Marcel Burniaux,
Exploitant agricole en biométhanisation

Interview réalisée en janvier 2008

Marcel BURNIAUX est exploitant agricole en biométhanisation à la Surizee.

Depuis combien de temps exercez-vous la profession d’exploitant agricole en biométhanisation ?

Je suis exploitant agricole depuis 46 ans. La biométhanisation fait partie de mes activités depuis 2001, et encore plus concrètement depuis 2006.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Il y a plusieurs tâches qui se chevauchent sur une journée, ce qui exige toute une organisation et une gestion du temps rigoureuse. Certaines prennent plus de temps que d’autres et cela varie d’un jour à l’autre. Je m’occupe de la surveillance des installations 24h/24 mais aussi de l’entretien des machines. Cela peut prendre peu de temps comme je peux aussi y consacrer toute ma journée s’il y a un problème. Je gère également l’apport des intrants (fumier, purin, maïs…) pour alimenter les machines. Il y a une partie administrative très lourde pour l’accès aux certificats verts : relevé des compteurs, rapports, mise en place de programmes informatiques de récolte de données... J’organise également des visites des installations. Je travaille aussi en parallèle sur de nouveaux projets.

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles attendues dans ce domaine professionnel ?

Il est important d’aimer la technicité. Cela veut dire qu’il faut aimer résoudre des difficultés très vite. Il est important également de s’y connaître en machines et d’arriver à les faire tourner. Il faut être motivé. Il faut pouvoir aussi anticiper et prévoir. La curiosité et le feeling sont deux qualités importantes à développer. Il faut acquérir une souplesse dans la gestion du temps de travail. Il est important d’être ouvert d’esprit et d’avoir des compétences de gestion

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce type d’activité ?

Les inconvénients, j’en distingue deux principaux. Premièrement, le volume financier de l’installation, c’est-à-dire la mise de départ qu’il faut avoir pour pouvoir se lancer. Deuxièmement, l’accès et la maîtrise des connaissances techniques. Hormis cela, tout se situe en avantages. C’est satisfaisant de voir le résultat : l’autonomie énergétique. C’est positif au point de vue agronomique, au point de vue CO2, au point de vue odeurs et chauffage pour les riverains. Par exemple, notre production dépasse les besoins du village en énergie calorifique. On distribue l’équivalent de 40.000 litres de mazout. Et puis, personnellement, il y a une valorisation du travail et de son savoir-faire, une satisfaction à dépasser les difficultés.

Quel est l’horaire de travail ?

Ce sont des horaires agricoles donc, tous les jours de la semaine, week-end compris. Il y a des prestations à réaliser chaque jour, partagées avec le reste de l’équipe. Impérativement, il faut une surveillance journalière 24h/24 de
l’installation. Il faut énormément de souplesse dans les horaires, une journée n’est pas l’autre.

Comment décririez-vous le milieu de travail ?

Un milieu de haut niveau technique et innovateur. On travaille dans des productions fort innovantes avec des technologies pointues, cela ne demande pas d’efforts physiques mais beaucoup de réflexion. Mon domaine demande une
réflexion intellectuelle permanente afin de résoudre des problèmes, innover des solutions… C’est un secteur qui s’ouvre, dans tous les sens du terme, une innovation en entraîne une autre, etc.

Quelles études/formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai arrêté l’école à 15 ans 1/2. J’ai ensuite appris le métier aux côtés de mon père. J’ai toujours été fort intéressé par la technique de pointe. J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à monter et démonter un tracteur pour en trouver
la panne. J’ai su accéder aux connaissances car j’étais curieux et intéressé par ce domaine. J’ai suivi une formation en créativité pour développer mon cerveau et en rendre toutes les parties inutilisées fonctionnelles. Cela m’a aidé
en négociation et en capacité à surmonter les difficultés. Il faut énormément d’obstination dans ce métier et ne jamais être satisfait de ce qu’on a fait. Une des meilleures formations est d’aller sur le terrain.

Quel a été votre parcours professionnel ? Quelles fonctions avez-vous exercées jusqu’à aujourd’hui ?

A 28 ans, j’ai repris l’exploitation agricole familiale jusqu’en 1996. En 1996, j’ai repris une production laitière et j’en ai commercialisé les produits. Pendant 10 ans, j’ai également cultivé des champignons. J’ai intégré la biométhanisation en 2001 dans mon exploitation agricole et on développe des activités concrètes depuis 2006.

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Dans le domaine de l’environnement, je pense qu’il y aura encore de la place pour quelques années. Il existe des problèmes pour lesquels les solutions du passé sont mortes. Il faut innover. C’est un défi général à relever ! Cependant, il faut se former dans tous les domaines. Il faut impérativement allier compétences acquises pendant les études et connaissance du terrain.

Si c’était à refaire, choisiriez-vous la même profession ? Pourquoi ? 

OUI, certainement ! Je n’ai jamais « travaillé », j’ai passé et je passe encore ma vie à être créatif. Dépasser les difficultés, ça fait grandir. Je n’ai jamais trouvé de solutions dans le confort.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Il faut aller jusqu’au bout des choses entreprises. Il est important également de trouver un maximum d’informations et de s’inspirer de l’expérience des autres. Je le répète, mais je pense que le jeune qui se lance doit faire preuve d’ouverture d’esprit ! Une dose de psychologie de l’entreprise est également nécessaire. Ensuite, ne jamais être satisfait. Et finalement, pouvoir mettre ses bottes de temps en temps pour voir ce qui se passe sur le terrain car de nombreuses décisions sont prises trop loin de la réalité du métier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.