Jean-Michel Frere, Metteur en scène

Interview réalisée en septembre 2008  —  Interview 604

Quelles sont les études que vous avez suivies ?

Ma première formation est un régendat en français-histoire. A 18 ans, je ne savais que faire de ma vie et j’ai donc choisi ces études parce que ces deux matières m’intéressaient. Les professeurs de français que j’ai rencontrés ont provoqué plusieurs déclics : réflexion sur les mécanismes de notre langue et rencontre-choc de l’oeuvre théâtrale de Tadeusz Kantor. Ensuite, je me suis fait la main en créant une compagnie d’amateurs, j’ai suivi de nombreux stages un peu partout en Belgique, j’ai été l’assistant de quelques metteurs en scène réputés (F. Marijnen, D. Bezace), j’ai repris des études théoriques sur le théâtre : la licence en Etudes Théâtrales à Louvain- la -Neuve, et je me suis finalement lancé dans l’écriture de mon premierspectacle professionnel, créé en 1993.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le milieu du spectacle ?

Je l’ignore encore. En tout cas, je ne fais pas partie de ceux qui disent « déjà tout petit… ». Cela s’est déclenché plus tard. Vers 19-20 ans, la littérature, la philosophie et mon intérêt pour les arts plastiques et les musiques ainsi que mes angoisses existentielles m’ont amené à écrire et je ne sais pourquoi j’ai tout de suite écrit des dialogues. Après, j’ai voulu donner vie sur scène à ces textes et voilà j’étais tombé dedans. Rétrospectivement, je peux dire qu’inconsciemment, je sentais, à l’époque, que le théâtre était le lieu et la forme d’expression qui pouvait me permettre de combiner tous mes centres d’intérêt : philo, musique, arts plastiques…

Quel a été votre parcours professionnel ?

Depuis 91-92, je vis du théâtre. Directement, par l’écriture et la mise en scène de mes propres projets ou indirectement, via l’enseignement du théâtre en école secondaire et au Conservatoire de Liège, par l’animation de stages, mise en scène de projets amateurs, mise en scène d’événements, collaboration comme dramaturge ou metteur en scène sur des spectacles d’autres créateurs… J’ai créé une quinzaine de spectacles (dont « Trois secondes et demie », « S.C. 35c » et « Kermesse ») pour près de 1000 représentations. Dès mes débuts, je me suis engagé dans une démarche de création de spectacles originaux et expérimentaux. Mes projets cherchent de nouveaux rapports au public (projets où acteurs et public partagent le même espace) ou mélangent le théâtre à d’autres langages artistiques : la vidéo, la danse (breakdance), le cirque, la musique live… Depuis 2006, la Compagnie pour laquelle je travaille (la Compagnie Victor B) est conventionnée par la Communauté Française. Depuis 2008, elle est accueillie enrésidence au Théâtre de Namur.

Comment définiriez-vous la mise en scène ? Qu’est ce qui la différencie de la scénographie ?

Beaucoup de gens disent l'un pour l'autre, or ce sont deux métiers complètement différents. Le scénographe est celui qui conçoit l’espace de la représentation. Avant, on parlait de « décorateur », mais avec les avancées de cette discipline, un nouveau terme s’imposait : c’est la scénographie. Le scénographe conçoit l’espace de jeu, mais aussi le rapport acteur-spectateur. La mise en scène est l’art de concrétiser un concept, une idée, sur un plateau. Le metteur en scène est souvent le « porteur » du projet, cela veut dire qu’il doit convaincre et guider les équipes artistiques et techniques, mais aussi convaincre les financeurs potentiels d’investir de l’argent sur son projet. Il amène la proposition artistique (parfois, il y a aussi des « commandes »), choisit ses acteurs (pas toujours) et ses autres collaborateurs artistiques (scénographe, costumier, éclairagiste, vidéaste, musicien…). C’est lui qui détermine les axes du travail, ses intentions... Il organise le travail et dirige l’équipe pour arriver au résultat qu’il a entrevu dans sa tête avant de commencer. Même si le résultat final est complètement différent de cette vision première !

Peut-on dire que la mise en scène est un travail d’équipe ?

La mise en scène n’est pas un travail d’équipe, mais la réalisation du projet elle- même est un travail d’équipe dans lequel le metteur en scène joue le rôle d’un « chefd’orchestre ».

Concrètement, comment préparez-vous vos mises en scène ? Avez-vous une méthode particulière ?

A partir du moment où j’ai l’ « image » du spectacle dans la tête, tout se passe comme décrit ci-dessus.

Quelles sont les difficultés rencontrées au cours de votre carrière ?

La principale difficulté dans notre pays est de trouver des financements. Les démarches sont longues et pénibles, voire infantilisantes (il faut toujours tout justifier, même après 15 ans de métier !), les budgets sont très limités et donc nous devons quand même formater nos rêves : tout n’est pas possible. Ces problèmes de budget nous obligent aussi à cumuler les métiers : impossible de vivre uniquement de nos mises en scène, il nous faut, même si ce sont des jobs liés au théâtre, accepter d’autres prestations. C’est à la fois enrichissant (dans tous les sens du terme), mais c’est aussi du temps perdu sur ce qui constitue notre premier travail. Le problème des infrastructures, des salles de répétitions, trop peu nombreuses et mal équipées,est aussi important.

Selon vous, peut-on vivre de ce métier en Belgique ou faut-il d’autres cordes à son arc ?

Rares sont ceux (1 ou 2 sur 100) qui ne vivent que de ça. La majorité des gens avec lesquels je travaille sont dans cette situation de cumul ou de « chômage avec statut d’artiste » qui permet de survivre lors des projets où il n’est pas toujours possibled’être rémunéré pour l’entièreté de la prestation.

Quels seraient les conseils à donner aux jeunes qui veulent se lancer dans la mise en scène ?

D’être conscient des réalités du métier et de ses difficultés, de ne pas avoir peur d’aller chercher infos et conseils auprès des professionnels. D’être certain de ses motivations.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.