Libraire, Gérante de librairie généraliste, Présidente de l'association des libraires de Belgique francophone

Quelle est l'évolution du monde de la librairie ?

Aujourd'hui le livre n'est quasiment plus un produit de luxe. Les éditeurs produisent de plus en plus de publications. L'important, pour eux, c'est de vendre un maximum, de produire des best-sellers. Dès lors, tout est  plus rapide. Tant par rapport à la production qu'à la clientèle. Avant, on disposait d'un délai de quinze jours à trois semaines pour se procurer un ouvrage. Les librairies artisanales sont donc en décalage par rapport à la vitesse et à la productivité de l'industrie du livre. Ce dont profitent les grandes surfaces qui ne possèdent pas notre préoccupation de service à la clientèle. Dans cette optique-là, on passe à côté de beaucoup de choses, de nombreux jeunes auteurs. On a constamment l'impression de devoir faire de la résistance pour continuer à exister et à perpétuer le véritable métier de libraire.

Quelles sont les caractéristiques des personnes que vous engagez ?

Ce n'est pas tellement lié au diplôme. Je me base surtout sur la personnalité. Je demande une curiosité générale, une facilité pour le contact et la communication, un sens de l'organisation développé et énormément de méticulosité, autant pour la gestion pratique du magasin que pour toutes les tâches administratives. En fait, il faut être très polyvalent : passer du rangement des rayons au contact avec la clientèle en passant par la gestion du fonds de commerce.

La connaissance du monde des livres est-elle importante ?

Il faut, effectivement posséder un important bagage culturel et une bonne mémoire. Il ne faut pas connaître à fond le contenu de chaque livre mais connaître ce qui existe et ce qui se fait. Sauf pour la gestion de certains rayons spécialisés, comme la philosophie, où le public est plus connaisseur et donc plus exigeant, ou encore, le département enfant.

Quelles sont les formations les plus demandées par les gérants de librairies ?

Avant, soit on prenait des gens qui apprenaient sur le tas et qui ne possédaient pas de qualifications particulières, soit on engageait des personnes qui avaient fait « philologie romane ». Force est de constater que si ces personnes possèdent l'amour du livre, elles n'ont, en général, pas l'ouverture sur le monde et la curiosité indispensables. Généralement, je préfère des personnes qui ont un diplôme de journalisme ou d'« infodoc ».  Avant, le livre était plus rare, il y en avait moins. Maintenant, il ne suffit plus de connaître le contenu des livres en profondeur ; il faut aussi connaître l'actualité du livre et de l'édition.

Quels sont donc les conseils que vous donneriez à quelqu'un qui cherche un emploi ?

Ce n'est pas facile de trouver du boulot car il faut, idéalement, deux à trois ans de pratique pour être tout à fait opérationnel. Et cela devient de plus en plus difficile, pour les libraires, de prendre le temps de former les « nouveaux » de façon adéquate. Le meilleur moyen de se présenter sur le marché est de réaliser un stage en librairie. On n'est pas payé pendant ce laps de temps, mais c'est une manière de se former et de se faire remarquer.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.