Marie Brohez, Gérante

Interview réalisée en mai 2008

Marie Brohez est chef d’entreprise de « Sol Luna », magasin de bijoux, vêtements et articles-cadeaux, depuis 16 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je suis commerçante. Je passe la majeure partie de mon temps à tenir le magasin et à vendre la marchandise. Je dois également trouver de nouveaux objets, de nouveaux bijoux. Avec mon associée, nous recherchons des articles chez différents grossistes. Nous ne sélectionnons que ce qui nous plaît personnellement. Parfois, nous partons en Asie pour acheter les marchandises, ce qui est très agréable. Ces voyages nous sortent de notre ordinaire.

Notre approche est dynamique. Nous voulons que cet espace donne envie aux gens d’entrer et d’acheter. Nous voulons mettre nos produits en valeur. Nous décorons le magasin, nous recherchons la meilleure place pour chaque article, l’étalage le plus attractif. Nous retravaillons sans cesse la présentation des assortiments en fonction de la marchandise dont nous disposons.

Nous nous chargeons également de gérer les stocks. Bien sûr, nous avons un programme informatique perfectionné mais nous ne l’utilisons qu’une fois par an, lors de l’inventaire. La gestion quotidienne, elle est dans ma tête. Disons que c’est comme avant d’aller au marché, j’ouvre mon frigo et je regarde, je ne prends pas note de ce qui me reste.

Nous nous occupons de la comptabilité : facturier, livre de caisse, TVA. Nous avons recours à une comptable une ou deux fois par an pour faire le bilan, la déclaration d’impôts et la clôture des comptes.

Enfin, je passe beaucoup de temps à parler avec les clients, à échanger avec eux.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut aimer les gens avant tout. Il est très important d’avoir un contact agréable avec sa clientèle. Sans cela, il n’est pas évident de vendre. La régularité est aussi une qualité nécessaire.

Je pense que dans notre cas, il faut avoir du goût : choisir de beaux objets, qui plairont aux clients. La motivation est aussi essentielle : il faut avoir envie de vendre de jolies choses, sinon ça ne marche pas.

Et puis, un indépendant doit être entreprenant, bien sûr. Pourtant, je n’ai pas l’âme d’une commerçante. Mais je sais que je suis une bonne vendeuse. Je ne veux pas absolument gagner de l’argent. J’ai du plaisir à tenir un commerce et à vendre des objets que j’aime. Si nous étions vraiment commerçantes, nous aurions ouvert d’autres boutiques, depuis le temps, et nous serions bien plus riches… J’aime ma petite entreprise. Je ne veux pas avoir trop de responsabilités. Nous en avons assez comme ça.

Pour ouvrir un petit commerce comme le nôtre, il faut aussi être un peu « thérapeute ». Les gens viennent raconter leurs misères. Ils aiment ce contact privilégié qui n’existe pas dans la grande distribution. Certains de nos clients sont des habitués, nous les connaissons depuis des années.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Nous n’avons pas de patron, nous sommes relativement autonomes. Comme nous sommes deux associées, nous pouvons parfois décider de prendre quelques jours de vacances, de commun accord, évidemment. Nous ne sommes surveillées par personne. Je n’ai jamais travaillé pour un patron et je ne sais pas ce que cela donnerait.

L’inconvénient est que nous sommes responsables. Impossible de décider qu’à une heure fixe, la journée sera finie. Il faut terminer ce qu’il y a à faire. Même en rentrant chez moi, le magasin demeure dans un coin de mon esprit. Il m’arrive d’avoir des angoisses, de me demander si cela tourne assez, ce qu’on pourrait faire pour que ça aille mieux. En bref : beaucoup plus de remise en question, beaucoup plus d’angoisses et de responsabilités. Il faut aussi être un bon gestionnaire, s’occuper de tout ce qui est administratif : la comptabilité, les finances, savoir si on va pouvoir payer les fins de solde, les factures.

