Jérôme Nzolo, Arbitre

Interview réalisée en décembre 2008

Arrivé au plus haut niveau de l’arbitrage comme une météorite, Jérôme Efong Nzolo arpente tous les terrains de football du Royaume avec son sifflet et son éternel sourire. Il fut élu meilleur arbitre des saisons 2006-2007 et 2007-2008.

Monsieur Nzolo, faut-il être un passionné de football pour être arbitre ?

Oui. En tout cas, moi, je le suis ! J’ai longtemps joué au foot dans mon pays natal, le Gabon. Malheureusement, je me suis blessé alors que j’étais très jeune. Un arbitre gabonais m’a alors incité à me lancer dans l’arbitrage. C’était pour moi une bonne façon de garder un pied dans le milieu. A 14 ans, j’ai donc suivi la formation pour devenir arbitre. A 21 ans, j’ai arbitré la finale de la Coupe du Gabon devant 40000 personnes. Un fabuleux souvenir !

Vous êtes arrivé en Belgique en 1995. Dans quelles conditions ?

A 21 ans, j’ai obtenu une bourse pour étudier en Belgique. Je me suis inscrit à l’Université du Travail de Charleroi en électromécanique, études qui m’ont pris cinq ans. Ensuite, j’ai suivi des cours d’éducateur au CESA de Roux car c’était vraiment le contact avec les gens qui m’intéressait. Mon acclimatation ne fut pas si simple que ça. J’ai quitté le soleil du Gabon pour l’hiver belge ! Finalement, après quelques mois, je me suis adapté. J’exerce donc maintenant le métier d’éducateur dans un centre d’accueil pour enfants âgés de 12 à 18 ans en difficulté situé à Saint-Gilles et qui s’appelle « La Sonatine ». J’exerce à mi-temps ce qui me permet de me consacrer à ma grande passion, l’arbitrage.

Quel fut votre parcours pour arbitrer en Belgique ?

Ma formation d’arbitre au Gabon ne me permettait malheureusement pas d’officier sur les terrains belges. J’ai donc d’abord dû m’affilier à un club belge pour pouvoir suivre la formation d’arbitre belge. Parallèlement, j’ai aussi recommencé à jouer au football. Je me débrouillais pas trop mal ! Je marquais plusieurs buts en une saison, à tel point que les dirigeants du club ne voulaient plus trop que je perde de l’énergie dans l’arbitrage. Heureusement, je ne les ai pas écoutés. Je ne m’attendais pas à franchir aussi vite les étapes qui me mèneraient parmi les arbitres internationaux. C’est un honneur d’être repris dans la même confrérie que Frank De Bleeckere, Paul Allaerts, Peter Vervecken, Luc Wouters, Serge Gumienny et Johan Verbist. Il faut savoir qu’il n’y a en Belgique que sept arbitres internationaux.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, un bon arbitre ?

Outre les indéniables connaissances des lois du jeu, l’arbitre doit avoir plusieurs qualités. Certaines sont innées, d’autres peuvent s’acquérir. La psychologie est essentielle. Sur un terrain, il se passe des tas de choses et pas toujours des jolies. Dans le feu de l’action, un joueur peut avoir un comportement « limite ». L’arbitre doit user de son sens de la psychologie pour le calmer avant que la situation s’envenime et que la direction des débats ne lui échappe. Le dialogue est en ce sens très important. Mais il ne faut pas oublier pour autant de punir les comportements qui doivent l’être ! Je pense que l’arbitre doit aussi être discret. Il n’est pas là pour faire le show. Les joueurs de football sont sur le terrain pour enflammer la foule, pas l’arbitre. Ce n’est pas lui l’acteur principal. Il ne faut donc pas en faire de trop. Un arbitre doit aussi pouvoir se remettre en question. Il doit accepter ses erreurs et essayer, à l’avenir, qu’elles ne se reproduisent plus comme, par exemple, un mauvais placement sur une phase de jeu. Enfin, cela va de soi mais il faut tout de même rappeler qu’il doit être dans une excellente forme physique.

A quelle fréquence vous entraînez-vous ?

Quotidiennement. Mon travail à « La Sonatine », de part le fait que je ne m’y rends que trois fois par semaine, me laisse certaines facilités pour pouvoir m’entraîner. Et puis j’ai une direction et des collègues très compréhensifs.
Il y a donc des entraînements que je fais seul. Mais je ne fais pas n’importe quoi. Je suis un programme qui est spécialement conçu pour moi et pour les autres arbitres internationaux. Il y aussi les séances collectives, une fois tous les quinze jours à Leuven, qui réunissent l’ensemble des arbitres belges internationaux ainsi que les assistants. Nous devons effectuer des sprints dans des temps bien définis, de la musculation, du vélo, des pompes… A mon sens, nos entraînements sont tout aussi poussés, si pas plus, que ceux des joueurs eux-mêmes ! Là, je reviens d’une semaine de stage à Chypre. Etaient présents les 34 nouveaux arbitres internationaux européens. Nous avons dû suivre un programme d’entraînement physique spécifique, un cours d’anglais, la langue officielle de la FIFA, et des séminaires, débats sur le jeu, les phases litigieuses,… C’était très instructif.

