Julien Semninckx,
Journaliste d'agence (Correspondant free-lance)

Créée le 20 août 1920, l'agence Belga est la seule agence de presse en Belgique. Elle emploie environ 350 journalistes et correspondants qui couvrent toutes les facettes de l'actualité. Les dépêches nationales sont produites et distribuées en français et en néerlandais. L'information internationale est traduite sur base des dépêches d'agences de presse étrangères. De plus, Belga propose un «service photo» qui permet de disposer de photos d'actualité et d'archives. 

Quelles sont les spécificités d'une agence de presse comme Belga par rapport aux autres médias ?

La rapidité de diffusion et la fiabilité des informations. Par ailleurs, les dépêches ne sont pas signées : tout au plus peut-on en identifier l'auteur par un code de trois lettres (pour les journalistes) ou de trois chiffres (pour les correspondants). Lorsqu'un événement important se produit, une courte dépêche (appelée «first» ou «urgent») en donne immédiatement les éléments primordiaux en trois ou quatre lignes. Les compléments d'information sont ensuite développés dans de futures dépêches (intitulées «next»).  

Le fait qu'une dépêche ne porte pas la signature de son auteur crée parfois quelques frustrations chez certains journalistes ou correspondants de Belga. Il faut s'en accommoder tout comme du fait que certaines dépêches, reproduites telles quelles dans différents médias, portent la signature du journaliste ayant effectué un simple «copier-coller». Personnellement, cela ne me pose aucun problème.

En quoi votre métier consiste-t-il ?

Je suis correspondant «free-lance» (il faudrait plutôt dire «faux indépendant») et je couvre l'information judiciaire sur l'arrondissement de Bruxelles. Je ne traite cependant pas des procès en cours («Palais») mais des délits venant de se produire («Parquet»). Plus communément, je m'occupe des «faits divers».

Chez Belga, quelle est la différence entre un journaliste et un correspondant ? Quels sont leurs statuts ?

Le journaliste travaille essentiellement dans les bureaux de Belga. Il est salarié et dispose du statut d'employé. Il travaille à des heures fixes, selon des tranches horaires (au nombre de 3 pour couvrir 24 h) préétablies. Il couvre l'actualité, part en reportage, mais a également en charge la correction et traduction de dépêches provenant des correspondants ou agences de presse étrangères.

Le correspondant travaille à partir de son domicile et se rend très rarement au siège de l'agence. Il a le statut d'indépendant et est rémunéré au nombre de mots écrits sur le mois (0,1 euro par mot). Il n'a aucun horaire fixe et peut être appelé par la rédaction à n'importe quelle heure pour un reportage, mais aussi pour un simple renseignement. De par leur statut précaire, certains correspondants ont laissé s'installer une sorte de subordination malsaine vis-à-vis des journalistes salariés. Le correspondant se voit souvent sanctionné et boycotté pour avoir refusé de couvrir un reportage n'ayant pas trait à son domaine de spécialisation ou en désaccord avec ses idéologies ou sa religion. Le statut n'a finalement d'indépendant que le nom.

Pourriez-vous définir une journée-type ?

Cela commence par la lecture des quotidiens et l'écoute des journaux parlés du matin. A 10 h 15, je me rends au Parquet, juste à côté du Palais de Justice, pour la conférence de presse quotidienne du porte-parole du Parquet. Certains délits commis durant les dernières heures sont évoqués, soit spontanément par le porte-parole, soit sur base des questions posées par les journalistes. Ensuite, je rentre à mon bureau (en réalité, mon domicile) pour y rédiger une première série de dépêches que je transmets directement à Belga via Internet. Les documents que j'envoie sont alors corrigés et vérifiés par un journaliste du desk. La dépêche est ensuite diffusée via le Net aux abonnés (TV, radio, presse écrite, sites). Vers 11 h, je commence à téléphoner aux porte-parole des différentes zones de police, mais aussi vers des sources plus confidentielles. Il s'agit de personnes qui ne sont normalement pas habilitées à parler à la presse. Tout se joue sur une relation de confiance.

Je sors très peu de mon bureau et travaille essentiellement à partir du téléphone et de mon PC. Si j'apprends qu'un événement particulièrement important est en train de se dérouler ou vient de s'achever, j'envoie ou dicte une première dépêche («first» ou «urgent») vers la rédaction, et me rends aussitôt sur les lieux de l'action afin d'obtenir le maximum de renseignements complémentaires. C'est un travail d'investigation, une vraie enquête policière.

Il y a également des journées atypiques pendant lesquelles il ne se passe aucun fait notable. A contrario, il arrive que plusieurs événements se produisent en même temps.

