José Wavreille,
Agronome en production animale

Interview réalisée en avril 2011

José Wavreille,  47 ans, agronome en production animale - coordinateur d’unité de recherche au Centre wallon de Recherches agronomiques depuis 14 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je suis coordinateur d’une unité de recherche en sciences agronomiques. Je coordonne 8 scientifiques qui travaillent au sein de l’unité et qui ont chacun leur activité de recherche spécifique et leurs propres projets de recherche à mener. Je m’occupe aussi des équipes de techniciens qui interviennent pour les activités de recherche, des bio-techniciens et des ouvriers qui s’occupent des animaux tous les jours. 

On a deux objectifs : la recherche scientifique mais aussi la recherche, le développement et l’application (vulgarisation) des techniques auprès des agriculteurs. Je dois trouver les moyens pour me procurer les équipements, le matériel, les infrastructures nécessaires pour arriver à faire le job de manière efficace, organiser ces budgets pour que ça tourne bien au niveau de l’unité et intervenir au niveau de la direction ou d’autres pouvoirs. 

Ici, on a des porcs, des bovins, des moutons et des volailles et on a besoin de personnes qui s’y connaissent très bien dans la gestion au quotidien de ces animaux conformément aux exigences légales. Au laboratoire, certains chercheurs sont spécialisés en analyse. Nous engageons aussi des personnes qui s’occupent des animaux au quotidien, par exemple, pour traire les vaches matin et soir vu que nous n’avons pas de robot de traite. Je coordonne toutes leurs activités.

Avez-vous un exemple concret d’activité de recherche ?

Ici on est dans l’unité « Mode d’élevage, bien-être et qualité ». On travaille essentiellement ici, au Centre royal de recherche agronomique, mais également beaucoup en exploitation chez les éleveurs en Wallonie (puisqu’on dépend du service public de la Wallonie). Il y a, par exemple, beaucoup de contraintes au niveau de la production porcine, beaucoup d’exigences qui viennent de l’Europe et qui sont reprises par le fédéral en Belgique. Ces exigences font encore l’objet de recherches en vue de futures redéfinitions puisque ces thèmes sont en éternel mouvement. On étudie le bien-être des porcs à différents stades de production. Par exemple, la castration des porcelets pose un problème éthique. Nous cherchons des alternatives à cette intervention.

On travaille à deux niveaux : de la recherche vers les instances politiques et des réglementations vers la mise en pratique en exploitation. Il y a la partie développement/vulgarisation et la partie recherche scientifique. La recherche permet d’alimenter les raisonnements à venir sur les exigences au niveau des directives européennes. La recherche peut aussi avoir un cadre plus physiologique tel que les recherches sur la physiologie digestive des animaux. L’alimentation des animaux interfère sur la qualité des produits. Je suis spécialisé monogastrique essentiellement en production porcine. En gros, ce que le cochon mange va déterminer en grande partie la qualité de la viande qui est produite. Autant du côté de la viande que du lait de vache, par exemple, on parle beaucoup du rapport oméga 3/oméga 6, graisses saturées ou insaturées. 

Quelles études avez-vous réalisées pour accéder à votre profession ?

J’ai fait des études d’ingénieur agronome orientation élevage à Louvain-la-Neuve. A l’époque, le cursus comprenait deux années de candidature et trois années de licence, cela a changé depuis. C’est mon socle de base.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Je suis en poste ici depuis 1997, j’ai travaillé une dizaine d’années au Centre d’Economie rurale à Marloie. Pour occuper ce poste, j’avais la contrainte, mais c’était aussi un choix, de déposer une thèse de doctorat. J’ai réalisé une équivalence de thèse de doctorat que j’ai déposée il n’y a pas si longtemps. 

Dans une ferme expérimentale, on utilise des animaux dits de « laboratoire ». Il y a tout un cadre réglementaire sur l’usage des animaux dans nos recherches. On doit obtenir des certificats complémentaires à nos études notamment un certificat de « maître d’expérience » pour le bon usage des animaux de laboratoire dans un cadre défini par la législation. J’ai suivi la formation à la faculté de médecine vétérinaire de l’ULg.

Comment avez-vous choisi ce métier ? Quelles étaient vos motivations ?

Je suis issu du milieu agricole. Mes parents avaient une exploitation agricole en Ardenne. Je suis né dans ce milieu, j’y ai passé toute ma jeunesse et j’y ai peut-être été inspiré. Cela m’a toujours bien plu, le contact avec les animaux, la production animale et végétale, la technique et le machinisme qui tournent autour de l’agriculture.

Quelles sont les qualités personnelles et les compétences nécessaires pour exercer votre profession ?

Aujourd’hui, comme coordinateur, la première des qualités est d’être à l’écoute des scientifiques, techniciens et ouvriers qui sont dans mon unité et que je dois coordonner, encadrer et essayer de conduire à produire de bonnes choses. Ce n’est pas tout d’être à l’écoute, il faut aussi intervenir pour les guider dans leur recherche.

Il faut avoir une certaine autorité pour organiser le travail des techniciens. Même si je n’agis pas d’autorité imposée, j’essaie d’obtenir le meilleur d’eux par d’autres moyens : la concertation en général et beaucoup de négociations.

Quel est l’horaire de travail ?

Au sein de la maison, on a des horaires réguliers. On a une plage fixe de travail et une petite plage mobile matin et soir. Chacun organise son travail à sa manière et en fonction des objectifs à réaliser. Je suis là parfois un peu plus tôt le matin, plus tard le soir ou le week-end aussi. Par rapport à la recherche, on a des protocoles à appliquer sur des animaux. Les mesures qu’on réalise ont parfois lieu en dehors des heures de bureau. Par exemple, dernièrement on a mesuré la production laitière des truies en maternité. Une truie a jusque 14 ou16 tétines, on n’a pas de machine à traire et donc on utilise une technique particulière qui consiste à peser les porcelets au fur et à mesure qu’ils naissent et on les pèse à nouveau 24 heures plus tard. La différence de poids c’est la quantité de lait que chacun des porcelets a été prendre à sa mère. On cumule tout ça pour obtenir la production laitière des truies. Dans cette technique-là, on n’arrive pas à programmer les mises bas aux heures de bureau et donc on est sur le pied de guerre 24h/24 avec des équipes qui tournent pour mener à bien la recherche et assurer le protocole expérimental. Ce sont des périodes de 3-4 jours toutes les 5 semaines.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

De profiter au maximum de la formation et de bénéficier de tout le savoir-faire des professeurs au sein des universités. Au niveau du travail, d’avoir de la rigueur, de se concentrer et de s’appliquer sur les tâches qui lui sont confiées. De faire preuve de beaucoup de curiosité et d’avoir la volonté de chercher, de trouver, de se bouger, d’aller voir un peu partout en Belgique et à l’étranger. 

Un agronome qui a fait l’option élevage rejoint le même domaine d’activité que le vétérinaire. Auparavant, le vétérinaire était là pour s’occuper de la santé des animaux de rente. Dans sa palette de services à la profession agricole, en plus de la santé et de l’usage des médicaments, le vétérinaire intervient sur des aspects de la nutrition, du mode d’élevage, du bien-être et de la qualité de la production. Il y a quelques années, c’était du domaine de l’agronomie et à présent on se retrouve dans un phénomène de concurrence. On est sur le même terrain. J’ai une petite mise en garde à faire de ce côté-là pour quelqu’un qui se lance dans l’orientation production animale.


 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.