtres de tous pays, qui ont déjà étudié la théologie dans leur pays d’origine. Ces différents publics d’étudiants se destinent à des avenirs parfois forts différents. La première année de bachelier assure d'une part une formation de base en philosophie, en sciences humaines (sociologie, psychologie), en critique historique et en langues anciennes (grec) et modernes (anglais) et, d'autre part, une solide formation dans les branches théologiques : exégèse biblique, histoire de l'Eglise, sciences des religions,réflexion éthique et dogmatique, théologie pratique. Les deuxième et troisième années proposent une formation plus spécifique dans les diverses disciplines théologiques par l'exploration de questions importantes au contact desquelles l'étudiant apprend à approfondir et à structurer sa méthode de travail et sa réflexion. Il élargit la perception de la variété des questions théologiques et des adaptations méthodologiques nécessaires pour les aborder. Outre l'apprentissage d'une langue moderne, le programme comporte une initiation aux langues anciennes dont la connaissance est indispensable à la lecture des textes de traditions biblique et chrétienne : grec biblique, latin et hébreu en option.

Le programme du master en Théologie permet quant à lui de mieux connaître et comprendre la foi chrétienne et de l'ouvrir aux défis d'une culture en pleine mutation. Il est conçu de manière à favoriser une approche interdisciplinaire entre les domaines de la théologie d'abord, mais aussi avec la philosophie et les sciences humaines. Par exemple, l'exégèse biblique articule la philologie, l'histoire, les théories littéraires. La théologie pastorale s'appuie sur la sociologie, l'anthropologie et la psychologie. Le master offre la possibilité de s'orienter vers l'enseignement (finalité didactique) ou vers la recherche (finalité approfondie). Au sein de la finalité approfondie, cinq filières de formation sont proposées : "Exégèse biblique", "Histoire du Christianisme", "Théologie dogmatique (ou systématique)", "Ethique", "Pastorale".

Et en quoi consiste le programme du master en Etudes bibliques (UCL) ?

Il assure une formation approfondie en exégèse et langues bibliques. Il s'articule autour des différents domaines des sciences bibliques : langues bibliques, histoire et culture bibliques, méthodes de l'exégèse, lecture et herméneutique de textes des deux Testaments. Il propose deux finalités : didactique (enseignement) et approfondie (recherche en exégèse biblique).
L'apprentissage de la méthodologie spécifique de l'exégèse biblique et de la maîtrise des langues anciennes se situe dans des séminaires et dans des activités à participation active : travail individuel, travail et débats en groupe, accompagnement par l'enseignant. La Faculté de Théologie de notre université participe activement au Réseau international de recherche en analyse narrative des textes bibliques.

Pouvez-vous aussi nous décrire le master en Sciences des religions organisé également par l'UCL ?

Les études universitaires en sciences des religions visent la connaissance d'au moins deux religions importantes (parmi le Christianisme, le Judaïsme, l'Islam, le Bouddhisme et l'Hindouisme) et l'acquisition des clés de compréhension proposées par les sciences humaines. Il vise en priorité l'acquisition de méthodes d'analyse, de théorisation et de pratiques de terrains. Il offre une initiation à la méthode dans chacune des disciplines majeures des sciences des religions : philosophie, histoire, droit, sociologie, psychologie, théologie.

Il existe également, mais à l'ULB cette fois, un bachelier et un master en Sciences des religions et de la laïcité. Pouvez-vous nous le présenter brièvement ?

Il s’agit d’une formation en cinq ans, dont le programme met l'accent sur l'apprentissage critique des phénomènes religieux et les enjeux de la sécularisation de la société. La formation s'appuie sur les notions de libre pensée et de libre examen, conformément à la tradition de l’ULB. Elle présente aussi la particularité de proposer une finalité Assistance morale laïque.
L’orientation est peut-être plus historique que celle qui est proposée à Louvain-la-Neuve, où la formation fait une large place aux sciences humaines (il y a une filière socio-anthropologie des religions et une filière psychologie de la religion) et au droit des religions (qui est une troisième filière).

Que diriez-vous à une personne qui vient de terminer son bachelier mais qui ne sait pas vers quel master se diriger ?

Si son souhait est de découvrir et confronter les différentes religions, alors je lui conseillerais de s'inscrire dans le master en Sciences des religions. S'il souhaite approfondir la foi chrétienne de l’intérieur, le master en Théologie est plus indiqué. Enfin, si la Bible est le sujet d'étude qu'il préfère, si l'acquisition des langues bibliques l'intéresse, il s'orientera plutôt vers le master en Etudes bibliques.

Faut-il être croyant pour suivre ce type d'études ?

Pas nécessairement, mais il faut être intéressé, je dirais même passionné, par les questions de foi et de religion. Il faut accepter de se laisser travailler par ces questions.

Y a-t-il des pré-requis pour entamer des études religieuses ?

Il n'y a aucune condition d'admission particulière, mis à part le CESS (Certificat d'Enseignement Secondaire Supérieur). Il ne faut pas spécialement avoir fait du latin ou du grec durant ses études secondaires, car leur apprentissage est prévu dans le programme des premières années. Par contre, une connaissance de base d’une langue moderne (en principe l’anglais) est un pré-requis.

Combien de nouveaux étudiants s'inscrivent chaque année en 1ère bachelier en Sciences religieuses et quel est leur profil ?

Ils ne sont généralement pas plus de 5 (mais les cours sont fréquentés par des étudiants d’autres facultés, notamment dans le cadre de la mineure en théologie). Ils peuvent sortir de dernière année secondaire ou avoir déjà un vécu professionnel et personnel. Ils peuvent ainsi être d’anciens universitaires. Dans ce cas-ci, il est d'ailleurs possible qu'ils intègrent déjà la formation en 2e voire en 3e année, car les acquis de l’expérience sont pris en compte. Ils peuvent aussi être des professeurs qui enseignent d’autres disciplines dans l'enseignement secondaire et qui veulent ajouter une corde à leur arc afin de pouvoir enseigner la religion dans le degré supérieur. On retrouve dans nos cours aussi bien des Belges que des personnes étrangères, majoritairement originaires d'Afrique ou d'Amérique du Sud : ce sont notamment des prêtres venus en Belgique pour réaliser un doctorat en vue d’enseigner dans un séminaire.

Quels conseils donneriez-vous à des personnes intéressées par ces études ?

Bien se renseigner sur les études et participer aux cours ouverts organisés durant les congés scolaires des rhétos. Par ailleurs, il faut bien comprendre que la théologie n'est pas la même chose que la prêtrise. Si c'est vers la prêtrise que la personne veut s'orienter, elle doit prendre contact avec un séminaire diocésain.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.