Julie Van Straelen,
Criminologue à la Police de Liège

Interview réalisée en octobre 2013

Qu’est-ce qu’un(e) criminologue ?

Un criminologue étudie les différents phénomènes et acteurs d’un contexte criminel. Dans mon secteur, la police judiciaire, le criminologue a un travail d’enquêteur dans un contexte spécifique défini (le trafic des voitures, le trafic de stupéfiants, le terrorisme, la traite des êtres humains, les délits financiers, etc.). Il étudie un phénomène ciblé (la prostitution des femmes des pays de l’Est par exemple), cherche les auteurs et les victimes, détermine une période infractionnelle et recherche les lieux où sont commis les faits, collecte des preuves, cherche à établir un préjudice. Pour cela, il utilise différentes techniques d’enquête.  Selon le stade de l’enquête, il dépend d’un Procureur du Roi ou d’un Juge d’Instruction à qui il transmet, par le biais de procès-verbaux, le compte-rendu et les résultats de ses investigations.

Est-ce différent d’un criminaliste ou d’un profiler ?

Oui. Au sein de la Police Fédérale, il y a un service appelé « Sciences du comportement » dont les tâches sont totalement différentes de celles d’un service d’enquête judiciaire et qui s’apparente plus au profilage.

Quel a été votre parcours pour devenir criminologue ?

Après mes humanités, j’ai fait un graduat en psychologie à Marie Haps à Bruxelles. Puis, j’ai entrepris la Licence (actuel Master) en Criminologie à l’UCL à Louvain-la-Neuve.

Est-ce facile de trouver du travail en tant que criminologue ?

Pour moi, cela s’est passé très facilement. J’avais un stage à effectuer en dernière année de licence et j’ai choisi de le faire dans un service de Police, ayant conscience qu’il était très difficile de connaître ce milieu, à moins d’y entrer. Mon souhait au départ n’était pas de devenir policière, au contraire. Mais j’ai rencontré, durant mon stage, des personnes tellement intéressantes, compétentes, soucieuses de la qualité de leur travail, qu’elles m’ont donné l’envie de faire ce travail. J’ai été engagée par ce service immédiatement après la fin de mon stage.

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

Je travaille sur des dossiers de traite des êtres humains, particulièrement sur l’exploitation sexuelle, c’est-à-dire sur les femmes qui sont prostituées pour les bénéfices d’une autre personne (« le mac ») ou d’une organisation criminelle. 

Une grande partie des tâches consiste en l’analyse et l’exploitation d’éléments d’enquête, en matière de téléphonie, d’observations, d’auditions, d’informations, d’objets et de documents saisis. Tout ce travail est transcrit systématiquement dans des procès-verbaux. Nous rédigeons donc énormément. Selon les dossiers, diverses techniques sont mises en œuvre (comme, par exemple, la mise sous écoute téléphonique). Chaque technique possède ses propres procédures et méthodes de travail (opérations de contrôle, perquisitions, etc.). Elles nécessitent parfois la collaboration avec d’autres services et demandent une bonne préparation. 

Bien sûr, il y a, en plus, un volet administratif (réunions, lecture des notes, gestion d’enquête, etc.) qui pourrait certainement être allégé.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

Une bonne capacité de synthèse, un esprit créatif et stratégique, un souci de la qualité de son travail, de la patience aussi ! Et je pense qu’il faut aussi un solide moral parce que notre terrain est souvent sombre, glauque, dur, lourd et ce n’est pas toujours facile à gérer.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le métier de criminologue ?

Le temps. Quand on est extérieur au système judiciaire, on a souvent l’impression que la justice est lente, que les dossiers prennent des années et un jugement encore plus. De l’intérieur, on doit vraiment apprendre à gérer cette temporalité. Notre propre travail ainsi que celui du magistrat ne se fait pas rapidement, parce que la récolte de preuves prend du temps, par la force des choses. Il faut ajouter à cela le fait que nous dépendons également d’un tas de facteurs et acteurs extérieurs et qu’il faut aussi agir en fonction d’eux. Obtenir des renseignements d’une banque, d’un service cadastral, d’un service de police étranger, d’un opérateur de téléphonie, cela prend beaucoup de temps.  

Selon moi, l’autre difficulté, c’est que notre travail est parfois limité en regard des circonstances que l’on rencontre. De vrais drames humains peuvent se cacher derrière des délits. Des drames ayant des causes ou des conséquences désastreuses qui entrent dans le registre du social, du médical, du psychiatrique et qui sortent donc du cadre d’intervention de la police. Parfois, nous aimerions trouver des solutions, aider les personnes que l’on rencontre, mais cela ne fait plus partie de nos compétences. Il arrive que je me sente vraiment révoltée de ce que je vois ou j’entends, et du fait de mon impuissance.

Quels sont les points positifs du métier ?

J’ai rencontré énormément de personnes très intéressantes : des policiers, des magistrats, mais également des traducteurs, des témoins, des victimes, des assistants sociaux, des psychologues. C’est enrichissant.

C’est aussi un domaine où tout est en constante évolution : les lois, les techniques d’enquête, la criminalité et les technologies. Mon apprentissage est constant.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut devenir criminologue ?

Je n’ai pas de conseil à donner, seulement une suggestion : de profiter des études pour aller à la découverte de domaines qu’il ne pourra explorer par la suite (comme le milieu carcéral, la police, la magistrature). C’est intéressant de découvrir ces organes de l’intérieur.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.