Juliane Mathieu,
Déléguée d’aide à la jeunesse

Interview réalisée en octobre 2013

Avant de commencer, pourriez-vous m’expliquer ce qu’est le Service d’Aide à la Jeunesse ? 

Le SAJ est un service qui vient en aide aux jeunes âgés de 0 à 18 ans. C’est une aide qui peut être apportée dans de nombreux domaines et dans des situations très différentes les unes des autres. Nous travaillons en collaboration avec le jeune et sa famille. Le travail démarre sur une base volontaire, c'est-à-dire que l’aide n’est pas imposée mais demandée par le jeune, sa famille, l’école ou toute personne de son entourage qui apporte des inquiétudes. Nous pouvons également être interpellés par le Parquet  de la jeunesse. Pour parler un peu plus de son fonctionnement proprement dit… Chaque SAJ est dirigé par un conseiller d’aide à la jeunesse qui supervise lui-même un délégué en chef et des délégués d’aide à la jeunesse. Deux sections composent le SAJ : la prévention générale qui travaille essentiellement sur des projets de sensibilisation et la section sociale qui est composée des délégués, travaillant sur le terrain avec les familles.

Quelle fonction exercez-vous au sein du SAJ et en quoi consiste-t-elle exactement ? 

Je travaille au SAJ en tant que délégué d’aide à la jeunesse dans la section sociale. En fait,  lorsqu’une demande arrive au SAJ, le conseiller et le délégué en chef l’analysent et la font parfois suivre vers les délégués. C’est là que nous intervenons. On a ensuite une période de plus ou moins trois mois pour faire un travail d’investigation. Nous nous rendons sur le terrain ou nous rencontrons les personnes dans nos bureaux (le jeune, sa famille, son école ou tout autre intervenant de la situation) afin de clarifier la situation, d’évaluer la problématique et d’analyser la demande de manière la plus complète et exacte possible. Cette période nous permet aussi de penser aux propositions d’aide plus concrètes que l’on pourra mettre en place. Au terme de ces trois mois ou même avant (si le travail d’investigation est clôturé plus tôt), on ouvre un dossier si la situation du jeune le nécessite. Dans ce cas un programme d’aide est mis en place et est signé entre le jeune, la famille et le conseiller. C’est à ce moment que la deuxième phase de notre travail commence. Le délégué suit la bonne évolution du dossier et apporte une aide dans les démarches que le jeune ou sa famille doit entreprendre. 

Comment se traduisent ces aides ? 

Elles peuvent se traduire par des orientations vers des organismes et des services spécialisés dans la problématique qui concerne le jeune et sa famille, des placements dans des centres d’hébergements d’urgence, des maisons d’accueil… On travaille beaucoup avec d’autres services comme les Centres d’orientation éducative), les SAIE (service d’aide et d’intervention éducative), SAAE (…)  ou encore avec les CPAS (Centre Publique d’Action Sociale) et aussi avec tous les professionnels qui se trouvent directement sur le terrain comme les psychologues, les enseignants, les logopèdes, les services de première ligne… 

De quelle manière se conclut l’aide ? 

L’aide peut prendre fin parce que le jeune de plus de 14 ans ou ses parents décident de mettre un terme à notre intervention. Comme je l’ai expliqué, nous travaillons sur une base volontaire… l’aide n’est donc pas imposée. Dans ce cas, le délégué jugera avec le conseiller de l’état de danger ou de difficulté du jeune. Si tel est le cas, le dossier peut être envoyé au Parquet de la Jeunesse en vue d’une aide contrainte appliquée par la suite par le SPJ. L’aide peut également se terminer tout simplement parce que la situation du jeune s’est améliorée et que l’aide spécialisée n’est plus nécessaire.

Quel est votre parcours de formation ? 

J’ai réalisé un bachelier professionnalisant en Assistant en Psychologie et j’ai choisi la finalité orientation scolaire et professionnelle. Je suis actuellement en train de poursuivre un master en ingénierie de la médiation. C’est un master qui s’organise au Luxembourg…  J’habite à Arlon, c’est donc assez simple pour moi de m’y rendre. 

