Julien, Formateur

Interview réalisée en octobre 2010

Julien est formateur en OISP (Organisme d'Insertion SocioProfessionnelle).

 

Pouvez-vous retracer en quelques lignes votre parcours scolaire ?

J'ai suivi un cursus classique. Enseignement général -option sciences économiques- à l'Athénée Royal Jules Destrée de Marcinelle. J'en suis sorti en 1999. Ensuite, après avoir tenté un graduat en moteurs thermiques à l'IRAM de Mons, et ne sachant donc pas quoi faire, je me suis orienté, par défaut, vers un graduat en communication à l'IPSMa de Marcinelle dont je suis sorti en 2003.

 

Quel est votre parcours professionnel ?

Lors de ma dernière année de graduat en communication, nous avions pris le pari avec quatre autres amis de réaliser (dans le cadre de notre stage de fin d'études) le premier festival altermondialiste de Charleroi « Manifest' ». Joli succès avec plus de 1000 entrées lors de sa première édition. Une fois mon graduat terminé, et étant dans la fameuse période de « stage d'attente » donc sans-emploi, nous avons décidé avec une des quatre autres coréalisatrices, de rééditer le projet. Le succès de la deuxième édition était plus mitigé mais m'a permis de trouver un emploi au sein du GSARA Charleroi qui organisait lui aussi un festival de cinéma engagé avec des thématiques proches de « Manifest ». J'ai donc trouvé un emploi de 3 ans en « contrat Rosetta – premier emploi » en tant qu’organisateur, programmateur, relation presse, relation école, responsable promotion, etc. au sein de cette asbl.

Ce festival appelé « Arrêts Sur Images » est devenu « mon bébé » mais c'est la mort dans l'âme que j'ai dû partir au terme de la période « Rosetta » (à savoir jusque 26 ans). Je n'ai fait qu'un mois de chômage avant de retrouver un emploi comme formateur dans un Organisme d'Insertion Socioprofessionnelle (OISP), où je termine ma troisième année.

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

Le formateur OISP est un peu le « Rémy Bricka » de l'insertion socioprofessionnelle. Il doit être le formateur, mais aussi un « assistant social », un « contrôleur », « un grand-frère », « un patron »... C'est un travail de longue haleine. Tu peux être confronté à des situations complexes car tu dois remotiver des personnes en situation précaire tout en étant obligé de respecter des missions et un cadre de travail. Tu dois jongler entre cadre strict et réinsertion sociale.

Au quotidien, je dispense une formation « pré-qualifiante » en infographie et webdesign. Ce qui consiste en fait, à développer des compétences techniques dans la création graphique, audiovisuelle et design web. Grâce à notre dernier projet de web-tv, les stagiaires peuvent mettre en pratique ce qu'ils ont appris dans leur filière respective (il faut savoir que dans mon centre, il y a également une formation en audiovisuel et une formation en arts & spectacle). En effet, cette web-tv est entièrement réalisée par les stagiaires de l'asbl et encadrée par les formateurs. De plus, elle permet aux stagiaires d'échanger des idées, de choisir des reportages, de développer des comportements sociaux et professionnels qu'ils pourront ensuite transposer dans une recherche de travail ou une recherche de formation qualifiante.

Avec quel type de public travaillez-vous ?

En tant qu'OISP, l'asbl (reconnue par la Région wallonne) dispense trois formations à une certaine catégorie de personnes dont les conditions sont les suivantes: Avoir 18 ans, ne pas disposer d'un CESS ou être au chômage depuis plus de deux ans.

Inutile donc de préciser la précarité de certains stagiaires. Il m'est déjà arrivé de devoir donner cours à des personnes qui n'ont jamais allumé un ordinateur. C'est à ce moment-là que tu es vraiment dans un des aspects de ta mission car la formation n'est pas une formation qui a la finalité de former un «infographiste» ou un «webdesigner ». Le but premier c'est de remotiver la personne, de lui montrer qu'on peut développer des compétences même si à la base, on ne comprend pas toujours tout du premier coup.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Comme avantage, je citerais que quand tu travailles dans un OISP, si tu décodes bien les stagiaires, si tu arrives à leur parler et à faire en sorte qu'ils te comprennent, tu vois en fait que tu travailles avec des gens qui ne te mentent pas. Ils te font confiance et pour la plupart, ils te montrent ce qu'ils attendent de toi. Parfois c'est difficile. Je dirais même que le métier est souvent difficile, mais une fois le « round d'observation » terminé, tu travailles dans un climat de confiance. D'autres aspects positifs: en tant que formateur Net-Tv, j'ai pu développer des compétences techniques en infographie et dans la gestion de site web.

