Jean Plumier,
Directeur de la Direction Archéologie au SPW

Interview réalisée en janvier 2009

La Direction de l’Archéologie au sein du département du Patrimoine du Service Public Wallonie, assure l’étude, la valorisation et la préservation du patrimoine archéologique wallon. Son directeur, Jean Plumier, évoque les découvertes effectuées par les archéologues de son service.

Quelles sont les grandes missions de la Direction de l'Archéologie ?

Effectuer tous les travaux d'études et de recherches relatifs aux sites archéologiques. Elle entreprend elle-même, avec ses archéologues, des fouilles et mène des recherches scientifiques s'y rapportant. Elle constitue aussi une documentation systématique (notamment un inventaire des sites) sur les fouilles archéologiques entreprises en Région wallonne, sur les monuments d'intérêt archéologique et sur les produits de fouilles.

Combien d'archéologues y travaillent ?

Ils sont actuellement 45 qui travaillent pour la Direction de l'Archéologie. La grande majorité d'entre eux sont sur le terrain et effectuent des fouilles préventives. Mais nous avons également au sein de notre service des agents administratifs nécessaires pour traiter les archives, les inventaires de sites, les rapports avec l'urbanisme... Des métiers spécifiques sont aussi présents : anthropologue, géologue, pédologue, céramologue, restaurateur... Plus largement, comme au sein du Département du Patrimoine, se retrouvent aussi d'autres métiers : agent comptable, architecte, architecte des jardins et du paysage, conducteur de travaux, géomètre-topographe, historien, historien de l'art, infographiste, juriste, photographe…

En quoi consiste l'archéologie préventive pratiquée par les archéologues de la Direction de l'Archéologie ?

Lorsque l'on aménage un terrain, que l'on construit ou que l'on effectue des transformations, on est susceptible de mettre au jour des éléments du patrimoine archéologique qui risquent d'être ignorés et de disparaître sans étude. C'est pourquoi il est essentiel que des archéologues interviennent avant ou durant les travaux afin de repérer ces témoins du passé, de les comprendre au mieux, de les enregistrer et de les porter à la connaissance de tous. Outre son intérêt patrimonial, la démarche archéologique préventive peut aussi être profitable à l'aménageur grâce aux informations fournies sur la nature du sous-sol. Pour connaître les projets de travaux et planifier leurs recherches, les archéologues du Service Public de Wallonie examinent les demandes de permis d'urbanisme et prescrivent des interventions selon le type d'aménagement et notamment selon des critères de localisation, de superficie, de profondeur… A l'issue de nombreux contacts et en concertation avec l'aménageur, les investigations archéologiques sont réalisées dans des délais compatibles avec le calendrier des travaux.

Que se passe-t-il en cas de découverte exceptionnelle ?

Une clause est prévue dans le protocole d'accord (entre l'aménageur et nous) qui reprend les procédures, les règles de sécurité, les délais et les coûts notamment. Par exemple, on peut renégocier le délai initialement prévu pour effectuer les fouilles ou envisager l'intégration de cette découverte dans le projet. S'il s'agit d'une découverte fortuite, en cours de travaux, nous
devons être appelés et on décide au cas par cas selon l'intérêt des vestiges découverts.

Que font concrètement vos archéologues sur le terrain ? Pouvez-vous nous décrire leurs tâches ?

Dans un premier temps, l'archéologue s'attache à sonder le sous-sol ou le bâtiment afin de détecter la présence de vestiges. A l'aide d'une pelle mécanique, des tranchées sont creusées dans le sol à intervalles réguliers de manière à sonder toute la surface concernée par les travaux d'aménagement. L'archéologue veille à ce que le grutier retire la terre arable puis décape les couches successives de terrain jusqu'au niveau des vestiges éventuels, en fonction de la profondeur des travaux projetés. Les traces et indices repérés sont inventoriés (mis sur plan, photographiés, décrits) et analysés afin de déterminer le type de site, son importance et sa chronologie. Lors de l'analyse des bâtiments, des sondages sont réalisés dans les murs, les enduits, les mortiers, les sols ou encore les charpentes à l'aide d'outils appropriés. Si les découvertes sont probantes, la campagne de fouilles suit immédiatement ou est planifiée en concertation avec l'aménageur.

Quand procède-t-on à des fouilles de prévention ?

