Laurence Dubois, Logopède

Quel est votre parcours scolaire ?

J'ai suivi mes études secondaires à l'école du Sacré-Coeur de Mons en section latin-math. J'ai ensuite entamé un graduat (actuellement un bachelier professionnalisant) à l'institut supérieur de logopédie de Ghlin (devenu Haute Ecole Provinciale de Hainaut – CONDORCET).

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ce métier ?

J’ai été sensibilisée à la logopédie vers l'âge de 12 ans lorsqu'une personne de ma famille s'est trouvée confrontée à une aphasie suite à un AVC. Avec l'aide de sa logopède et beaucoup de persévérance, elle a retrouvé l'usage de la parole et du langage écrit. Plus tard, je me suis informée sur ce métier que je trouvais très intéressant. Les débouchés étaient assez variés et me plaisaient, je me suis lancée.

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai débuté en mai 2004 au Centre Médical de rééducation Logopédique (CMRL) de Mons à mi-temps. En septembre 2004, je complétais mon horaire à l'école secondaire d'enseignement spécialisé "Les Trieux" de Leers-Nord.

Quelles sont vos missions ?

Le bilan initial des patients (suivant une batterie de tests, nous évaluons les compétences du patient et ce dans différents domaines à savoir, la psychomotricité, le langage oral, le langage écrit, le calcul...); la rééducation; les bilans d'évolution (1 fois/an afin de mettre en avant les progrès du patient); les contacts, le plus fréquemment possible avec les parents et/ou les différents intervenants qui s'occupent du patient .

La dimension psychologique est-elle importante dans votre métier ?

La dimension psychologique est très importante. Il est primordial d'installer une relation de confiance avec le patient afin qu'il se sente bien et soit ainsi ouvert aux apprentissages. Il est également important d'être attentif à tout changement de comportement afin de l'aiguiller le cas échéant vers un·e psychologue. En effet, la logopédie et la psychologie sont deux disciplines bien distinctes, à ne pas confondre!

Travaillez-vous en collaboration avec d’autres spécialistes ?

Oui, à l'école, nous travaillons en collaboration avec une psychologue et un assistant social. Au CMRL, nous sommes entourés de psychomotricien·ne·s, d'une psychologue, d'une assistante sociale, d'une kinésithérapeute, d'une pédiatre et d'un neuropédiatre.

Quels sont les actes posés chaque jour ?

Chaque jour, nous rééduquons des troubles du langage oral ( articulation, vocabulaire, syntaxe...), du langage écrit (lecture, orthographe, calcul), de l'attention-concentration, du graphisme...

Concrètement, comment travaillez-vous ?

Nous travaillons par séances individuelles d'une demi-heure ou d'une heure une à deux fois par semaine. Nous travaillons sur base de jeux (que nous adaptons) achetés dans le commerce traditionnel, dans le commerce spécialisé, fabriqués par nos soins pour le patient, fabriqués avec le patient. Nous utilisons également des activités "papier-crayon", des activités psychomotrices,... tout dépend du patient, de ses goûts, de ses compétences et de ses difficultés.

Qui sont vos patients ?

Nous travaillons avec des enfants et des jeunes issus de tous les milieux sociaux. Nos patients sont âgés de 3 à 14 ans révolus au CMRL et de 12 à 22 ans à l'école. Notre population se compose d'enfants atteints ou non d'une déficience mentale légère ou moyenne présentant un retard de langage et/ou de parole, une dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, un retard d'apprentissage, des difficultés psychomotrices, des troubles attentionnels... parfois accompagné d'un syndrome (trisomie 21, x fragile,...) .

Comment les enfants vivent-ils le fait de devoir aller chez une logopède ?

Le ressenti peut être très différent d'un patient à l'autre mais en règle générale, ils apprécient la relation qui se crée avec le thérapeute. Il arrive cependant que certains petits enfants arrivent en larmes, à nous alors de trouver la parade afin de leur rendre le sourire. En ce qui concerne les plus grands, ils se rendent souvent compte des bénéfices de la rééducation même si parfois ils préfèreraient consacrer ce temps à d'autres activités.

Votre formation vous a-t-elle correctement préparée à ce métier ?

La formation se compose de cours théoriques, pratiques et de stages. Elle nous présente un large panel de rééducations d'un point de vue théorique. Les stages quant à eux nous permettent vraiment de nous immerger dans la réalité de la profession mais évidemment pas dans tous les domaines existants. Je dirais donc que la formation m'a bien préparée au métier en gardant à l'esprit qu'il existe des formations complémentaires.

Est-il nécessaire de parfaire sa formation par une formation continue ?

Tout dépend de la branche choisie, s'il s'agit d'un domaine qui a déjà été rencontré au cours des stages, il est possible de travailler sans suivre une formation particulière (cependant vivement conseillée de façon sporadique afin de se tenir au courant des nouveautés et de se perfectionner). Sinon, une formation particulière s'impose.

Quelles sont les qualités nécessaires pour bien exercer votre métier ?

La capacité d'adaptation, l'imagination, la possibilité de se remettre en question, savoir prendre des décisions, être sociable, être capable de prendre du recul par rapport aux situations vécues par certains patients, avoir un bon contact avec les enfants et les jeunes.

Quels sont les aspects les plus positifs de cette profession ?

Je dirais en premier lieu le contact humain. De plus, il s'agit d'un métier pour lequel on est toujours amené à se dépasser ce qui est assez valorisant et motivant. Je citerais aussi le contact privilégié que l'on peut établir avec le patient et la possibilité de le voir évoluer dans le temps.

Est-ce un secteur porteur d’emplois ?

Il est assez difficile de trouver un emploi en tant que salarié. Par contre, il y a une forte demande en tant qu'indépendant

Est-ce un métier qui compte une majorité de femmes comme on a tendance à le penser, et si oui comment l’expliquer ?

Oui, il s'agit d'une profession qui compte beaucoup de femmes comme la plupart des métiers qui touchent à la petite enfance (on a parfois tendance à oublier que la logopédie s'intéresse également à beaucoup d'autres domaines). De plus, le salaire n'est pas spécialement attractif. Cette question serait peut-être à poser à un homme.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce type de métier ?

Je lui dirais tout d'abord de réviser son orthographe (critère très sélectif durant les études). Ensuite, je lui conseillerais de consulter les sites internet qui traitent du sujet et d'éventuellement rencontrer un professionnel mais je lui dirais surtout de se lancer car il s'agit d'un métier passionnant.

Le métier a-t-il évolué ces dernières années ? De quelle façon ?

Oui, le secteur a beaucoup évolué, évolue et continuera encore à évoluer. La logopédie s'intéresse à de plus en plus de secteurs (calcul, attention-concentration...). De plus, il s'agit d'une discipline qui est encore assez jeune donc de nouveaux outils de travail apparaissent. Nous nous enrichissons également d'études scientifiques.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Il est possible de se diriger vers un grand nombre de secteurs, d'exercer en tant que salarié ou indépendant, la demande est assez importante,...

En ce qui concerne les inconvénients, je dirais que le salaire n'est pas très attractif, le côté administratif est assez lourd (surtout pour les indépendants) et, sauf si on exerce dans l'enseignement, les horaires sont assez difficiles (horaires surtout en soirée ce qui n'est pas l'idéal pour les mamans).

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.