Comme inconvénient, je dirais simplement que tu n'es jamais sûr que malgré tous les efforts fournis, la personne que tu as aidée s'en sortira mieux qu'avant son passage chez toi. Tu peux l'imaginer et tu peux parfois même en être quasiment convaincu mais il te reste toujours une partie de toi qui te dit « J'espère que ça va marcher pour lui... ».

D'après vous, quelles sont les qualités requises pour devenir formateur ?

Un formateur OISP doit toujours rester motivé car les stagiaires le sentent très vite. Tu ne peux pas leur mentir. Quand tu es tous les jours avec eux, tu ne peux pas arriver en tirant la tronche et leur dire « pour espérer travailler, vous devez rester motivés ». Quand tu es formateur OISP, tu te prépares comme un joueur de football avant de rentrer sur un terrain : « tu laisses tes histoires au vestiaire » qu'elles soient privées ou professionnelles.

En tant que formateur OISP, et plus particulièrement dans le secteur de l'infographie, tu te dois également d'être au courant des dernières évolutions technologiques. Tu dois être curieux de tout. Bien entendu tu dois aussi être à l'écoute de tes stagiaires mais aussi du secteur dans lequel tu travailles. Enfin, tu dois être capable de faire l'amalgame de toutes ces compétences demandées pour le métier de formateur OISP, tu es vraiment « Rémy Bricka »!

En quoi la formation que vous avez suivie vous aide-t-elle dans la pratique du métier de formateur?

Il faut savoir qu'il n'existe pas de bachelier de « formateur OISP ». Je veux dire que dans le secteur, comme formateur OISP, il y a soit des « assistants sociaux » soit des « techniciens ». Mais il n'existe pas d'assistant social-technicien. Tu le deviens avec le temps. Parfois tu le deviens très vite, parfois il te faut plus de temps. Moi, je me considère plus comme un « technicien », comme la plupart des gens que j'ai rencontrés dans le milieu des « formateurs OISP ». Ma formation m'a tout de même permis de développer des compétences relationnelles et d'écoute grâce à mon graduat en communication mais comme je le disais, il n'existe pas de « réel » formateur-technicien social... Comme le secteur en est conscient, il organise chaque année une formation autour du métier de formateur OISP. Là, tu apprends énormément sur ton métier mais également sur toi. Tu découvres des outils que tu peux développer et tu peux échanger tes différentes expériences. Tes succès, tes échecs, tes difficultés etc. A la fin de cette formation tu te sens plus armé et outillé. Il faut savoir que le secteur des OISP est encore jeune. Il a seulement 25 ans !

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui a envie d'exercer ce métier ?

 

Je vais répondre par un exemple concret. Travailler dans la réinsertion, c'est très fatiguant mais c'est aussi très motivant. Tu peux avoir un apriori sur une personne qui vient chez toi, dans ta formation. Tu peux te dire qu'il vient peut-être juste pour « se planquer » mais à partir du moment où tu arrives à lui parler et à te faire comprendre et lui montrer l'intérêt de ce que tu peux lui apprendre, là, souvent, tu vois un changement dans le comportement de la personne. Tu la sens motivée et finalement tu t'aperçois qu'il fallait peut-être juste un déclic pour la relancer. Pour la remotiver. Je ne dis pas que cela arrive tout le temps et que tous les stagiaires sont là pour se planquer, loin de là. Mais quand cela arrive et que tu arrives à changer cela, quelque part, tu as une satisfaction. Tu te dis, j'ai peut-être réussi à vraiment aider cette personne. En résumé, ce que je peux dire, c'est que tu ne peux jamais être sûr de rien. Tu ne peux pas crier victoire mais tu ne dois surtout jamais abandonner.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.