Ludovic Pierard,
Traducteur - Président de la Chambre Belge des Traducteurs et Interprètes (CBTI)

Interview réalisée en mars 2014

Pourriez-vous nous présenter brièvement la CBTI, ses missions, son fonctionnement ? 

La Chambre Belge des Traducteurs et Interprètes est une asbl et association royale fondée en 1955. Il s’agit actuellement de la seule organisation professionnelle pour traducteurs et interprètes en Belgique. D’autres associations existent mais elles sont plus spécialisées (traducteurs jurés ou littéraires, par exemple). 
Nous comptons près de 400 membres et nous sommes organisés sur base d’une assemblée générale, d’un conseil d’administration et d’un secrétariat. 
Nos principales activités sont la défense de la profession auprès du monde politique et professionnel et l’amélioration de l’image de marque des métiers de traducteur et interprète. Nous essayons également de rassembler les traducteurs et interprètes pour qu’ils puissent discuter, nous proposons des formations, des activités diverses. Nous offrons également énormément de services et d’avantages aux affiliés: conseils juridiques, assurance RC professionnelle à prix réduit, une plateforme de communication, des publications, etc. 
A la demande des tribunaux, nous pouvons également organiser des examens pour les traducteurs jurés. 

Il existe plusieurs types de traducteurs et interprètes, pouvez-vous nous les décrire brièvement ?

Une des particularités de ce secteur, c’est qu’il y a autant de traducteurs et interprètes différents que de compétences et de domaines de spécialisation. 
Au niveau des traducteurs, il existe évidemment de nombreuses combinaisons possibles de langues mais aussi de spécialités. Parmi les principales, on retrouve le secteur juridique, la finance, le rédactionnel, l’informatique, le secteur technique, le médical ou encore le pharmaceutique. 
En ce qui concerne les interprètes, on retrouve à nouveau différentes combinaisons de langues et des spécialités diverses, mais il y a aussi différents types d’interprétation :
- L’interprétation de liaison : utilisée lors de réunions, lorsque deux directeurs personnes parlent des langues différentes, l’interprète se trouve entre les deux et assure le lien;
- L’interprétation simultanée : l’interprète traduit pour une assemblée les propos des interlocuteurs au fur et à mesure qu’ils les expriment ;
- L’interprétation consécutive : l’interprète écoute, prend des notes et restitue ensuite le discours dans l’autre langue;
- L’interprétation chuchotée : c’est le mode utilisé lorsqu’un interprète « chuchote » l’interprétation à l’oreille d’une personne. 

Quel est votre parcours personnel? 

Je suis diplômé en traduction allemand-néerlandais de l’Institut Marie Haps. Je suis sorti en 2001. J’ai ensuite travaillé dans le secteur privé, mais pas en tant que traducteur. J’étais responsable d’un service. En 2008, j’ai décidé de revenir à la traduction en m’installant comme indépendant. Je me suis directement affilié à la CBTI car je désirais continuer à me former, rester au courant des évolutions, bénéficier de conseils de collègues plus chevronnés, etc. A force d’implication dans l’asbl, j’ai posé ma candidature et j’en suis devenu le président. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à exercer ce métier ? 

J’aime les langues, je trouve fascinant d’apprendre une nouvelle langue, un nouveau mode de communication. De plus, j’aime lire et écrire et je suis curieux de nature. L’informatisation de la profession a amené un volet technique qui me plait également. La perspective de passer mes journées à lire, écrire et utiliser les langues m’attirait beaucoup.

Quelles sont les langues les plus souvent choisies par les traducteurs/interprètes en Belgique ? 

La tendance auprès des étudiants est clairement la combinaison anglais-espagnol. Or, en Belgique, c’est surtout le néerlandais, l’allemand et l’anglais qui sont demandés. D’autres langues sont aussi enseignées par les instituts mais la demande est moins forte. C’est le cas du russe, du turc, des langues scandinaves, etc. 

Quelles sont les principales qualités à posséder selon vous pour travailler en tant que traducteur ou interprète? 

Il faut être passionné par les langues et posséder une très bonne culture générale. On a tendance à l’oublier, mais même lorsque l’on est spécialisé, on est parfois confronté à des informations qui vont au-delà de la connaissance du domaine en question. Il faut donc être très ouvert et curieux.
La précision, le souci du détail, la recherche du bon mot sont également très importants. Il faut être très pointilleux, ordonné mais aussi patient.  
On peut assimiler le traducteur ou l’interprète à des artistes, car même si la base de notre travail « œuvre » a été réalisée par quelqu’un d’autre, nous devons quand même faire preuve d’énormément de créativité pour restituer le texte dans une autre langue. 

Ces métiers ne sont pas protégés, mais conseillez-vous quand même de suivre une formation comme le master, par exemple ? 

Effectivement, ils ne sont pas protégés. Tout qui le souhaite peut devenir traducteur ou interprète. Mais lorsqu’on suit une formation, on apprend les techniques de traduction, la maîtrise de la langue française, on apprend à développer un style d’écriture, on acquiert un nombre important de connaissances dans des domaines variés, ce qui est très important pour bien exercer ces métiers.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait exercer l’un ou l’autre de ces métiers ? 

S’affilier à la CBTI ! (rire). Sérieusement, je pense que si on envisage de s’installer en tant qu’indépendant notamment, il s’agit d’un soutien non négligeable. L’affiliation à des organisations professionnelles peut fournir des conseils, un partage d’expériences et des encouragements, ainsi que des formations très utiles (comment trouver ses clients, comment fixer ses prix, etc.).

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.