Jean-Pierre Vanbostal,
Chargé de projet recherche et développement textile

Interview réalisée en octobre 2014

En quoi consiste l’activité professionnelle d’un chargé de projet recherche et développement textile ?

Tout d’abord, il s’agit de s’inspirer du marché.

En général, l’habillement est en avance sur les autres secteurs du textile. Il convient donc de s’en inspirer tant en termes de structures que de couleurs et d’envisager les résultats que l’on pourrait obtenir pour un produit d’ameublement et de décoration. Il faut participer à des salons, bouger, se documenter, faire des recherches sur Internet pour avoir une vision de ce qui se fait.

Chez De Poortere Frères, nous travaillons avec la technique du velours. Il faut donc trouver les matières permettant de faire ce velours. En effet, il y a une limite en termes de grosseur de fil. Il faut trouver la texturation du fil, sa structure. Sa matité, son lustre. Le type de fil. Tout cela pour voir comment le teindre. Il faut se poser la question des teintures en mélange (mélanger du synthétique avec de l’artificiel ou avec du naturel, avec du coton, de la viscose, etc.). Il est nécessaire d’avoir beaucoup de contacts avec les fournisseurs. L’impact prix doit être examiné car le produit doit être vendu à un certain montant. Vous avez donc une limite au niveau du prix d’achat. Cela implique une part de négociation. Ceci est valable pour une petite structure telle que la nôtre. Dans les grandes entreprises, c’est beaucoup plus segmenté. Des personnes sont designers ou acheteurs. Ici, nous jonglons avec tout.

Après, il faut connaître les armures, les montages, afin de savoir comment mettre le fil sur une ensouple et le faire travailler sur un métier.

Puis, vient le questionnement sur la façon de teindre le produit.

Cela requiert une vision globale de ce qui se fait et de nombreux contacts, y compris avec des sous-traitants (calandrage, gaufrage, impression numérique, gravure laser, etc.) et des fabricants de machines.

C’est très riche. C’est la partie la plus intéressante de mon travail.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce secteur ?                      

Un enseignant. Son premier cours sur les textiles techniques.

Il a pu susciter un réel intérêt. Bien sûr, toutes les matières ne m’intéressaient pas et j’ai dû les étudier tout de même ! Mais ce qui a suscité mon intérêt, c’est une personne.

Il y a peut-être également un lien avec mon passé car, bien que je ne l’aie pas connu lorsqu’il travaillait, mon grand-père paternel était teinturier.

Quels sont les inconvénients du métier ?                     

En termes de création, il y a parfois certaines contraintes techniques. On rêve de faire un tissu transparent, illuminé… On rêve de faire des choses incroyables ! Les contraintes techniques et du marché (prix), vous limitent parfois. Malgré tout, c’est un élément mineur car il y a toujours des portes de sortie qui vous permettent de faire des choses différentes et qui suscitent un intérêt. Ce n’est donc pas un problème capital.

Quels en sont les avantages ?

La diversité.

Le fait de voir ses créations. C’est fantastique de se rappeler qu’un produit est arrivé au cours d’une discussion. Se rappeler qu’on parlait avec telle personne à tel endroit, que l’idée est tout à coup venue et que deux ans plus tard, cette idée fait tourner la moitié de l’usine et que, grâce à cela, vingt personnes ont du travail. C’est ce qui est motivant. Il n’y a pas de reconnaissance dans la presse, c’est confidentiel. Mais très enrichissant !

C’est formidable de voir ses réalisations et de les voir transformées. Par exemple, lorsque vous êtes sur un salon et que vous voyez ce que le client en a fait ou lorsque vous êtes dans une chaîne d’hôtels et que vous y voyez quelque chose qui vient de chez vous. Bien entendu, il existe un délai. Car il y a souvent presque quatre ans qui s’écoulent entre le moment où vous avez pensé au produit et le moment où vous le voyez sur le marché. Il faut exercer le métier quelques années pour voir le résultat !

Quelles sont les qualités à avoir pour bien exercer votre fonction ?

Être curieux, créatif et ne pas avoir peur d’essayer. Il y a toute une partie de connaissance mais c’est quand même un jeu d’essais et d’erreurs. Vous ne savez jamais si cela va fonctionner ou pas.

Il faut également avoir le sens de l’écoute. Si vous n’écoutez pas, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que la personne en face de vous est capable de vous donner, tant en termes d’informations qu’en termes de produit. Prenons l’exemple d’un filateur. Lorsque vous voyez un fil, vous vous dites qu’il n’y a rien de plus ressemblant à un fil qu’un autre fil. Surtout que nous travaillons à la base avec du fil écru. Le filateur ignore ce qu’on va faire avec le fil, y compris pour une question de confidentialité. Il faut donc beaucoup écouter pour comprendre ce qu’il est capable de faire, de vous transmettre et considérer ce que vous pouvez en faire. L’écoute est un point important.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune intéressé par votre métier ?

Foncer !

Apprendre les langues. Evidemment, l’anglais est fondamental. Étant donné l’importance de l’écoute dans notre métier, je conseillerais donc d’apprendre un maximum de langues. Si vous êtes capable d’écouter ce qu’il se passe sur divers marchés... A l’heure actuelle, quelqu’un qui connaîtrait le chinois, ce serait formidable.

Voyager, être curieux. Et foncer ! Ce sont les échecs qui font rebondir. Une longue vie tranquille, cela n’apporte pas grand-chose.

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.