Laurence Belalia, Botaniste

Interview réalisée en avril 2011

Laurence Belalia est botaniste au Jardin botanique expérimental Jean Massart depuis 20 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je suis chargée du volet éducatif au jardin Massart. J’ai en charge les visites guidées du site mais aussi l’organisation d’évènements destinés à faire découvrir le jardin. 

Pour les visites guidées, je m’occupe de l’organisation et de la réalisation de celles-ci. Il est essentiel que je me documente sans cesse afin de développer diverses thématiques (les plantes médicinales, la biodiversité…) car si les visites peuvent concerner l’ensemble du jardin (visites « découverte générale »), nous proposons également des visites plus ciblées permettant d’approfondir telle ou telle collection. Le public visiteur est très large : écoles primaires ou secondaires, personnes handicapées, cercles de botanique, étudiants en botanique…. Les visites sont souvent personnalisées, je dois m’adapter à mon public et à sa demande et faire de la visite un moment intéressant et interactif. Avec les enfants, je mets en place des ateliers où ils peuvent être actifs et faire eux-mêmes des découvertes et des recherches (utilisation de la loupe binoculaire, du microscope…). Ce volet prend plus ou moins 1/3 de mon temps de travail mais cela varie en fonction des saisons. En hiver, il y a une interruption entre novembre et février. 

A côté de cela, je m’associe à plusieurs évènements tels que les journées du Patrimoine, les nocturnes des musées bruxellois, le printemps des sciences… Je me charge alors de leur organisation (logistique, coordination, supervision,…). Je m’occupe aussi de la préparation et de la diffusion de l’information (via le Web, des communiqués etdes flyers,…). Je dois alors rédiger des articles, répondre à la presse, rendre l’endroit attrayant et agréable… 

Il y a aussi des visites et des demandes ponctuelles qui s’ajoutent et qui ne sont pas toujours faciles à gérer (une personne qui souhaite des renseignements ou des brochures, un étudiant qui souhaite de l’aide dans ses recherches…).

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Les qualités requises sont nombreuses : il faut aimer partager et transmettre ses connaissances et surtout, aimer ce que l’on fait et être passionné par son sujet. Il est essentiel de pouvoir s’adapter à son public : utiliser des termes très techniques pour certains et vulgariser son discours pour d’autres. Il faut avoir de la rigueur mais garder de la souplesse dans son travail et dans ses horaires car le travail est très diversifié et selon les évènements, on peut travailler en soirées ou le week-end. Il est important aussi d’avoir le contact facile et d’aimer cela. Il faut également apprécier de travailler seule car excepté les visites et les étudiants qui viennent pour leurs recherches, je suis souvent seule dans les bureaux. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

L’avantage indéniable pour moi est le cadre de travail : mon bureau est au milieu des plantes et des arbres et je vais souvent à l’extérieur pour les visites. Mon travail n’est jamais monotone, les visites sont toujours différentes, les projets et les évènements varient beaucoup. De plus, j’organise mon travail et mon temps comme je le souhaite. J’aime rencontrer et être en contact avec les gens et pouvoir leur apprendre et transmettre ma passion. C’est très gratifiant également de voir que la visite s’est bien passée et que le groupe en ressort enrichi. Le fait d’apprendre encore maintenant des choses alors que cela fait 20 ans que je suis ici, je trouve cela formidable ! 

Le côté le plus difficile de mon travail est le fait que je suis souvent seule dans les bureaux et que je n’ai personne qui me remplace quand je suis en congé. Travailler à l’extérieur est souvent un avantage mais peut être aussi très pénible quand il fait froid, il neige ou il pleuve. Le gros inconvénient lié à ma fonction est qu’elle soit subsidiée annuellement. Je dépend donc de la politique régionale, je n’ai donc malheureusement pas une stabilité d’emploi. 

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaille du lundi au vendredi de 9h à 17h mais comme je suis à 4/5, je me permets parfois d’arriver plus tard, de partir plus tôt ou de me réserver une journée entière. A cela s’ajoutent quelques soirées ou week-ends selon les évènements. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après mes 5ème et 6ème secondaires orientation sciences sociales et histoire, je me suis dirigée vers une formation universitaire en sciences biologiques (à l’époque c’était en quatre ans). Comme je n’avais pas du tout fait de sciences avant, je me suis posée la question de faire une année spéciale sciences mais l’idée de rester encore un an dans un cadre secondaire ne me plaisait pas. J’ai raté ma première année mais j’ai persévéré et tout a bien été par la suite. En licence, j’ai choisi l’orientation sciences botaniques.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études universitaires, j’ai pu bénéficier du stage ONEM qui était à l’époque une possibilité pour les étudiants sortant des études d’accéder à un 1er emploi tout en bénéficiant d’un jour par semaine pour chercher de l’emploi. J’ai donc travaillé à la Cours des Comptes pendant un an, un travail pas vraiment lié à mon orientation mais qui m’a permis d’apprendre et de découvrir beaucoup de choses. Entre temps, le jardin botanique Jean Massart a bénéficié de subsides pour développer le côté didactique et j’ai été engagée. Comme je travaille à 80%, j’ai été pendant deux ans assistante de cours à l’université et j’ai donné des cours de Biologie pendant un an dans une Haute Ecole. 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Pour tous les avantages que j’ai précités : le contact avec le public, la transmission de savoirs et la possibilité de les rendre accessibles à tous, l’autonomie dans la gestion du temps et du travail, le fait d’apprendre encore maintenant de nouvelles choses, le fait de travailler avec les sciences de la vie… 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je lui dirais que s’il est motivé et qu’il aime cette matière, il doit foncer. Il y a beaucoup de débouchés différents : le travail en laboratoire, l’enseignement, la pharmacologie, la recherche, le travail de terrain, l’environnement… La formation universitaire permet de ne pas être formaté à un seul métier mais de pouvoir ouvrir les horizons et les possibilités. 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Les mots d’enfants sont parfois magnifiques… Lors d’une visite guidée avec un groupe de l’enseignement primaire, j’explique et je montre qu’il existe des pins de toutes sortes, comme le « Pin Pleureur » dont les aiguilles sont très longues et pendantes. Un peu plus loin, un enfant revient vers moi avec un cône (ou pomme de pin) du pin pleureur, je lui demande alors de quel arbre vient ce cône. Il m’a gentiment répondu qu’il l’avait trouvé en dessous de l’arbre triste… 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.