Loïc Bodson, Chanteur

Interview réalisée en mai 2008

Loïc Bodson est chanteur, auteur, musicien et compositeur

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis membre du groupe Flexa Lyndo, groupe rock originaire de Namur. A ce jour, nous avons sorti trois albums, dont le dernier, "Slow Club", est également sorti au Japon et en France. Parallèlement à Flexa Lyndo, je travaille sur d'autres projets comme des musiques de films, des compositions pour des musées, des documentaires ou des spectacles..

Quel est votre parcours scolaire ?

Je suis juriste de formation. Je me suis orienté vers une spécialisation en nouvelles technologies et j'ai travaillé en tant que chercheur pendant deux ans aux Facultés Notre Dame de la Paix à Namur, dans le domaine des nouvelles technologies et de la propriété intelectuelle (droits d'auteur, et P2P, bases de données, logiciels libres, webcasting...). Je fais de la musique depuis que j'ai 14 ans et même si les études de droit m'ont intéressé et que j'ai un très bon souvenir de ma vie de chercheur, c'était surtout au départ pour rassurer les parents.

Avez-vous suivi une formation particulière ?

Je suis allé au Conservatoire pendant 4 ans mais ça ne me plaisait pas, c’était tellement loin de ce que j’espérais…. J’avais l’impression que je n’y trouverais pas ce que je recherchais. J’ai pris des cours de piano qui m’ont permis d’affiner mon oreille et des cours de guitare avec un professeur qui m’a appris les bases des accords. Je lui ai amené des disques que j’écoutais à ce moment - là et je lui ai dit : « C’est ça que je veux faire ». J’ai trouvé cette façon d’apprendre plus efficace que de devoir passer par la guitare classique. Via mon professeur de piano qui était également directeur d’une chorale, j’ai également appris quelques petits « trucs » en chant, notamment pour le souffle. De façon générale, je dirais que dans le milieu du rock, très peu d’artistes ont suivi une formation musicale, au contraire du milieu du jazz ou de la musique classique. Les artistes de rock sont encore peu encadrés de ce côté-là.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce métier ? Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Il m’a fallu dix ans pour me lancer réellement dans le métier, il y a eu beaucoup d’hésitations. Avant, le contexte n’était pas du tout le même. Pour moi, le fait de continuer à faire des études représentait une « sécurité », vu qu’on ne se lançait pas aussi facilement dans le métier qu’aujourd’hui. Ceci dit, depuis l’adolescence, l’envie d’être musicien à 100 % est très présente suite au fait que certains disques ont vraiment changé ma vie et m’ont donné des idées pour créer par la suite. 

Pourquoi avez-vous décidé de faire partie d’un groupe plutôt que de suivre une carrière solo ? Quelle est la différence ?

Tout d’abord, je pense que personne ne fait jamais rien seul. Même un chanteur qui a envie de faire une carrière sur son nom est entouré d’un manager, de musiciens et d’autres personnes. Je pense que tout commence par des groupes. Comme on n’est sûr de rien, on veut au moins être sûr de ceux avec qui on joue ! Et en plus, comme on a beaucoup de choses sur notre tête, autant les assumer ensemble. Maintenant, je ne sais pas si c’est plus facile de chanter seul ou dans un groupe. Je crois que cela dépend du milieu. En général, en chanson française, le chanteur est avant tout un interprète, et il a à ses côtés un auteur qui écrit pour lui. Ceci dit, pour la plupart des artistes, tous milieux confondus, les casquettes sont nombreuses parmi les tâches créatives, administratives, etc. On est musicien, auteur, mais aussi comptable ou GRH. Après 15 ans, je commence seulement à me dire que je pourrais me lancer sur mon propre nom…

Comment avez-vous débuté votre carrière ?

En faisant des concours. On en a perdu pas mal mais on en a gagné un dans notre région qui nous a permis d’aller enregistrer dans un studio à côté duquel il y avait les bureaux du label qui nous a signé. Avant cela, on allait frapper aux portes, on envoyait des cassettes…

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confronté dans votre parcours ?

Le manque d'encadrement et de reconnaissance au niveau du métier (je ne parle pas seulement du statut…). Trouver un label est aussi très difficile car il faut s’y connaître, s’y retrouver dans ce milieu. Il n’y a pas que le côté créatif qui intervient, il faut aussi savoir de quoi on parle d’un point de vue juridique, financier, administratif… Il est important je pense de connaître quelqu’un qui prenne en charge tout ce côté « non créatif ».

Comment préparez-vous un album ? Un concert ?

Pour les albums, nous avons connu des méthodes différentes au fur et à mesure des sorties, car tout a beaucoup changé au fil des années. L’arrivée de l’informatique fait en sorte qu’on n’est plus vraiment obligé de passer par un studio à l’heure actuelle. Au départ, on allait encore en studio, en répétant beaucoup avant et en mettant nos idées en commun, puis on enregistrait. Depuis, nous avons pu créer notre propre structure d’enregistrement ce qui rend les choses plus faciles, notamment pour répondre à la demande et aux délais parfois très courts. Toutefois, le métier d’ingénieur du son (ce que je ne suis pas) reste capital. Un album bien mixé par un professionnel fera toujours la différence. Pour les concerts, nous faisons appel à une agence qui prospecte pour nous ou alors ce sont les organisateurs eux-mêmes qui font appel à l’agence. Pour ce qui est des répétitions, cela se passe souvent dans des locaux qui ne sont pas prévus pour cela, état donné qu’on ne trouve pas facilement de salle insonorisée et équipée techniquement.

Qu'est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ? Le moins ?

J’aime l’excitation du début lorsque je crée un morceau et que je suis persuadé qu’il est différent de tout ce que j’ai pu faire jusque là. Aller le présenter, le défendre sur une scène, c’est ça mon moteur, c’est ça qui me donne envie de continuer. Par contre je vois le côté non créatif du métier comme une contrainte nécessaire que j’apprécie donc moins : les aspects financiers, les problèmes liés au statut. .Il y a aussi le fait que les artistes, en tout cas dans la musique « rock » (je parle par là de la « musique actuelle » au sens large) ont assez peu de reconnaissance. Nous souffrons d’une mauvaise identification par rapport à d’autres, d’une réelle méconnaissance du métier de la part de ceux qui n’en font pas partie... Il y a sans doute un effort d’information à faire de ce côté-là.

Est-ce difficile de vivre de la musique en Belgique ?

Financièrement oui, comme pour la plupart de ceux qui travaillent dans le milieu artistique. C’est aussi très difficile par rapport à l’insécurité liée au statut. Parfois, je me dis aussi qu’il y a peut-être trop d’offre : trop de groupes, trop de festivals…ce qui rend les choses difficiles pour tous les acteurs du métier.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ce métier ?

Il faut avant tout n’écouter que soi, y aller à l’instinct et rester soi-même. Il faut aussi être attentif à tout ce côté juridique, administratif, avoir un regard sur tous ces aspects, une certaine autodiscipline. Il ne faut pas essayer non plus d’arriver à quelque chose de précis, de parfait tout de suite. Il faut être patient. Et puis, il faut surtout avoir l’amour de la musique, la conviction et la passion, être un vrai « dopé » et ne pas faire ce métier pour l’admiration ou pour l’argent. 

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune qui veut se lancer ?

Soyez personnel, tout en étant attentif à la critique, sans que cela vous bouffe. Il faut être intransigeant, passionné et se poser régulièrement la question : « Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? » en essayant d’y répondre positivement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.