Julie De Bie, Conseillère en sécurité

Interview réalisée en mai 2008

Julie De Bie est conseillère en sécurité et facility manager chez Zara depuis 2 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

La sécurité représente une partie de mon travail de « facility manager ». En tant que conseillère en sécurité, je dois faire en sorte que le personnel de tous les magasins du Benelux puisse travailler sans encourir de danger. Je veille aussi à ce que les mouvements répétitifs n’abîment pas le corps : comment soulever, transporter, déposer une charge.

Je m’occupe de la sécurité des clients et de la lutte contre le vol. Je dois également m’assurer qu’en dehors des heures d’ouverture, les magasins soient bien fermés et que les systèmes d’alarme fonctionnent correctement.

Lorsqu’une alarme s’enclenche pendant la nuit, la centrale prévient Securitas qui se déplace, ouvre le magasin et cherche ce qui a causé l’alerte. Ils m’appellent à toute heure pour signaler une intrusion, une fuite d’eau, un incendie ou un autre problème grave. Si l’incident n’est pas très important, comme une panne d’électricité par exemple, ils me préviennent à partir de 6h du matin. Je dois donc être disponible 24h sur 24. Je dois faire le nécessaire pour résoudre le problème. Je me tiens aussi informée à propos des innovations en matière de sécurité afin d’adapter le matériel aux besoins du magasin.

Il y a donc trois volets à mon travail : les travailleurs, les clients et le bâtiment.

Mes responsabilités en tant que « facility manager » sont plus vastes. Je suis responsable de tout ce qui ne relève pas du domaine commercial : l’électricité, l’eau, la sécurité, le nettoyage, l’éclairage, la téléphonie,… Je négocie les contrats, je passe les commandes, je m’occupe des raccordements, de la maintenance…

J’essaye d’être au bureau deux jours par semaine pour m’occuper de tout ce qui est administratif. Le reste de la semaine, je passe dans les magasins pour vérifier si tout va bien et ce qui peut y être amélioré. J’essaye de grouper mes visites pour limiter les trajets. Le Benelux, c’est vaste ! Je me promène également dans les rues commerçantes pour voir comment fonctionnent les concurrents. Je passe aussi un jour par semaine dans les bureaux de Zara à Amsterdam. Enfin, j’ai un jour de formation par semaine.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Avant tout, les langues sont essentielles. Notre entreprise est espagnole et a des magasins dans tout le Benelux. Je dois donc parler le français, le néerlandais, l’anglais et l’espagnol. Ensuite, il faut être très organisé. Il faut aussi avoir des compétences en gestion d’équipe. Actuellement, nous sommes quatre, et il me manque un temps plein et demi. Je suis donc débordée ! Il est essentiel d’avoir une bonne équipe, des personnes compétentes, capables d’accomplir toutes les tâches. Un conseiller en sécurité doit avoir fait des études supérieures. Une telle formation donne les compétences nécessaires pour assurer ces responsabilités.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

L’inconvénient principal, c’est qu’il faut être accessible 24h/24, même le week-end. Je reçois 150 appels et plus de 100 mails par jour. L’avantage est de travailler dans une équipe jeune et dynamique. De plus, j’en suis encore au début de ma carrière et j’ai déjà un bon poste. Les possibilités de promotion sont très larges chez Zara. La possibilité d’y faire carrière est importante quand on sait travailler. En plus, les tâches sont diversifiées et j’apprends de nouvelles choses chaque jour.

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaille 70 heures par semaine à peu près. C’est vraiment beaucoup. Il faut faire tout ce qu’il y a à faire, peu importe l’heure. Je travaille tant que j’ai une certaine souplesse dans mes horaires. J’essaie d’arriver entre 9h et 10h à Bruxelles ou à Amsterdam et de repartir vers 19h. J’ai entre 1 et 2 heures de trajet le matin et le soir. J’en profite pour passer mes coups de téléphone, répondre aux mails… pour que cette partie-là du travail soit déjà réglée hors de mes heures de bureau. Souvent, jusqu’à 20h ou 21h je reçois des appels. Les journées sont longues. Honnêtement, pour avoir des enfants, je pense que je devrais changer de profession. Mais je suis jeune, j’aime travailler.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ?

J’ai étudié le graphisme publicitaire pendant 4 ans. J’ai ensuite fait un master puis un MBA dans une école privée espagnole en gestion financière et en marketing.

Je suis des cours de conseillère en prévention, organisés par Zara, à raison d’un jour par semaine pendant deux ans. Cette formation est longue, mais nécessaire. Zara compte plus de mille employés en Belgique. Mes responsabilités sont donc importantes et je dois être très qualifiée pour les assurer.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Pendant mes études, je gérais un bâtiment de 320 appartements d’étudiants. J’ai donc appris beaucoup de choses sur l’achat, la maintenance, les charges…

J’ai travaillé pendant un an et demi pour un développeur de projets immobiliers en Belgique et dans le sud de la France. Je m’occupais de la planification des travaux de construction. Il y a des similitudes avec mon travail actuel. La grande différence, c’est qu’à présent, je m’occupe aussi des gens, de leur sécurité, alors qu’avant je ne m’occupais que de bâtiment.

J’ai commencé chez Zara comme « facility manager ». Je faisais partie d’une équipe de quatre personnes, nous étions tous au même niveau. Après un an, j’ai été promue chef du département. Je le suis toujours.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je n’ai pas vraiment choisi, c’est un hasard. J’ai eu l’opportunité de commencer ce travail. J’ai tout de suite bien aimé, mais sans grand enthousiasme, puis j’y ai vraiment pris goût. Ce qui me plaisait, c’était de travailler dans une grande société. J’ai toujours été intéressée par l’achat et la maintenance. En commençant comme « facility manager », je ne savais pas que j’aurais aussi à m’occuper de la sécurité et de la prévention.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Les langues, les études supérieures, l’organisation et la disponibilité sont très importantes. La responsabilité est grande. Il faut donc bien s’y connaître en sécurité, mais aussi en bien-être au travail. Je pense que j’aurai même un jour l’aspect humain, social dans mes attributions. C’est un emploi très varié. On apprend beaucoup. Il faut savoir que ces postes sont généralement réservés aux hommes de 50-55 ans. Ce milieu est très masculin.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un samedi, je suis sortie avec mes amis jusqu’à six heures du matin. Mon collègue, qui était de garde, s’était endormi. Le dimanche, vers 7h, on m’a appelée pour me prévenir qu’une alarme s’était déclenchée, probablement lorsque l’équipe de nettoyage était arrivée. Complètement assoupie, j’ai répondu que j’étais « fort occupée à dormir » et j’ai raccroché. Ils m’ont rappelée : « Mais madame, ce qui se passe est vraiment bizarre ! ». J’ai répondu : « Oui, mais moi, je dors, au revoir ! ». En me réveillant, j’ai appelé pour m’excuser et expliquer que j’étais très fatiguée. La personne qui était de garde avait transcrit dans le rapport que « madame de Bie était fort occupée à dormir !».

Il est donc très difficile de faire une vraie pause, sauf pendant les vacances. Lors de ma première semaine de congé, j’ai reçu des appels pour passer des commandes. J’ai décidé de changer de numéro pendant les vacances. Seuls mes supérieurs peuvent me joindre en cas d’urgence.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.