Julien de Meeus, Agent des douanes

Interview réalisée en novembre 2016

Pour devenir agent des douanes, qu’en est-il des conditions d’admission ou des diplômes à posséder ?

Cela dépend des niveaux. Pour les agents de niveau A, il faut posséder un master. Pour les agents de niveau B, il faut posséder un bachelier. Pour les agents de niveau C, il faut posséder un diplôme d’enseignement secondaire supérieur. On peut également travailler à la douane sans diplôme si on est de niveau D (diplôme secondaire inférieur ou absence de diplôme).

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai une licence (Master) en droit et une licence en administration et gestion des entreprises. J’ai été recruté en 1999 à l’administration des douanes et j’ai travaillé dix ans au service personnel et organisation à Bruxelles. Par la suite, j’ai repris les services douaniers de Charleroi. Maintenant, depuis presque deux ans, j’exerce les fonctions de responsable de tous les contrôles de première ligne douanier pour la moitié de la Wallonie, donc pour la région de Mons. Au niveau des douanes, la Wallonie est divisée en deux régions administratives : le sud qui est la région de Mons (de Mouscron en passant par Nivelles au nord et cela s’étend jusqu’à la botte du Hainaut, du côté de Givet (France)). Le nord est la région de Liège avec les Ardennes. Les contrôles douaniers de première ligne sont les contrôles au sein des aéroports et les contrôles sur la voie publique. A côté de cela, il y a aussi les contrôles en matière de douane : les contrôles de marchandises au sein des firmes auprès des opérateurs économiques. Donc, on a des douaniers de niveau B (NDLR possédant un niveau bachelier) dont le nom du grade est « expert fiscal » mais ils ont une fonction de vérification des marchandises auprès des opérateurs économiques au sein des firmes. Donc quand il y a des firmes qui font dédouaner des marchandises dans leurs installations, imaginons Caterpillar et la SONACA. Ils importent des marchandises parce qu’ils ont un statut spécial. On envoie un vérificateur dans les locaux de la firme pour aller vérifier si ce sont bien des pneus pour bulldozers qui ont été importés. A la SONACA, si c’est bien des blocs d’aluminium pour faire les bords d’attaque des ailes etc. Donc c’est la fonction de contrôle en entreprise et qui est faite par des experts fiscaux qui ont une fonction de vérification. A côté de cela, on a aussi des contrôles qui se font auprès des opérateurs économiques mais dans le cadre des accises. Car lorsqu’on parle de douane, on doit aussi parler des accises[1]. Donc, comme les enjeux financiers sont quand même importants - plus de 8 milliards d’euros par an pour l’Etat en matière d’accise. On a toute une série d’agents qui contrôleront auprès des opérateurs économiques (les revendeurs des produits du tabac, d’alcool, les night shop, les débits de boisson, les restaurants, les stations-services). Ils vérifieront si tous les produits d’accises qu’il y a au sein de ces commerces ont bien fait l’objet d’un paiement des droits d’accise afférents.

Avez-vous une idée de nombre de personnes qui travaillent dans le milieu des douanes ?

Au niveau national, il y a environ 3500 agents et l’essentiel des agents se situent à Anvers, un des plus gros ports à échelle mondiale. Maintenant, au niveau de la région de Mons (la moitié de la Wallonie), j’ai 160 agents qui travaillent au niveau des contrôles de première ligne. L’administration générale des douanes comporte cinq sous-administrations :

  • L’administration pour laquelle je travaille est l’administration SCC (Surveillance-Contrôle- Constatation) : on réalise des contrôles de première ligne.
  • KLAMA (Klant Management) : les collègues qui travaillent chez KLAMA sont des personnes qui font essentiellement du travail administratif. Ils s’occupent essentiellement de la délivrance des autorisations douanières et accisiennes.
  • L’administration Enquête et Recherche : ce sont les « super flics » de la douane. C’est un peu la police judiciaire de la douane. Ils font des enquêtes. Ce sont des collègues qui travaillent en civil, armés, avec des véhicules banalisés et ils font des enquêtes, des filatures, des surveillances… Ils n’ont pas à proprement parler des fonctions d’inspection mais plutôt d’enquête
  • L’administration « Contentieux » : cette administration s’occupe de tout le volet juridique.
  • L’administration BUEK (Bureau Unique Enig Kantoor) : ils s’occupent de tout ce qui est perception, ce sont eux qui s’occupent de l’« argent », des taxes, des droits qu’on paye

Concernant les fonctions d’inspection, on se base sur le SCC au niveau de la région de Mons qui est relatif à l’aéroport, à la brigade aéroport de Gosselies, au contrôle sur la voie publique, à la vérification des marchandises en entreprise et au contrôle de produits d’accise.