Cette passion prend une grande partie de votre temps !

Oui, c’est vrai. L’arbitrage me demande beaucoup de sacrifices. Heureusement, j’ai une épouse fort compréhensive.

Vous souvenez-vous du premier match que vous avez arbitré en D1 ?

Comment l’oublier ? C’était en janvier 2006, une rencontre opposant Brussels et Lokeren. Toutes les télévisions étaient là. Mais je n’étais pas stressé. Quand je monte sur le terrain, je me concentre toujours et uniquement sur ma mission. 

Votre marque de fabrique, c’est votre sourire. Cela peut surprendre… et ça tranche même avec le visage fermé et dur que d’autres arbitres présentent.

Chacun a sa personnalité. Je souris facilement, je suis né comme ça. J’arbitre par plaisir et cela se voit. Le football a des enjeux, c’est clair, mais pour moi c’est avant tout un jeu. J’ai gardé cette passion en moi et je pense que je la garderai jusqu’à mes derniers jours. Quand je pense aux problèmes des enfants de « La Sonatine », ceux que je peux rencontrer sur un terrain de foot me paraissent tellement dérisoires… L’arbitre italien Pierluigi Collina avait une personnalité très forte. Paraître sévère et dur lui permettait de s’imposer aux joueurs. Pour ma part, j’utilise le sourire… A chacun sa méthode ! Selon moi, il n’y a en tout cas pas une meilleure que l’autre.

Vous avez parlé de Collina. Vous êtes aussi vous-même fort médiatisé ! Cela vous agace-t-il ?

C’est vrai que je suis étonné quand on me demande de signer des autographes. Je dois bien avouer que je suis parfois surpris par ma popularité. Lors d’un sondage sur les 250 personnalités belges de l’année 2007, j’ai été classé à la 33e place ! Toutefois, je n’ai pas choisi de me lancer dans l’arbitrage pour devenir populaire. Je le suis devenu à mon insu. Je mets cela sur le compte que je suis le seul arbitre noir international en Europe. La reconnaissance de mes pairs me touche beaucoup plus. Je suis très fier des récompenses que j’ai déjà obtenues dans le milieu, et notamment de celle de meilleur arbitre de l’année car elle émanait des principaux acteurs du football, les joueurs. 

Avez-vous déjà rencontré des problèmes avec des joueurs, des entraîneurs, des dirigeants ou des supporters ? 

Non pas encore une seule fois mais des collègues oui. Vous savez, les gens sont parfois intolérants. Lorsqu’un arbitre commet une erreur, la foudre s’abat sur lui. Or, chacun d’entre nous a déjà commis des erreurs et certaines d’entre elles ont pu avoir des conséquences beaucoup plus graves qu’un but validé entaché d’un hors-jeu. Ne perdons pas de vue que le football est un sport et que l’arbitre est humain. On parle beaucoup de l’apport de la vidéo pour aider les arbitres. Personnellement, sans y être opposé, je pense qu’il faut éviter de « robotiser » le football. Les erreurs d’arbitrage font partie du jeu. Je suis persuadé que si on le rend trop parfait, les stades vont se vider. L’esprit du jeu disparaîtra. Et puis, la vidéo n’apporte pas toutes les réponses. Récemment, j’ai arbitré une rencontre où l’image vidéo ne permettait pas de déterminer avec certitude si le ballon avait franchi la ligne ou pas.

Pouvez-vous donner des interviews après une rencontre ?

Aucune directive ne nous est donnée sur ce plan-là. Généralement, en cas de phase litigieuse à commenter, il vaut mieux prendre une douche pour retrouver ses esprits et si possible revoir les images avant de la commenter devant les journalistes.

Dorénavant, un arbitre peut arbitrer jusqu’à ses 45 ans. Que pensez-vous de l’abrogation de la limite d’âge ?

Aux Pays-Bas, on pouvait déjà arbitrer après 45 ans. C’était nécessaire que chez nous aussi un arbitre puisse officier au-delà de cet âge. Pourquoi un arbitre serait-il moins bon à 46 ans ? Cependant, il faut que les tests d’aptitudes physiques soient plus stricts, plus sévères et les examens médicaux encore plus poussés que pour les arbitres plus jeunes. Et que cela n’empêche pas les plus jeunes arbitres de prester lors des grands matchs.

En tant qu’arbitre international, pourriez-vous ne vivre que de votre passion ?

Non. A ma connaissance, tous les arbitres ont une activité professionnelle principale. Disons qu’au niveau d’arbitrage où je suis, une rencontre de football m’apporte un fameux apport financier supplémentaire.

Pour finir, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’arbitrage ?

J’apprécie beaucoup le fait de pouvoir mettre en pratique sur un terrain de football des notions très importantes que m’a inculqué mon travail dans le centre d’accueil pour enfants, à savoir la psychologie, le respect de l’autre et l’importance du dialogue et du contact humain. Mon travail avec les jeunes a beaucoup servi l’arbitre que je suis.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.