Ensuite, un indépendant travaille beaucoup et n’aura probablement jamais droit au chômage ou à la sécurité sociale…

Quel est l’horaire de travail ?

Le magasin est ouvert tous les jours, sauf le dimanche et les jours fériés, de 10h30-11h à 19h. Pendant les vacances, la boutique ne peut pas être fermée. Nous prenons donc nos vacances à tour de rôle. Une de nous est toujours de service…
Je suis maman et j’élève seule mon enfant. Heureusement que j’ai une chouette associée qui me permet d’aller chercher mon fils à l’école à l’heure qui me convient. Voilà encore un des avantages du statut d’indépendant. En tant qu’employée, je ne pense pas que mon patron aurait accepté que je termine ma journée à 15h30 pour des raisons familiales. Nos horaires sont donc plus souples, bien que le magasin soit toujours accessible aux mêmes heures. Pendant les fêtes de fin d’année, nous devons aussi travailler plus.

Au début, il nous arrivait d’ouvrir la boutique le dimanche à l’occasion de braderies ou d’événements particuliers. Après 16 années de métier, nous ne nous sentons plus obligées d’en faire autant...

Au début aussi, les inventaires nous prenaient beaucoup plus de temps. Maintenant, nous avons simplifié notre méthode. Nous fermons deux jours et procédons à l’inventaire pendant nos heures habituelles de travail.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ?

Je n’ai suivi aucune formation en commerce. J’ai fait une école artistique mais j’en avais marre de l’école. Mon père était grossiste en bijoux et en artisanat. Il m’a proposé d’ouvrir ma boutique. Mon associée et moi nous sommes rencontrées à l’école. Nous avons commencé comme vendeuses puis nous avons appris la gestion, l’achat, les factures et la comptabilité. Nous avons donc eu accès à la profession par l’expérience. J’ai tout appris ici, sur le tas, avec l’aide de mon père.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Je suis passée directement de l’école à ce magasin. Je n’ai donc eu aucune autre expérience, excepté celle des jobs étudiants classiques, comme la plonge et les marchés… 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Il m’est un peu tombé « tout cuit » dans les mains. Comme je l’ai dit, mon père était grossiste. A 18 ans, j’aimais les beaux bijoux et les beaux vêtements. Ca me plaisait de pouvoir vendre ça. C’était un rêve de petite fille : avoir une boutique et vendre de jolies choses.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Il faut avoir beaucoup d’énergie et ne pas avoir peur de travailler beaucoup. Il faut savoir où on veut aller. Il faut y croire. L’entourage est important aussi. Les conseils sont très utiles quand on se lance. Il ne faut donc pas hésiter à avoir recours à un centre d’entreprises, comme celui de la rue A. Dansaert, où des professionnels aiguillent les débutants.
Ouvrir un commerce, ça ne se résume pas qu’à vendre. De nombreuses tâches incombent à un indépendant : la gestion, la mise en valeur des produits… Nous n’avons jamais fait d’étude de marché mais je pense que c’est à conseiller. Il vaut mieux savoir si la demande existe, si l’emplacement du magasin est pertinent. Il faut ouvrir les yeux en permanence, faire des salons, des foires, regarder ce qui existe, ce qui plaît…

Il est aussi très important de bien choisir ses associés. Nous nous connaissions depuis un an lorsque nous avons décidé d’ouvrir ce magasin. Nous avons eu de la chance. Disons que nous nous sommes bien trouvées. Nous pouvons compter l’une sur l’autre et depuis bientôt 16 ans, nous nous entendons toujours.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un jour, un monsieur est entré dans le magasin et l’a littéralement dévalisé. Il nous a acheté pour 150 000 FB de marchandises en tout genre. Ce fut notre plus belle vente. Une semaine plus tard, sa famille est arrivée au magasin avec un avocat. Le monsieur était colloqué. Il n’avait pas le droit de faire de telles dépenses. Ils nous ont donc tout rapporté et nous avons dû les rembourser… Cela nous avait pourtant bien plu de faire une vente aussi importante.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.