Madame Kerstenne,
Prothésiste dentaire

Interview réalisée en janvier 2005

Entretien avec Monsieur Kerstenne, 54 ans, prothésiste dentaire

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai fait mon apprentissage à l'âge de 16 ans puis 2 ans de patronat puis, il y a une quinzaine d'années, j'ai repris le labo de mon père. Je suis donc indépendant, patron de mon labo, j'ai un ouvrier et mon épouse travaille avec moi, elle est technicienne aussi.

Faut-il un investissement important pour s'installer ?

Il y a deux manières d'envisager un labo. Si l'on fait de la prothèse résine, ce que l'on appelle communément des dentiers, il ne faut presque pas d'investissements : de 4.000 à 5.000 € suffisent. Ces labos deviennent minoritaires.
Et puis il y a les labos où l'on fait de la prothèse traditionnelle (dentiers et bridges, la porcelaine,...) là l'investissement est plus conséquent : au minimum 25.000 à 30.000 €.
Avec les nouvelles technologies on fait, par exemple, des prothèses par ordinateur assisté et bien sûr l'investissement est beaucoup plus important encore.
A ma connaissance, seuls 4 ou 5 labos sont équipés de la sorte à Liège.
Pour amortir des machines de ce type-là qui valent au bas mot 250.000 €, il faut un gros labo et faire beaucoup de sous-traitance.

Quelle est votre clientèle ?

Je travaille pour une quinzaine de dentistes.

Comment se déroule votre travail ?

En fin de journée, on fait une tournée, on collecte les travaux chez les dentistes, ce sont les empreintes.
Le matin, on va couler ces empreintes, entre 1 et 3 heures de plâtre à couler et à découler. On va faire des montages à partir des empreintes pour pouvoir les travailler. Ca peut être une réparation de prothèse comme ça peut être un bridge. Le reste du temps on le passe à confectionner des prothèses. Les délais sont souvent courts, une journée, et quand les commandes sont nombreuses, je peux travailler jusqu'à minuit.

Qu'est-ce que vous fabriquez ?

Tout ce que l'on met en bouche et ce qui sert à la confection, au dentiste. Par exemple, pour faire une prothèse, le dentiste va d'abord vous faire une empreinte sur un porte empreinte standard. Ensuite, pour réaliser la prothèse, je vais réaliser à partir du moulage un second porte empreinte aux mesures du patient.
On fabrique donc la prothèse et ce qui sert à la créer, soit des prothèses en résine, des prothèses métalliques amovibles, des prothèses fixes comme des couronnes,...

Quelles sont les compétences nécessaires pour exercer votre métier ?

Il faut être manuel, c'est un métier de très grande précision, nous travaillons au millimètre près. Etre habile de ses mains et courageux.

Y a-t-il une formation continue ?

La Chambre syndicale des prothèses dentaires organise des formations quasiment tous les mois. Ce sont des conférences, des colloques, des rencontres où toutes les nouvelles technologies sont abordées. Aucune formation n'est obligatoire mais elles sont indispensables pour prendre connaissance des nouveaux matériaux.

Que pensez-vous de l'adéquation entre la formation et votre métier ?

Je trouve que la formation par apprentissage est très bien parce que l'apprenti travaille en labo pendant 4 ans avant d'avoir son diplôme. On dit qu'il faut 10 ans pour faire un bon technicien. Il y a d'innombrables techniques à maîtriser et un labo est obligé de se spécialiser. Dans tous les labos, il y a des ouvriers spécialisés qui ne font, par exemple, que la prothèse amovible.

Y a-t-il de l'emploi dans le secteur ?

Oui, il y a du boulot et il est parfois ardu de trouver un apprenti. C'est un métier où le travail de l'homme sera toujours indispensable même avec des machines extrêmement sophistiquées.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune ?

Par rapport aux études, il y a deux possibilités : les écoles ou l'apprentissage.
Selon moi, le meilleur plan est de faire ses humanités puis l'apprentissage. Un ouvrier qui va se spécialiser trouvera du travail.

Humainement, vous n'avez aucune reconnaissance du patient : comment le vivez-vous ?

A ce niveau, c'est un métier très ingrat, nous nous adressons uniquement à des professionnels ; vous ne pouvez pas maquiller ou rater quelque chose. Un monsieur qui viendrait installer de nouveaux châssis chez moi, s'il fait du bricolage et que ça parait correct, je n'y verrai que du feu ! Le dentiste qui reçoit une prothèse sait ce qu'est une prothèse, c'est un professionnel. Et c'est vrai que, ne connaissant pas les patients, les remerciements sont exceptionnels, cela arrive parfois par l'intermédiaire du dentiste.

Quelle est la proportion de femmes dans votre profession ?

Chez moi, 50/50, puisque je travaille avec mon épouse mais c'est rare. Je ne pense pas que ce soit un métier de femmes, sauf pour certaines spécialisations comme l'orthodontie. Lorsque vous manipulez des pièces lourdes pendant des heures, ce n'est pas évident.
Evidemment, je ne suis pas très représentatif, j'ai un petit labo et ça devient de plus en plus rare. Avant les labos étaient familiaux, aujourd'hui ils comptent 15 à 20 personnes dans notre région. En Flandres, il sont plus importants ; en France ou en Allemagne, les labos peuvent avoir 100 ou 150 personnes, ça n'existe pas en Belgique.

Fait-on appel à des prothésistes pour d'autres clients que les dentistes ? Le cinéma ? Les animaux ?

Oui, dans le cinéma ou au théâtre, il arrive que l'on fasse appel aux prothésistes pour des "accessoires", j'ai dû créer un jour des dents de Dracula !
Au niveau des animaux, il existe des dentistes pour chiens mais ils sont rares en Belgique. On fabrique des couronnes pour les chiens. Par contre, on ne peut pas leur faire de prothèses amovibles. Un jour, j'ai reçu une demande d'un dentiste pour son chien. Evidemment, la prothèse a duré 15 secondes, le chien l'a directement croquée !

Quel est l'aspect esthétique de votre métier ?

Le côté esthétique est très important, les patients veulent des dents blanches, de plus en plus blanches.
Nous avons un panel de 16 teintes pour la couleur de l'émail. Avant, la moyenne la plus usitée était la huitième, aujourd'hui, c'est la deuxième ou la troisième. Les gens se font blanchir les dents.

Comment voyez-vous l'évolution de votre métier ?

Je pense que les petits labos vont disparaître parce qu'il est impossible financièrement de supporter les frais d'investissements.
Sur le plan technique, ça va continuer à évoluer de plus en plus, à se robotiser mais le travail de l'homme sera toujours indispensable.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Le gros inconvénient est le stress, le travail varie selon la demande, on peut avoir 3 ou 10 prothèses à faire pour le lendemain, les échéances sont réduites et les journées sont parfois très longues.
L'avantage est que l'on réalise de belles choses, il y a une satisfaction personnelle de travail bien fait et de l'aide qu'on apporte aux gens, même si on ne les rencontre pas beaucoup !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.