Marc Charlet, Cascadeur

Interview réalisée en juillet 2010

Torche humaine, crash, saut d'un immeuble, cascades équestres, Marc Charlet est un cascadeur qui n'a pas froid aux yeux!

 

Quel est votre parcours professionnel?

J’ai commencé alors que j’avais entre 16 et 18 ans. Je travaillais en tant que cascadeur physique et équestre dans le parc d’attractions «Ok Corral» en France.

Concrètement, en quoi consiste votre travail? Comment s’organise-t- il?

Nous réalisons de la doublure d’acteurs. En général, ce sont les maisons de production ou les personnes intéressées qui nous contactent. Ils m’expliquent ce qu’ils recherchent. On fait alors des propositions et on discute du prix. Si un accord est trouvé, on réalise ensuite leur demande. Au niveau de la préparation, tout dépend de ce que l’on a à faire.

Outre le cinéma, dans quel domaine fait-on également appel à vous?

On travaille dans les parcs d’attractions, dans le milieu du cinéma que ce soit des courts, moyens ou longs métrages, dans la publicité, pour des clips…On intervient aussi beaucoup pour des événements qui requièrent des cascades. Dernièrement, nous avons réalisé la scène du crash qui a lieu au début du film «Cages» d’Olivier Masset-Depasse.

Comment avez-vous appris votre métier? Faut-il avoir suivi une formation spécifique pour devenir cascadeur?

Moi, j’ai appris mon métier sur le tas mais ensuite, j’ai été coaché et je le suis toujours. Parallèlement à cela, j’ai toujours fait pas mal de motocross, de sports de combat (judo, taekwondo) et du rallye. Ce qui m’a pas mal aidé et ça m’a permis de garder la forme. J’ai toutefois suivi une formation pour la torche humaine pendant six mois. C’est très important car il faut une bonne respiration, respecter un rituel, notamment avec l’habillement, et surtout ne pas être claustrophobe!

Sinon, au niveau des formations, il n’y en a pas. Tout le monde peut s’improviser cascadeur à l’heure actuelle. Mais cela comprend des risques et donc nous sommes en train de faire des démarches auprès d’un ministre européen pour protéger le métier. Nous aimerions notamment ouvrir une école de cascades.

Que faut –il posséder comme qualités pour devenir un bon cascadeur?

Il faut l’adrénaline. Il ne faut pas foncer tête baissée en se disant «moi, j’ai pas peur!». Il faut plutôt faire preuve de beaucoup de réflexion, de sang-froid et ne pas se lancer sur un coup de tête. Il faut aussi pouvoir travailler en équipe car un cascadeur seul, ça n’existe pas. Il y a toujours des coachs, des coordinateurs voire d’autres cascadeurs qui l’entourent. Il faut également être prudent, respecter les différents rituels, les mesures de sécurité…

Parlez-nous des cascades que vous réalisez habituellement…

Je fais beaucoup de deux roues en voiture, de moto, des spectacles western, des crash, des chutes d’étages, des torches humaines…La plus grande chute que j’ai réalisée s’est faite du 8e étage, ce qui représente environ 22 mètres. Nous travaillons également avec le parquet et l’IBSR pour reconstituer des accidents.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail?

J’apprécie tout! J’aime étonner les gens par des choses inhabituelles!

Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce métier?

Mon papa avait un ami cascadeur et j’allais voir les cascades avec lui. A partir de 13 ans, je faisais déjà des choses à vélo et je préparais déjà mes propres tremplins…Après, je suis passé aux motos, aux voitures, etc.

Quelles sont les difficultés qu’un cascadeur peut rencontrer au cours de sa carrière?

En Belgique, il faut savoir qu’il n’existe pas d’assurances prêtes à couvrir les cascadeurs. Ni en France d’ailleurs. Pour notre part, nous avons pu nous assurer en Suisse.

Peut-on vivre uniquement de ce métier?

Moi j’en vis mais c’est aussi parce que j’ai plusieurs cordes à mon arc. Je fais aussi bien des animations que de l’événementiel, notamment dans les parcs d’attractions.

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un jeune qui souhaite se lancer dans le métier?

Je lui dirais déjà d’attendre d’avoir 21 ans de façon à ce que ses parents ne soient plus responsables vis-à-vis de lui. Si notre école ouvre ses portes, ce sera d’ailleurs l’âge minimum requis. Il faut aussi bien réfléchir à ce qu’ils veulent faire exactement même si nous sommes là aussi pour les guider. Il ne faut pas se croire invincible en tout cas.

Une anecdote à partager?

Elle concerne de nouveau les assurances…J’avais envoyé environ 200, 250 courriers aux assurances en Belgique et je n’ai eu qu’un entretien dans une grosse compagnie. A l’issue de cette rencontre, le responsable m’a dit que j’étais un grand malade! Mais le plus drôle, c’est que la compagnie qui nous assure en Suisse…c’est la même! Nous nous sommes donc empressés d’envoyer un beau courrier à ce monsieur en lui expliquant qu’on était quand même assurés chez lui mais dans un autre pays!

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.