Laetitia Rouffart, Marionnettiste

Interview réalisée en mai 2011

Avec une maman marionnettiste, Laetitia est en quelque sorte "tombée dans la marmite quand elle était petite". De plus, elle a plusieurs cordes à son arc puisqu'elle est à la fois marionnettiste, clown, conteuse...

 

Pourriez-vous retracer votre parcours? Vos débuts?

Après mes études secondaires, j’ai fait les beaux arts à Bruxelles et obtenu une licence en arts plastiques, spécialisation peinture. Ensuite, j’ai fait l’agrégation à l’ESAPV (école supérieure d’arts plastiques et visuels) à Mons. J’ai postulé dans une cinquantaine d’écoles mais je suis malgré tout restée deux ans sans emploi. Pendant ce temps là, je me suis construit un réseau professionnel sur Bruxelles. J’ai continué à peindre, j’ai fait une exposition, j’ai posé comme modèle dans les académies...J’ai aussi suivi et donné des stages pour la Ville de Bruxelles. Après, j’ai trouvé un emploi à mi-temps à l’espace Senghor, le centre culturel d’Etterbeek, en tant qu’animatrice en arts plastiques. Je donnais des cours pour des enfants en décrochage scolaire et des personnes en alphabétisation. J’y suis restée 3 ans. Ce centre culturel travaille en collaboration avec la Zinneke Parade ce qui m’a permis de faire beaucoup de rencontres et de travailler sur d’autres projets par la suite. A côté de ce mi-temps, je travaillais sur des projets personnels. Il y a un an, nous avons créé une compagnie de théâtre d’ombres qui s’appelle « Les Oursins à plumes » et avec laquelle nous tournons dans les écoles.

 

Qu'est-ce qui vous a attiré dans le métier de marionnettiste? Qu'est-ce qui vous plait?

Ma maman est marionnettiste et a un théâtre de marionnettes (sous forme d’asbl). Elle a fait plus de 10 ans de guignol. J’ai donc appris avec elle. Je construisais des décors, j’apprenais les différentes techniques de construction de marionnettes, etc. J’ai ensuite suivi mon propre chemin mais maintenant cela fait deux ans que je suis revenue travailler avec elle. J’ai beaucoup appris aussi en allant voir les spectacles des autres marionnettistes et en discutant avec eux ou en donnant des stages de création de marionnettes aux enfants. J'apprenais avec eux, nous transformions les cours en laboratoire d'expériences et de recherches artistiques puis souvent nous donnions des représentations théâtrales en fin de stages.  Petit à petit, au fil des expériences, ma formation devenait de plus en plus complète.  J’aime la marionnette car il s’agit d’un art complet qui mêle à la fois théâtre (jeu de la voix, mise en scène, etc.) et arts plastiques. C’est très riche, toujours en évolution. On découvre sans arrêt de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques de manipulation… En effet, on peut travailler avec des marionnettes à fil, à tiges, à gaines, des marottes, des figurines ou des marionnettes « grandeur nature », etc. Il faut à chaque fois explorer les différentes techniques.  Il y a tout un travail de répétitions, de manipulations à effectuer. Il faut que la marionnette devienne vivante, indépendante afin d’être investie de sa vie propre. Cela demande beaucoup de travail et d'assiduité.

 

D'après vous, faut-il avoir suivi une formation spécifique afin d'exercer ce métier?

Non, on apprend généralement sur le tas même s’il existe une très bonne école dans le nord de la France (ndlr : l’Institut de la marionnette de Charleville-Mézières) notamment. Cependant, il faut savoir que c’est un art qui rassemble beaucoup de disciplines différentes (peinture, sculpture, arts graphiques…).

 

Pour quel type de public jouez-vous?

Essentiellement les groupes scolaires mais aussi les fêtes de quartier, tout dépend du spectacle. Avec l’asbl de ma maman, nous proposons plutôt des spectacles interactifs, dans la rue ou dans les écoles et envers un public scolaire et assez jeune (à partir de 2,5 ans jusqu’à 6 ans environ). Avec le théâtre d’ombres, c’est plus poétique, intimiste et donc, nous jouons pour des enfants âgés de 6 à 12 ans. L'année prochaine nous visons le festival d'Huy qui est une sorte de vitrine ou de marché aux spectacles  pour les programmateurs des centres culturels.   Ceci rallongera notre carnet d'adresses...

 

Où trouvez-vous l'inspiration?

Chez les autres, dans des spectacles….je suis assez curieuse de tout ce qui touche à la culture en général et je m’en inspire. On peut travailler à partir de quelque chose d’existant (pour le théâtre d’ombres, par exemple, nous sommes partis d’un recueil de contes indiens très anciens que nous avons réadaptés) ou inventer en fonction des besoins spécifiques par rapport à un thème précis.

 

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir marionnettiste?

Il faut être curieux, observer beaucoup. Avoir un intérêt pour les matériaux, les différentes disciplines artistiques, être polyvalent…Il faut aussi être assidu, passionné, pouvoir s’adapter.

 

Peut-on vivre de ce métier en Belgique et si oui, comment?

Oui on peut, c’est possible. Ca prend du temps mais c’est faisable. Pour ma part, je passe par la smart qui se charge de gérer mes contrats. Cette asbl s'occupe de fournir un service juridique et administratif et permet de travailler en toute légalité dans le milieu artistique. La smart propose même des formations destinées aux artistes qui veulent se lancer dans le métier et en vivre...

 

Vous êtes également clown, conteuse, vous pratiquez des grimages...Est-ce important de se diversifier?

Oui car la polyvalence permet de proposer un large panel de services différents et donc, de s’adapter et de travailler régulièrement. Il faut pouvoir jouer sur différents tableaux.

 

Quelles sont les difficultés que l'on peut rencontrer dans ce métier?

L’argent ! (rire). Lorsque l’on n’a pas le statut d’artiste, on n’est pas payé pour le travail de création qui précède la tournée, la diffusion du spectacle. Or, pour préparer un spectacle, il faut environ un an !

Ces moments là sont difficiles. Pour obtenir le statut d’artiste, il faut 300 jours de travail sur une période de 18 mois ou gagner l’équivalent d’environ 11.000 euros nets sur un certain laps de temps. Alors, dans ce cas, l’artiste a le droit de percevoir les allocations de chômage dont le montant est en quelque sorte « gelé » et il le reçoit  pendant sa période de création.  En attendant, l’idéal est d’avoir un mi-temps à côté pour s’assurer un minimum de revenus mais il faut savoir que si on est à mi- temps dans un job plus « alimentaire », on est aussi à mi-temps dans le métier d'artiste…le tout est de savoir se lancer à un moment et faire confiance à ses capacités d'adaptation et son expérience. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir marionnettiste?

Il faut oser se lancer ! Il faut se créer un réseau, être autonome, débrouillard et très curieux!

Quand on est une personne passionnée, l'expérience et le talent vont souvent de pair et puis quand on est honnête et généreux dans les relations d'échange de savoirs et de services, les autres aiment travailler avec vous...et les projets se concrétisent.

 

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.