Et le stress ?

La maîtrise du stress est primordiale. En situation de crise, elle permet de garder l'esprit clair pour collecter au mieux les informations. Lorsqu'on intervient sur le lieu d'un drame, il convient de prendre du recul par rapport au stress ambiant. Les journalistes sont régulièrement pris à partie par le public et les policiers sont plutôt enclins à vous écarter plutôt qu'à transmettre la moindre information. Tout cela est logique, mais notre rôle est de transmettre l'information.

En arrivant sur le lieu d'un drame, le journaliste en ignore les circonstances, le nombre de victimes, encore moins leur âge ou leur identité. C'est dans un climat peu propice qu'il lui faut donc assembler au plus vite le maximum de détails tout en discernant le vrai du faux, les faits de la rumeur.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

Je suis licencié en journalisme (option publicité et relations publiques) à l'ULB depuis 1994. Durant mes études, j'ai écrit quelques articles pour «Univers Cité», «Agenda ULB» et «Campus», le journal de l'université de Genève. Après avoir fait un stage d'un mois à la «Dernière Heure», j'ai travaillé en tant qu'indépendant pendant deux ans au sein de l'hebdomadaire «Publichoc» (qui a dû fermer ses portes). J'ai fait quelques piges pour «Télémoustique» et «Reader's Digest». Ensuite, je suis rentré chez «Vlan» où je m'occupais de l'information locale sur Uccle, Ixelles et Forest. J'ai également collaboré pour la revue «Chiens et Chats» et le quotidien «La Lanterne». J'ai ensuite travaillé comme salarié au sein de «Métro». Depuis janvier 2002, je m'occupe du judiciaire pour Belga.

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

C'est un métier passionnant. Le matin, en se levant, on ignore ce qui nous attend. Avec les confrères d'autres médias, il y a comme un jeu qui s'installe : c'est à celui qui trouvera en premier un scoop, ramènera la meilleure information. Tout cela se fait généralement dans un esprit de saine compétition.

On s'instruit et on instruit tous les jours. Notre métier permet également de dénoncer des injustices ou d'apporter une solution à un problème jusqu'alors insoluble.

Le style dépouillé et le caractère bref d'une dépêche d'agence protègent le journaliste du sensationnalisme. Chez Belga, seuls les faits sont énoncés. On s'attarde peu aux détails. Le journaliste n'apporte aucun commentaire ou opinion personnelle à son papier. 

Et les aspects négatifs ?

Belga souffre d'un manque de notoriété auprès du grand public. Les gens pensent souvent que je travaille dans la téléphonie ou pour un fabricant de cigarettes. Ils ignorent généralement l'existence d'une agence de presse belge qui relaie l'information auprès des divers médias.

La rémunération n'est pas proportionnelle au travail accompli. Ce n'est pas un secret, le monde de la presse va mal en Belgique. Lors de plan d'économies, ce sont souvent les (faux) «indépendants» qui en pâtissent les premiers.

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

Elles ne manquent pas dans notre métier. Dans le judiciaire, il se produit des faits tellement impensables qu'on n'oserait même pas les mettre dans un film. Et pourtant, la réalité dépasse souvent la fiction. Voici un exemple...

" Ixelles: une «bombe» met en émoi tout un quartier.  

BRUXELLES 22/06/02 (BELGA) = Les services de police et de l'armée ont été requis, vendredi soir, pour une alerte à la bombe à Ixelles. Le dispositif de sécurité a été levé vers minuit après que le malentendu se soit dissipé, indique le Parquet de Bruxelles.

La police de la zone Bruxelles Capitale Ixelles a été avisée, vers 22 h, de la présence d'une voiture suspecte dans la rue Malibran. Une note manuscrite, où figurait la mention «bombe», était placée en évidence sur le tableau de bord d'un véhicule. Sur place, la police a établi des déviations et plusieurs lignes de transports en commun ont été déviées. Par mesure de sécurité, des habitations voisines et une mosquée ont été évacuées. Le «Service d'enlèvement et de destruction d'engins explosifs» (SEDEE), caserné à Oud-Heverlee, est arrivé sur les lieux peu après 23 h. Vers minuit, la propriétaire du véhicule s'est fait connaître. Jacqueline (50 ans) a immédiatement levé le doute concernant la présence éventuelle d'un engin explosif à bord. Elle a reconnu être l'auteur de la note manuscrite qui lui servait d'aide-mémoire. Pratiquant l'équitation, la dame devait apporter le lendemain sa bombe de cavalière à une amie.. "

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SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.