Marianne Winkler,
Pédiatre dans une clinique

Interview réalisée en janvier 2004

Mme Marianne Winkler, 55 ans. Pédiatre en cabinet privé à la Clinique Edith Cavell. Conseillère pédiatre à l'ONE.

Pourrait-on définir la pédiatrie comme la médecine généraliste des enfants ?

Il y a une forme de pratique pédiatrique qui pourrait s'apparenter à la médecine générale des enfants, quoiqu'il s'agisse plutôt de médecine interne des enfants: elle est assurée par ce qu'on appelle les "pédiatres de ville". Mais à présent, les pédiatres choisissent déjà une spécialité au cours de leurs études et, à l'avenir, les pédiatres de ville tendront à disparaître.

Votre métier a-t-il fait l'objet de bouleversements au cours de ces dernières années ?

Globalement, il y a une pénurie de pédiatres. Actuellement, cette pénurie est surtout prégnante au niveau des pédiatres hospitaliers et ne touche pas encore les pédiatres de ville, puisqu'il y en a encore beaucoup de ma génération. Mais à l'avenir, il y aura de moins en moins de pédiatres de ville puisque les jeunes diplômés ne s'installent pas à titre privé et restent en milieu hospitalier. Cette tendance à la disparition progressive du pédiatre de ville ne touche pas seulement la Belgique mais est générale dans les pays occidentaux.
L'ONE, qui recrutait de nombreux pédiatres auparavant, souffre aussi de la pénurie. En tant que conseillère, je vis ce problème aigu tous les jours. Dans le cas précis de l'ONE, le problème du sous-paiement fut probablement à l'origine de cette défection. Depuis un an, le traitement salarial a été augmenté, mais peu de jeunes sont disponibles pour exercer à l'ONE.

S'il y a un problème de pénurie, pourquoi y a-t-il un numerus clausus à l'université ?

Il y a une dizaine d'années, il y avait un nombre trop élevé de médecins. Les syndicats médicaux ont poussé le gouvernement de l'époque à imposer un numerus clausus. Mais les calculs ont été mal faits: le nombre de médecins qui sortent est inférieur aux besoins de la population. Il s'agit sans doute de la cause principale des problèmes actuels.

Qu'est-ce qui vous a amenée à devenir pédiatre ?

J'aimais bien les enfants et, au cours de mes stages, c'est la pédiatrie qui m'a le plus intéressée.

Quel a été votre parcours ?

J'ai fini la médecine en 1972 et la pédiatrie cinq ans plus tard. Après avoir terminé la médecine, j'ai postulé dans plusieurs spécialités, avec une priorité pour la pédiatrie. J'ai eu la chance d'être acceptée et puis, les choses se sont enchaînées assez facilement. Lorsqu'on se spécialise, on doit travailler en tant qu'assistant en milieu hospitalier. A l'époque, la durée était de quatre ans pour les femmes et un an supplémentaire pour les hommes, afin qu'ils puissent faire leur service militaire. Au terme de ces années, on obtenait le titre de spécialiste et on avait ensuite le choix entre plusieurs alternatives: continuer à travailler dans un hôpital, faire de la santé publique, travailler à l'ONE…

J'ai commencé mes années de spécialisation à l'hôpital Saint-Pierre, pendant deux ans, puis, j'ai continué à l'hôpital d'Ixelles parce que je souhaitais travailler dans une plus petite structure. Parallèlement, j'avais commencé une activité privée et des consultations ONE. J'ai quitté l'hôpital d'Ixelles lorsque mes enfants ont grandi. Ensuite, j'ai obtenu une fonction de conseiller pédiatre à l'ONE. Le conseiller ONE assure un travail de supervision: il est le référent des médecins, il rédige des documents, élabore des programmes de santé publique,…J'ai donc un mi-temps en privé et un mi-temps en tant que conseiller pédiatre. Je suis aussi attachée à un hôpital puisque je travaille en privé à l'hôpital Edith Cavell.

Les pédiatres ont-ils également des adolescents parmi leurs patients ?

Normalement, la pédiatrie prend en charge le soin des enfants jusqu'à l'âge de quinze ans car le pédiatre est à même de gérer les problèmes spécifiques de la puberté. J'ai quelques adolescents parmi mes patients, mais assez peu : pour des raisons économiques, les parents préfèrent emmener leur enfant plus grand chez le médecin de famille.

Le travail en milieu hospitalier ou en cabinet privé insuffle-t-il un style de vie très différent ?

Dans un cabinet privé, les horaires peuvent être contraignants. Il faut être à la disposition des familles qui téléphonent ou viennent très tard: je termine fréquemment vers 20h-20h30. A l'hôpital, il faut assurer des gardes de nuit et, comme il y a de moins en moins de pédiatres, les contraintes des gardes deviennent très lourdes. A mon âge, heureusement, ce n'est plus de nuit, mais je dois être joignable un jour de week-end par mois.

Un pédiatre se déplace-t-il à domicile ?

A ma connaissance non. Il y a une vingtaine d'années, c'était assez courant. L'assurance maladie-invalidité nous a découragés de cette pratique puisque la visite du pédiatre est remboursée ridiculement tandis que la consultation est très bien remboursée.

Cette profession nécessite-t-elle des recyclages ?

Toutes les professions médicales doivent suivre un certain nombre d'heures de recyclage par an: cela s'appelle "l'accréditation".

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite exercer ce métier ?

Au départ, il faut savoir que ce sont des études longues et difficiles, avec une pratique hospitalière qui intervient dès la quatrième année. Il faut être prêt à s'investir énormément en matière de temps et de travail. S'il est très agréable, ce métier comporte de nombreuses contraintes et nécessite une grande organisation.

Quels sont les aspects les plus positifs de ce métier ?

Je me félicite tous les jours d'avoir choisi ce métier et lorsqu'on aime les enfants, c'est vraiment satisfaisant de travailler chaque jour avec eux et de voir leur sourire puisque, heureusement, en tant que pédiatre de ville, les maladies des enfants sont souvent bénignes.

Et les aspects les plus négatifs ?

Ce n'est pas toujours conciliable avec la vie de famille puisqu'il faut être disponible 24h/24h et parfois le weekend. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.