Les contrôles sur la voie publique sont-ils encore fréquents ?

Il y a des contrôles sur les routes tous les jours. Les agents vérifient les camions et les voitures. Concernant les camions, ils vérifient les documents de bord du camion parce que les marchandises doivent être transportées avec des documents particuliers. Ils vérifient le mazout pour savoir si le gasoil est blanc ou rouge[2]. Le gasoil blanc vaut 1,10 € au plus bas dans les pompes les meilleurs marchés tandis que le gasoil rouge est à 0,55 €. Cela signifie qu’il y a plus de cinquante centimes de différence au litre entre le mazout de chauffage et le gasoil blanc. Cela veut dire qu’il y a toute une série de personnes et notamment des sociétés de transport, qui font rouler leurs camions avec du mazout rouge pour gagner quasi la moitié du prix. Les douaniers vérifient le chargement du camion mais également les temps de conduite et de repos. Tout cela a une implication sur la sécurité routière.

Les chauffeurs qui ne dorment pas et qui n’arrêtent pas de rouler pour avoir un rendement maximum sont très dangereux. Cela a une implication sur la concurrence déloyale car il y a aussi toute une série de chauffeurs étrangers qui, comme ils sont délocalisés, roulent un maximum dans d’autres pays et donc ne se reposent pas non plus suffisamment. De plus, ces contrôles, quand il y a des infractions, rapportent beaucoup d’argent. Ce sont des amendes qui s’élèvent à plusieurs milliers d’euros. Il y a deux ans, une équipe a rentré 400 000 € rien que pour les temps de conduite et de repos alors qu’ils n’étaient que trois agents.

A côté de cela, il y a le contrôle des voitures. Il s’agit de contrôler également le mazout, le contrôle des documents de bord puisqu’on a des compétences aussi en termes de sécurité routière, on a les mêmes compétences que la police. On vérifie aussi ce qu’il y a aussi dans les véhicules : on fait une petite fouille, notamment dans le coffre et à fortiori depuis les attentats terroristes, on regarde s’il n’y a pas des armes, de la drogue, de l’argent liquide et on est aussi compétent pour la perception des amendes pénales.

On a un appareil scanner ANPR (Reconnaissance automatique de plaque) qui scanne toutes les plaques et quand il y a une plaque qui est renseignée comme ayant une dette en amende pénale[3]. A ce moment, on arrête la voiture : soit la personne paye sur place soit on saisit la voiture. Donc, il s’agit d’une autre compétence qu’on a en termes de contrôle de voitures.

Quelles sont les compétences et les qualités à avoir pour être agent des douanes ?

En premier lieu, il faut aimer le travail varié, le contact avec le public et travailler à l’extérieur. Il faut apprécier les horaires irréguliers, pas nécessairement en horaire à pause à strictement parler puisque ceux-ci ne se font qu’au sein des aéroports. Mais les collègues qui font du contrôle routier ont des horaires irréguliers dans le sens où ils vont peut-être prester aujourd’hui un 8-16, demain ils feront un 12-20, ensuite ils feront un 9-17 pour ensuite faire un 6-14. Donc, ce sont des horaires quand même variés et donc il faut quelque part ne pas être perturbé par ce type d’horaire. Il faut quand même avoir une certaine capacité de maîtrise de différentes procédures, de différentes législations. Il faut être curieux par rapport à cela et s’informer. Et puis, il faut aussi être curieux dans le cadre de son travail au quotidien. Si on doit fouiller le coffre d’une voiture, il faut le faire en profondeur, regarder sous le tapis, etc. Il faut être passionné par ce que l’on fait. Il ne s’agit pas d’ouvrir et de fermer le coffre. Il faut quand même posséder certaines aptitudes physiques puisque c’est un métier qui est relativement physique : on est sur la route, il faut grimper dans un camion, peut-être porter une caisse. Si un conducteur est récalcitrant, il faut être en mesure de le maîtriser. Pour ces fonctions de contrôle, il y a des examens d’aptitude physique et des examens médicaux avant d’entrer en fonction et il faut réussir les examens médicaux. À côté de cela, pour ceux qui font du contrôle routier, il y a aussi le port de l’arme. Les agents ont tous une arme et ils doivent suivre des séances de tir. Il ne faut donc pas avoir peur de l’arme et il faut, le cas échéant, être prêt à l’utiliser si c’est nécessaire. Il faut également avoir envie de porter un uniforme. Ce sont les qualités essentielles d’un douanier qui travaille sur le terrain.