Est-ce que votre formation vous a été/est utile dans votre métier ? 

Ah oui vraiment ! Déjà de manière générale, mon bachelier en assistant en psychologie m’a permis de développer un esprit critique et aussi une attitude générale qui me permet d’adopter des comportements adéquats face aux problématiques que l’on rencontre au SAJ. Il faut dire que certains des cours que j’ai eus comme  « techniques d’entretien », « législation d’aide à la jeunesse » ou encore mes cours de psychopathologie de l’enfant m’aident au quotidien.

Et votre parcours professionnel ? 

J’ai commencé par des remplacements au sein d’A.S.B.L. d’insertion socioprofessionnelle en tant que formatrice.  Par la suite, j’ai eu l’opportunité de faire un remplacement au sein du SAJ et j’y suis actuellement sous un contrat à durée déterminée. 

Quels sont les avantages, selon vous, de travailler au sein du SAJ ? 

Ce n’est pas un travail monotone dans lequel on risque de s’ennuyer, bien au contraire. On est sur le terrain, on rencontre les familles, le jeune, d’autres professionnels. Et puis un cas n’est pas un autre, les thématiques qu’on rencontre sont différentes les unes des autres. C’est un métier très varié. Mais le point le plus important pour moi est qu’on se sent vraiment utile en aidant ces jeunes. 

Et les inconvénients ? 

Il faut savoir faire la part des choses entre le boulot et sa vie privée. On a toujours une pensée à la fin de la journée, quand on pense que nous avons fini notre journée de travail… Ce n’est malheureusement pas le cas des familles. Ce n’est pas facile de se dire que les enfants, eux, n’ont pas d’horaires à leurs difficultés, à leurs problèmes… C’est un métier qui est assez dur émotionnellement parlant. Les situations auxquelles nous sommes confrontés ne sont pas toujours très gaies, d’autant plus qu’elles touchent directement des enfants. Il nous arrive d’avoir des cas d’abus sexuels sur mineurs, de violence… Mais il faut apprendre à se détacher et tenter au maximum de prendre du recul en différenciant la sphère professionnelle et privée. 

Est-ce que vous travaillez seule ou en équipe ? 

On est généralement seule sur le terrain, sauf si on doit gérer une situation plus complexe qui exige une co-intervention. Toutefois, des réunions d’équipe hebdomadaires nous permettent de discuter des situations en cas de difficultés. En revanche nous collaborons énormément avec les autres professionnels comme les logopèdes, les professeurs, les assistants sociaux, les psychologues, etc. 

Avez-vous des horaires fixes ? 

Nous travaillons du lundi au vendredi et un nombre d’heures précis est à prester par jour. Toutefois, il nous arrive régulièrement de faire des heures supplémentaires lorsqu’il y a une urgence avec un jeune ou lorsque les personnes que l’on doit rencontrer ne sont disponibles qu’en fin de journée. Ces heures supplémentaires sont transformées en jour de récupération. 

Y a-t-il des possibilités d’évolutions ? 

Pour les délégués il y a des possibilités de passer délégué en chef par le biais de concours internes. En revanche pour les postes de conseillers, il est obligatoire de posséder un master. Il y a une bonne mobilité interne, on peut donc facilement postuler en interne dans les autres services de l’Aide à la Jeunesse. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans ce métier ? 

Je pense qu’il faut avant tout porter un grand intérêt et être impliqué par la thématique de l’aide à la jeunesse de manière générale. Il faut savoir gérer ses émotions et ne pas négliger cette partie du métier. Nous sommes  dans le social et donc, forcément, on risque plus que dans un autre métier d’être confronté à des situations assez compliquées et dures émotionnellement. 

Quelles sont, selon vous, les qualités que devrait posséder une personne qui travaille au sein du SAJ ? 

Il faut avoir une résistance au stress, connaître le décret et la législation relative à l’aide à la jeunesse, avoir de l’intérêt pour l’aide et la protection des jeunes, avoir une fibre « sociale », ne pas être dans le jugement de l’autre, savoir gérer ses émotions, avoir un sens de l’empathie… Je pense que ce sont globalement les qualités à posséder. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.