Laurence Rosier, Linguiste

Interview réalisée en avril 2014

En quoi consiste concrètement la linguistique ? 


D’abord je dirais qu’il y a des linguistiques car il existe différentes théories de la langue. Je voudrais aussi préciser que la linguistique enseignée à l’université, contrairement aux stéréotypes que l’on peut avoir, ne concerne pas l’apprentissage de différentes langues mais leur étude. Il s’agit plutôt d’étudier la manière dont la langue fonctionne, à la fois de façon abstraite et concrète. La linguistique va décrire tout ce qui se dit et s’écrit : on trouve donc également un aspect sociolinguistique. On étudie les usages sociaux de la langue comme, par exemple, les différences qui peuvent apparaître dans la manière de parler chez les hommes et chez les femmes, le parler dit « des jeunes », le langage sms. 

Quels sont les débouchés que l’on peut envisager, les domaines dans lesquels l’intervention d’un linguiste est requise ? 


Lorsque l’on a un master en linguistique, on arrive souvent à des débouchés « de recherche » (développement de la linguistique théorique, réalisation d’expériences, etc.). 
Dans la vie de tous les jours, le linguiste est généralement sollicité pour des missions d’expertise. C’est le cas d’une linguiste française qui a lancé un site (la-langagiere.net) reprenant des ressources linguistiques pour les particuliers ou entreprises confrontés à l’usage de la langue dans le cadre de leurs activités et qui souhaitent s’améliorer. Aujourd’hui les entreprises qui souhaitent que leurs cadres améliorent leur orthographe, sont demandeuses de ce type de service. 
Les juristes font aussi appel à des linguistes car il y a beaucoup de choses liées au langage dans le domaine du droit et le linguiste peut apporter des précisions en ce qui concerne l’interprétation d’un mot ou d’une phrase, par exemple. 

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ? 


En secondaire, je suivais déjà une formation très littéraire (latin-grec-français fort). Etant fille de professeurs de français et petite-fille d’institutrice, j’ai toujours baigné dans le domaine des lettres. J’ai ensuite fait des études de philologie romane lors desquelles j’ai découvert la linguistique. J’ai notamment suivi des cours de critique de la grammaire avec Marc Wilmet et j’ai vraiment accroché. J’ai d’ailleurs fait mon mémoire sur l’« Ecriture des écrivains communistes », dans lequel je réalisais déjà une analyse de la langue. 
J’ai ensuite eu la possibilité de poursuivre avec une thèse de doctorat: j’ai travaillé sur la citation, la manière dont on rapporte la parole d’autrui. J’étais très intéressée par l’implication sociale, car on ne rapporte pas de la même façon selon que l’on est journaliste ou écrivain. J’ai aussi fait l’agrégation et je suis restée enseigner à l’université car j’ai eu la chance d’obtenir un poste rapidement. 

A travers mon enseignement, j’essaie de démontrer l’utilité sociale que peut avoir la linguistique.  

En quoi consiste le Centre de recherche en linguistique LaDisco? Quelles sont ses activités ? 


Dans ce Centre, nous avons regroupé des chercheurs qui travaillent sur différents axes de la linguistique : 
- pédagogique : comment mieux enseigner la grammaire ?, etc.
- psychologique : rapports entre la communication et l’autisme, etc. 
- rhétorique et argumentation : les discours politiques, l’enseignement du débat en classe, etc.
-sociolinguistique : rapport affectif que les gens ont avec la langue, observation du développement de la linguistique « populaire » sur la toile, le lien entre les insultes et les normes d’une société, etc. 

Quelles sont les qualités et les compétences indispensables si on veut devenir linguiste ?


Il faut avoir une capacité de lecture mais surtout, être un lecteur qui lit de tout. Pas uniquement de la littérature mais aussi les médias, le web, etc. Il faut aussi avoir une faculté d’observation et d’ouverture, ne pas être trop normatif, car on ne demande pas d’ériger des règles (même si parfois on nous demande de les aménager, de les simplifier comme dans la réforme de l’orthographe). On demande de décrire la langue et d’en prédire les éventuels usages dans le futur (ex : langage SMS). Le fait de parler plusieurs langues permet aussi d’avoir une vision comparative qui peut être intéressante.  Il faut aussi aimer transmettre. 

Les nouvelles technologies ont elles un impact sur la profession ? 


Elles sont devenues incontournables et représentent même de véritables corpus. On observe énormément la manière dont la toile fonctionne car ce qui est fascinant, c’est que l’on peut trouver un texte de Platon à côté d’une discussion entre ados sur un forum. Dans le cadre de l’observation de la langue, c’est un milieu très intéressant. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans ce domaine ? 


Pour avoir un débouché professionnel immédiat, je dirais qu’il faut combiner la linguistique avec une autre orientation, comme l’enseignement ou la psychologie par exemple. Ne faire que de la recherche reste très difficile car il y a peu d’élus car peu de bourses. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.