Marc Ducobu,
Mathématicien informaticien

Interview réalisée en juillet 2015

Pouvez-vous nous décrire votre parcours scolaire ?

J’ai effectué un master en mathématiques avec la finalité « métiers de l'informatique ». Dans ce cadre je suis parti en Erasmus à l'université de Durham en Angleterre où je me suis fortement intéressé à la programmation. J’ai notamment participé à la construction et à la programmation, en OCaml, d'un robot destiné au printemps des sciences 2008. J’ai ensuite fait un stage dans la société parisienne « MLstate » qui développe le langage OPA. Puis j’ai fait un doctorat dans le service de mathématiques effectives de l'Université de Mons.

Pourquoi avoir choisi la filière informatique dans le master en maths ?

Durant mes études en mathématiques j'ai découvert l'informatique. Ça m'a tout de suite beaucoup intéressé. C'était un choix évident pour moi qui aimait les deux sciences.

En quoi consistait ce projet de robotique auquel vous avez participé dans le cadre de vos études ? 

C’est un projet que j’ai mené avec deux autres étudiants de 1ère année master. L’idée était de créer des robots intelligents capables de sortir seul d’un labyrinthe ou de résoudre le jeu « casse-tête » Rubik’s cube. Cela nous a permis d’apprendre de nouveaux langages de programmation et de mettre en pratique les connaissances théoriques apprises lors des trois années du bachelier.

Une fois l'algorithme implémenté, il y a eu beaucoup de problèmes techniques à résoudre. C'est comme la construction d’une maison : quand le gros-œuvre est terminé, il reste tout l'intérieur à aménager. Pour le labyrinthe, il fallait définir correctement à quel moment se produirait le freinage du robot en fonction de sa vitesse, gérer la vitesse des roues au moment des virages, etc.  Pour le Rubik's cube, nous avons eu des problèmes de gestion de mémoire liés à la taille des différentes tables utilisées ainsi que des problèmes de précision dans la rotation du cube.

Quel a été votre parcours professionnel après l’obtention de votre master ?

Dans le cadre de mon doctorat à Mons, j'ai beaucoup travaillé avec le département d'informatique. Et après, je me suis lancé, avec l'aide de mon collaborateur, dans la création d'une entreprise de développement informatique : « Champs-Libres ». Il s’agit d’une société qui crée des applications et fournit des géo-services.

Pouvez-vous nous décrire les activités de votre entreprise ?  

« Champs-Libres » est spécialisé dans le traitement d'informations géographiques : calcul d'itinéraire, traitement d'informations localisées, mise en forme et impressions de cartes, mise en service et maintenance de serveurs cartographiques. Nous sommes également spécialisés dans l'utilisation de la base de données géographique OpenStreetMap[1].

Nous faisons du développement d’applications : nous développons des logiciels sur mesure pour favoriser l'activité de nos partenaires. Conformément à notre finalité sociale et en accord avec nos clients, nous plaçons le code source de nos réalisations sous une licence libre. Dans notre travail, nous utilisons plusieurs outils :

- le développement web 

- la géomatique : la discipline qui associe la géographie et l'informatique et qui regroupe l'ensemble des outils et méthodes informatiques permettant d'acquérir, de représenter, d'analyser et d'intégrer des données géographiques.

Un exemple de projet sur lequel vous avez été amené à travailler ?

Je fais des logiciels sur mesure, surtout avec des données géographiques. Le projet dépend toujours du client, ça peut être très simple (et basique) et des choses plus compliquées. Un projet très intéressant sur lequel j'ai travaillé récemment était de récupérer toutes les routes d'OpenStreetMap sur le département du Nord Pas de Calais, d'isoler chaque partie de route se trouvant entre deux carrefours afin que les utilisateurs puissent y apposer une note. Le défi était de travailler avec beaucoup de données : il ne faut pas s'y prendre n'importe comment sinon l'algorithme pourrait prendre des années pour initialiser les données.

Selon vous, qu’est-ce qui différencie un mathématicien informaticien d’un informaticien pur ?

Un mathématicien informaticien va sûrement savoir mieux synthétiser les choses, avoir une vision plus globale alors qu'un informaticien sera plus à l'aise avec les détails techniques.

Qu’est-ce qui vous plaît tout particulièrement dans votre métier ?

Le métier est très variable, je suis en contact direct avec le client, je fais les choix techniques et je les implémente. C'est très intéressant de toucher à tout et ça permet de comprendre toute la chaîne. Aussi la gestion de l'entreprise est encore un autre monde qui est très intéressant à explorer, même si ce n'est pas celui dans lequel je me sens le plus à l'aise. De plus, dans le développement d'une entreprise, nous sommes confrontés à beaucoup de choix. Avec mon collègue, nous avons choisi de mettre en avant certaines valeurs qui sont très importantes pour nous (partage, entraide, etc.) et c'est très gratifiant de savoir que notre travail respecte nos valeurs.

Que diriez-vous à un jeune pour qu’il s’intéresse aux mathématiques ?

Les maths c'est un jeu. C'est très chouette de partir avec des règles basiques et de découvrir tout ce qui en découle...

 

[1] Projet international qui consiste à cartographier le monde de manière libre. Des données sur les routes, les voies ferrées, les cours d'eau, les bois, les hôpitaux, les restaurants, etc. sont collectées à travers le monde et sont ensuite stockées dans une base de données qui est gratuite et accessible à tous.

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.