Jérôme Magnée, Manager Logistique

Interview réalisée en février 2019

Quel a été votre parcours en logistique avant de devenir manager ? 

J’ai fait un bachelier en Management de la logistique. J’ai débuté comme jobiste d’été chez Hesbaye Frost qui est spécialisé dans la culture et la surgélation de légumes, pâtes, riz et divers produits réhydratés (pois chiches, quinoa, haricots rouges, etc.). Le tri au tapis de production ou le nettoyage des sols à la lance à incendie remplissaient mon quotidien pendant cette période. Un jour, j’ai été appelé au service logistique. Contents de mon travail, ils m’ont proposé de prester pendant les vacances scolaires tout au long de l’année. J’y ai ensuite effectué mon stage de deuxième année : je travaillais un vendredi toutes les deux semaines à classer, encoder, trier, ranger, etc. Peu à peu, j’ai pu acquérir les compétences de base nécessaires à un service d’expédition en parallèle à mon cursus. J’ai également effectué mon stage de dernière année chez Hesbaye Frost et j’ai été engagé à la fin de mes études. 

En quoi consistait votre travail ? 

Mon job consistait à encoder les commandes, confirmer les disponibilités aux clients et à organiser les transports et la préparation de commande. J’ai rapidement hérité de la responsabilité de l’équipe déjà en place et j’ai donc étendu mon panel de compétences opérationnelles. J’ai eu la chance et le plaisir de participer à de nombreux projets enrichissants et intéressants comme la mise en place d’un système de gestion d’entrepôt ainsi que l’analyse fonctionnelle et l’implémentation d’un entrepôt full automatisé. Ensuite, j’ai eu l’opportunité d’évoluer et d’occuper la fonction de Manager S&OP (Sales & Operations Planning). 

Pouvez-vous nous donner des exemples de vos tâches ?   

Le rôle de notre service S&OP est de s’assurer que tous les éléments sont en place au bon moment afin de garantir une stabilité dans les fournitures. Nous devons donc mensuellement estimer les prévisions de ventes, organiser les flux de matières et d’informations en amont. Notre responsabilité est aussi d’établir un planning cohérent qui répond aux besoins de nos clients et qui est en phase avec notre capacité industrielle. Lors de réunions, nous définissons ce qui doit être produit en matière première, les manquants éventuels aux volumes contractés et nous gérons les stocks obsolètes. 

Et au niveau logistique ? 

Je m’assure que les commandes de ventes rentrent et que le stock y soit alloué le plus rapidement possible afin de respecter les dates de livraison demandées. Une bonne communication vers nos clients et entre les membres de l’équipe est primordiale. Une fois les commandes allouées, nous contactons le transporteur le plus à même d’effectuer le transport. Nous travaillons principalement en transport routier et parfois en maritime. Je veille ensuite à ce que le planning du lendemain soit connu afin de prévoir le personnel correspondant à la charge de travail et je prépare les derniers documents nécessaires à la préparation des expéditions.

Comment définiriez-vous votre rôle de manager ?

Nous sommes dans un environnement qui a connu beaucoup de changements ces deux dernières années en raison de l’expansion de l’activité générée par les ventes soutenues et les investissements colossaux réalisés. Mon rôle est de trouver les optimisations qui doivent être mises en place afin de rester proactifs et de gérer le changement plutôt que de le subir. Je dois faire le maximum pour que nos clients souffrent le moins possible de ces changements. De façon hebdomadaire, nous définissons avec le service clientèle les priorités à intégrer dans le planning sur un horizon de trois semaines. 

En outre, j’ai des tâches quotidiennes de pilotage : des indicateurs de performance nous aident à faire les corrections nécessaires, à garder le cap et à atteindre les objectifs définis avec la direction. Pour cela, je dois sans cesse remettre en question ce que nous faisons et comment nous le faisons. 

C’est une fonction à grande responsabilité.

Oui, mais je prends beaucoup de plaisir, notamment à être proche des membres de mon équipe. Je tiens tout particulièrement au fait qu’ils se sentent soutenus surtout quand la tension est palpable. Je ne résous pas les soucis à leur place mais j’essaie de les faire gagner en assurance tout en les incitant à se remettre eux aussi en question et à apprendre de leurs erreurs.

Parfois des « recadrages » sont nécessaires et, en fonction de l’interlocuteur, il faut faire preuve de plus ou moins de fermeté, mais toujours d’une manière juste. 

Je fais le maximum pour que chacun soit informé de la situation, des évolutions de l’entreprise et des décisions qui sont prises. Dans le cadre d’un entretien de progrès formalisé, chaque membre reçoit  un feed-back sur ce qu’il a réalisé et sur les objectifs personnels à atteindre. 

