Anonyme, Juriste pour MSF

Interview réalisée en janvier 2009

Être Field Legal Adviser chez MSF

Comment devient-on juriste dans une ONG telle que Médecins Sans Frontières (MSF) ?

Il n’existe pas de parcours tout tracé. Dans une organisation humanitaire telle que MSF, le Droit n’est normalement pas une priorité mais le développement que nous avons pris au fil du temps est tel que nous sommes de plus en plus confrontés à des contraintes légales qui varient selon les pays.

En outre, la sécurisation des missions sur le terrain devient un réel problème. Il nous faut donc aussi trouver sur place des partenaires qui comprennent les enjeux de nos missions et peuvent orienter nos démarches dans le dédale des règles et lois propresà chaque pays.

Quel est votre fonction exacte au sein de MSF Bruxelles ?

Je suis Field Legal Adviser. C’est une fonction qui recouvre pas mal d’aspects. Tout d’abord, dans le cadre des opérations MSF, je suis chargée de trouver des accords avec les autorités locales du pays où nous opérons mais aussi avec des institutions comme les hôpitaux, etc..

Par ailleurs, je dois aussi trouver la meilleure forme juridique à donner à notre mission dans des pays qui ne reconnaissent pas les ONG, par exemple.

Ensuite, il faut s’occuper des contrats de travail des employés locaux et des expatriés. Et, enfin, il y a tout l’aspect TVA, exemption d’impôts, importation de médicaments et de logistique… Si on ajoute encore à cela quelques activités pour le siège de Bruxelles,ça donne des journées bien remplies.

C’est un travail titanesque !

Oui. Or, je suis une généraliste juridique. Il nous faut donc sans cesse recourir à des spécialistes pour nous épauler.

Quel a été votre parcours personnel ?

Je suis Italienne. J’ai fait mon droit dans mon pays et j’ai ensuite effectué une spécialisation en ce qu’on appelle chez nous «Droits de l’homme et Gestion de conflits».

Après, j’ai travaillé dans un cabinet, une étape que je considère essentielle dans le parcours d’un juriste international. Ensuite, j’ai été attirée par le milieu des ONG et j’aitravaillé pour l’ONU, notamment au Sénégal.

Comme j’avais réalisé mon mémoire de fin d’études sur une campagne de MSF, il était assez logique que je finisse par atterrir chez eux. J’ai commencé par faire 3 campagnessuccessives en Haïti, au Niger et en République Démocratique du Congo.

Au départ, c’était surtout un boulot administratif de ressources humaines et de finances mais la situation était tellement chaotique au Congo que j’ai été amenée à m’occuper de l’aspect juridique des choses. Finalement quand le poste que j’occupe a été créé à Bruxelles, j’ai posé ma candidature et me voilà…

Le terrain ne vous manque pas trop ?

Si, un peu mais je reste en contact et puis, il m’arrive encore d’effectuer des missions même si elles sont de plus courtes durées.

Comment voyez-vous votre évolution au sein de MSF ?

Oh, ce qui est sûr c’est que nous avons un besoin croissant de juristes. Mais, personnellement, la création de mon poste constitue déjà, en soi, un énorme challenge.

Vous savez, MSF se compose de différentes sections opérationnelles basées dans différents pays. Coordonner et harmoniser leur fonctionnement n’est pas une minceaffaire. D’autant que je suis pratiquement seule pour la réaliser…

Est-ce que les revenus financiers d’un responsable juridique d’une ONG sont comparables aux salaires du secteur privé ?

Non, pas du tout. On ne choisit pas ce secteur pour faire fortune. MSF Belgique est une ASBL, on n’y gagne pas de l’or en barre mais je vis seule et ça me suffit car mon métier me passionne. C’est sûr qu’il faut être motivé mais c’est un choix de vie à opérer, d’autant que concilier vie de famille et un tel job n’est pas toujours évident...

 
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