Concernant la formation, il s’agit d’une formation interne ?

Lorsque les agents sont recrutés, il y a des formations théoriques de base en matière douanière et accisienne. La durée de la formation de base a changé. Avant, la formation était fort longue et durait plusieurs mois. Actuellement, sa durée est de quelques jours car nous sommes dans une phase transitoire et des nouveaux modules de formations vont être créés dans le cadre européen. Il faut savoir que les matières douanières sont en grande partie de la compétence de l’Europe et actuellement, il y a des projets au niveau européen pour uniformiser la formation de tous les douaniers européens. Donc ceci fait que nous sommes dans une phase transitoire et en attente de ce nouveau programme de formation. À côté de cela, l’armement, c’est-à-dire l’utilisation de l’arme, une formation de base théorique et pratique est donnée et puis une fois tous les quinze jours, il y a des exercices de tir qui sont organisés. Il y a un nombre de séances obligatoire auquel il faut participer chaque année. A côté de cela, il y a aussi toute une série d’autres formations complémentaires qui sont organisées comme la gestion de l’agressivité verbale ou des techniques de self-défense. Après leur formation, il y a toujours un stage d’une durée d’un an, normalement. Ce stage est une période d’apprentissage et d’observation car lorsqu’on rentre le premier jour à la Douane, on ne sait pas tout faire d’un coup. Il faut que l’agent suive les jours de formation de base, commence à connaître ses collègues, travaille en équipe, apprenne doucement le métier… De plus, ce stage est une période pour l’employeur pour voir si l’agent convient. 999 fois sur 1000, il n’y a pas de problèmes. Mais si vraiment, on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas, le stage se termine et l’agent n’est pas nommé.

Dans le cadre de sa fonction, la connaissance des langues étrangères est-elle primordiale ?

En pratique, vous avez tout à fait raison. Au plus les agents connaissent des langues étrangères, au mieux ils seront plus à l’aise dans leur fonction. Pourtant, ce n’est pas encore un critère de recrutement. En pratique, il suffit de parler français. Sur le terrain, les agents essaient de se débrouiller. Soit certains connaissent très bien d’autres langues comme certains agents d’origine italienne qui maitrisent l’italien, d’autres d’origines marocaines qui parlent arabe et d’autres qui se débrouillent en anglais. Il faut garder à l’esprit que, sur la route, nos agents rencontrent des chauffeurs polonais, russes, estoniens et ce n’est pas possible que les agents sachent parler toutes les langues européennes. C’est vrai que dans l’idéal, on pourrait demander qu’ils parlent anglais et le cas échéant le néerlandais. La formule consacrée sera : « la connaissance de ces langues sera un atout ».

Quels sont les avantages et les inconvénients de la fonction ?

Les fonctions sont très spécifiques avec certaines exigences comme les horaires irréguliers ou le travail à l’extérieur. Si on n’aime pas ces critères, il vaut mieux ne pas postuler Maintenant, au niveau pécunier, les agents ont divers avantages à leur disposition : ils ont un traitement fixe tous les mois donc en tant que fonctionnaire, il y a la sécurité d’emploi. Quand ils travaillent le week-end ou la nuit, ils peuvent prétendre à des allocations particulières, en raison de la pénibilité du travail de nuit ou de week-end. Concernant les agents travaillant dans un aéroport, il y a aussi une prime octroyée au travail par pause.

Une anecdote à raconter ?

La fonction peut être très motivante. Le 25 octobre de l’année passée (2015), plusieurs de mes collaborateurs ont intercepté six tonnes de résines de cannabis. C’est une prise magnifique sur la voie publique. Pour les agents qui aiment leur métier, c’est extraordinaire. Maintenant, c’est un métier qui ne peut être réalisé à long terme que si on est vraiment motivé par ce qu’on fait. Les personnes qui n’aiment plus ce qu’ils font changent de fonction.

 

[1] Impôts qui touchent certains produits : les cigarettes, l’alcool et les huiles minérales (l’essence, le mazout, etc.)

[2] Le gasoil blanc est le gasoil routier qu’on doit acheter à la pompe pour rouler et c’est un gasoil qui est plus largement. Le gasoil rouge est le mazout de chauffage utilisé pour chauffer une maison.

[3] Personne condamnée au tribunal de police n’ayant pas payé l’amende demandée.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.