Dans le sens inverse, j’attends d’eux qu’en qualité d’experts dans leurs domaines respectifs, ils partagent leurs avis et leurs idées afin de prendre les meilleures décisions possibles.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de difficultés rencontrées dans l’exercice de votre métier et les solutions que vous pouvez y apporter ?  

On fait parfois face au : « Je suis trop occupé pour trouver le temps de m’organiser » ! Il est souvent nécessaire de s’arrêter, de lever la tête du guidon pour mettre en place une autre organisation ou une autre manière de faire. C’est un challenge de modifier les habitudes de quelqu’un. Ensuite, il y a des signes qui montrent qu’une personne est au maximum de ce qu’elle peut donner ou semble « au bout du rouleau ». Il faut être attentif à cela et être rapide à réagir pour lui proposer une aide temporaire ou structurelle. La charge de travail et les pics à absorber font partie de cette gestion du capital humain à ne pas négliger.

Un deuxième exemple de difficulté : les pannes ou arrêts techniques de machines du hall de conditionnement. Il n’est pas aisé de faire relativiser les arrêts au responsable planning qui voit son travail « saboté » de la sorte. Dans ce cas, on doit être réactif à planifier de nouveau et faire preuve d’une communication claire et directe avec les différents services impliqués en amont et en aval. De même, les priorités parfois versatiles de nos clients peuvent nous contraindre dans l’optimisation du planning. Cette difficulté est la même dans la partie logistique expédition où une panne d’AGV[1] au treizième étage, à -22°, peut durer parfois de longues heures pendant lesquelles le chargement des camions est à l’arrêt. A nouveau, une excellente gestion des priorités est nécessaire afin de réduire l’impact sur les livraisons chez nos clients ainsi que les coûts liés aux frais d’attente.  

Troisième exemple, le fait que notre secteur soit par définition saisonnier implique qu’une fois la saison de production terminée, nous devons livrer les besoins d’une année entière avec le stock produit. Des achats externes de produits doivent donc être organisés à un moment ponctuel de l’année pour pouvoir assurer les fournitures. Il faut dès lors être sur le qui-vive au niveau transport pour rapatrier ces volumes parfois conséquents sur une courte période. Tout cela en surveillant notre budget transport, en tenant compte des capacités de stockage et en assurant une activité à réception la plus lissée possible pour notre service logistique. 

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette fonction ? 

J’apprécie le fait de pouvoir mettre en place des actions concrètes et de voir les améliorations obtenues. J’aime aider les autres à réaliser leurs objectifs et distribuer les bons points lorsque nous les réalisons. J’aime être un des moteurs de cette dynamique positive dans laquelle chacun s’inscrit. 

Pensez-vous que le bachelier vous a suffisamment formé pour exercer cette fonction ?  

On se forme plus sur le terrain que dans une salle de classe évidemment, mais le bachelier en Management de la logistique m’a aidé à poser les bases de mon apprentissage, à toucher à tous les modes de transports. Il m’a donné une vision globale et correcte de ce qu’est la Supply chain. 

En aucun cas, on ne peut prétendre à un poste manager en sortant d’un bachelier mais celui-ci  forme suffisamment pour débuter avec d’excellentes bases comme gestionnaire ou superviseur dans un quelconque service où la logistique est présente. Ajoutez à cela une expérience de quelques années et la motivation d’évoluer au sein de l’entreprise, vous pouvez alors devenir manager. Grâce au travail et à la persévérance, vous pourrez gravir les échelons afin d’obtenir plus de responsabilités, de devenir cadre tout en vous formant.

Quelles connaissances, autres qu’en logistique, pourraient être intéressantes pour exercer un tel poste ?   

Les langues sont très importantes et on acquiert de meilleures connaissances avec de la pratique. Selon moi, l’anglais et le néerlandais sont indispensables. Une 4e langue est un plus. Des formations complémentaires en management peuvent être très utiles…   

Que donneriez-vous comme conseil à une personne qui voudrait exercer votre métier ?  

C’est un secteur en pleine évolution, que l’on soit dans le cadre d’un prestataire de service ou chez un industriel ou même dans le domaine douanier. Soyez curieux et ne vous focalisez pas sur un seul secteur. La place de la technologie y est grandissante, les postes à pourvoir sont nombreux, les possibilités d’évolution sont très larges et il y a toujours à apprendre. Toute une panoplie de formations supplémentaires est disponible et devrait encore s’ouvrir vu le développement du domaine d’activités. Si vous êtes compétents et faites preuve de persévérance, vous pouvez avoir un métier vraiment intéressant. 


[1] AGV : Automatic Guided Vehicle

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.