Lorsque des éléments archéologiques significatifs ont été repérés lors des sondages préalables ou assurés par des sources documentaires, les archéologues procèdent alors à un décapage extensif du terrain pour mettre les vestiges en évidence. En archéologie du bâti, les murs sont décapés, les sols démontés, les charpentes examinées. Les archéologues répertorient toutes les traces et indices découverts, les topographient et les enregistrent par des descriptions, des dessins ainsi que des photos. Ils prélèvent des échantillons pour les datations et les études de sciences naturelles. L'archéologue peut parfois se contenter d'effectuer des suivis de chantier. Lorsque le risque de découverte archéologique est faible, que les délais ou que les contraintes empêchent toute intervention préalable, la surveillance des travaux est parfois l'unique moyen de recueillir l'information. Les vestiges éventuellement découverts sont relevés sans perturber le déroulement des travaux. Après des sondages infructueux et à la fin des fouilles, les archéologues rebouchent les tranchées et libèrent le terrain ou le bâtiment selon les accords conclus avec l'aménageur. Dans certains cas, les vestiges peuvent être valorisés sur place, avec l'accord des deux parties.

Quelle peut être la durée d'un chantier ?

Elle est très variable. D'une quinzaine de jours à six mois, environ, selon qu'on se trouve en milieu rural ou urbain (ce dernier étant plus complexe car plus stratifié).

Intervenez-vous en cas de découverte par un tiers ?

Une découverte fortuite, réalisée lors de travaux ou en toute autre circonstance, doit légalement nous être signalée, dans un délai de trois jours, ou à la commune où le bien est situé. Nous prenons alors les dispositions nécessaires selon l'importance de la trouvaille : sondage, fouille ou simple rapport.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples récents de fouilles préventives effectuées par vos archéologues ?

Le programme d'épuration des eaux de la Ville de Namur a nécessité la réalisation de fouilles préventives dans des emprises circulaires à la place Maurice Servais par exemple.
Ce quartier de l'époque gallo-romaine à la période moderne a été passé sous la loupe de nos archéologues. A Chimay, les travaux de pose d'un collecteur ont recoupé les remparts médiévaux et permis de compléter les données connues. L'ancien refuge de l'Abbaye de Bonne-Espérance à Mons a fait l'objet de travaux de rénovation. Le décapage des murs par l'entreprise a fait apparaître un papier peint du XIXe siècle conservé sous des revêtements récents, nécessitant une intervention des archéologues.
A Dinant, sur les quelque 2500m² destinés à un projet immobilier (Oblats), les fouilles préventives ont permis l'étude d'un quartier médiéval dévolu à la dinanderie.

Comment se coordonne l'activité des archéologues ?

Nous couvrons toute la Wallonie. Ainsi, des fouilles sont entreprises dans les différentes provinces. Une fois par mois je rencontre les cinq chefs d'équipe, qui sont en quelque sorte mes bras droits, chacun d'entre eux étant responsable d'une province, afin de faire le point sur les chantiers en cours et ceux qui le seront prochainement ainsi que pour définir les priorités et les moyens qui doivent être mis à disposition sur chaque chantier. Certains sites ne nécessitent la présence que d'un seul archéologue (entouré par d'autres spécialistes, comme un géologue, un pédologue... et divers opérateurs, ouvriers et techniciens de fouilles) mais d'autres nécessitent plus de moyens humains, logistiques et financiers.

Votre Direction engage-t-elle régulièrement de nouveaux archéologues ?

Il y a deux ans, nous avions lancé une vaste campagne de recrutement via le SELOR. Trente archéologues ont ainsi été engagés. Il n'y a pas de nouvelle campagne prévue actuellement mais, d'ici quelques années, certains de nos archéologues auront atteint l'âge de la pension et il faudra donc les remplacer.

Auriez-vous un conseil à donner à un jeune tenté par ce métier ?

Bien mettre à profit ses temps libres pour s'investir dans des projets archéologiques. Régulièrement des stages sont organisés, que ce soit au sein du Service public de Wallonie ou dans des musées, des ASBL. On peut oeuvrer sur un chantier ponctuellement, comme bénévole ou comme jobiste. Cela permettra d'acquérir une plus grande expérience de terrain, indispensable si on veut un jour persévérer dans ce domaine. Partir à l'étranger afin d'avoir une autre expérience est aussi très intéressant. L'important est d'être curieux, de se documenter, mais aussi d'accepter des responsabilités au sein d'une équipe.

Qui finance les fouilles archéologiques en Wallonie ?

Les interventions préventives sont financées par le Service Public de Wallonie. Certaines opérations archéologiques de grande envergure bénéficient cependant de l'aide financière d'entreprises publiques ou privées soucieuses de favoriser la sauvegarde de notre patrimoine. A l'avenir, il n''est pas exclu que le principe de l'aménageur-payeur soit appliqué aussi en Wallonie, comme partout en Europe; ceci permettrait d'augmenter les moyens d'action et d'être donc encore plus opérationnels.

Y a-t-il une facette moins connue du métier ?

La rédaction de rapports, qui occupe près de 40% du temps de travail. Après chaque chantier, un rapport doit être rédigé pour être publié en interne ou en externe. Les résultats des interventions archéologiques peuvent être diffusés vers l'extérieur par le biais des médias, de publications, de conférences et d'expositions. Un archéologue doit donc pouvoir manier la truelle et la plume !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.