Jonas Gerckens, Skipper

Interview réalisée en mai 2010

Extraits de l’Interview de Jonas Gerckens, skipper, pour l’Association interfédérale du Sport Francophone


Comment as-tu choisi cette discipline? 

Je suis tombé dedans quand j’étais petit ! Comme Obélix ! En fait, j’ai vécu les premières années de mon existence à bord du voilier familial puis j’ai fait le début de ma scolarité primaire à Saint-Malo en Bretagne où j’ai vécu quatre ans. J’adorais déjà être sur l’eau, seul « maître à bord » d’un Optimist (petit voilier dériveur d’initiation et de compétition pour les plus jeunes).

En voile, les domaines de compétition sont très variés : les séries olympiques sur des petits dériveurs qui régatent sur des plans d’eau intérieurs ou côtiers pour des sprints de moins d’une heure, jusqu’au Vendée Globe Challenge, course de 3 mois autour du Monde en solitaire sans escale, en passant par des épreuves en équipage en navigation côtière comme le Tour de France à la Voile ou en navigation hauturière comme la Volva Ocean Race, une course autour du monde en 5 étapes. J’ai expérimenté plusieurs catégories, mais c’est depuis toujours la course au large en solitaire qui me passionne. 

A quel âge atteint-on la maturité ? 

C’est très variable, la trentaine d’années semblerait amener l’équilibre entre l’expérience et la fougue. Mais sur le Vendée Globe Challenge, il y a des concurrents de 21 à plus de 60 ans.

Combien de temps dure une saison? 

Il y a des courses toute l’année. C’est d’avril à octobre qu’il y a le plus grand nombre d’épreuves. Nous fonctionnons plutôt par cycle : la préparation et la qualification pour une Mini Transat dure deux ans. La Route du Rhum (en solitaire), la Transat Jacques Fabre (en double), la Québec-St Malo (en équipage) ou le Vendée n’ont lieu que tous les quatre ans. Un peu comme les J.O. 

Combien de temps t'entraînes-tu par semaine? 

La préparation est très variée. L’hiver, il y a des entraînements avec les autres skippers du Pôle de Douarmenez, un week-end sur deux. Les entraînements sont débriefés par des skippers renommés. Il y a aussi des formations sur la météo, la navigation, des stages de survie (obligatoires)…

Comment concilies-tu le sport et les études? 

J’ai fait des humanités sportives dont les deux dernières années en Sport Etude Judo en collaboration avec le Centre de Formation pour Espoirs sportifs au Sart-Tilman. J’ai ensuite fait une formation intensive de deux ans au centre des Glénans de Paimpol en Bretagne, ce qui m’a permis d’obtenir les brevets d’Etat et de devenir skipper. Depuis, je travaille non-stop l’hiver pour avoir la disponibilité nécessaire aux courses d’avril à octobre. 

Quelles aides as-tu obtenues sur le plan sportif et scolaire ? 

Très peu d’aide. La Course au Large n’est pas « reconnue » officiellement ; il n’y a rien de prévu pour cette discipline. Bien entendu, je suis soutenu par mon club, mais avoir un sponsor est indispensable. C’est le plus dur à trouver dans mon cas. 

Quel est ton état d'esprit avant la compétition (la semaine avant, la veille, le jour même)? 

Une étude de la météo est capitale pour anticiper les jours suivant le départ, car je suis coupé de toute information durant la course. Il faut également vérifier tout le matériel à chaque fois ; non seulement les performances en dépendent, mais ma vie aussi. Et puis j’essaie de me reposer au maximum car, en course, je ne dors que 3 à 4 heures par jour par tranches d’un petit quart d’heure. Il faut dire que l’ambiance est vraiment extraordinaire entre les concurrents venus du monde entier. Solidarité et bonne humeur sont présents en permanence sur les pontons. 

A quoi penses-tu quand tu es au départ d'une course/début d'un match? 

Au départ d’une course, il est indispensable d’avoir une grande concentration. Une course comme le Mini Fastnet où il y a 100 petits bolides au départ et où chacun veut passer la ligne le premier, ça fait une sacrée foire d’empoigne. Il s’agit d’être vigilant, rapide dans les décisions et sans erreur à la manœuvre. Les premières 24 heures se font généralement sans sommeil pour être sûr de ne rien lâcher aux petits camarades. Après, selon la longueur de la course, ou les circonstances, on prend un rythme de navigation. Encore une fois, la météo joue un grand rôle dans ce tempo. 

Depuis que tu pratiques, quel est ton meilleur souvenir? 

Chaque jour en mer est différent et chacun est un souvenir extraordinaire. Parfois, il faut bien dire que c’est rétrospectivement car certains moments sont vraiment très durs. Sinon, je dois bien dire que je garderai toujours le souvenir de la première fois où je me suis retrouvé seul à bord d’un Mini toutes voiles dehors. Les départs et les arrivées sont aussi de grands moments. Mais il y a aussi les rencontres avec les dauphins et autres baleines…

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.