Marie Demelenne, Archéologue

Interview réalisée en janvier 2009

Marie Demelenne travaille au sein du Service scientifique "Archéologie régionale" du Musée Royal de Mariemont, l'un des plus importants musées en Communauté française de par la qualité et la diversité de ses collections. En effet, il comprend des sections "Livres précieux", "Egypte et Proche-Orient", "Extrême-Orient", "Histoire régionale", "Grèce et Rome" et "Porcelaines de Tournai". Le Musée royal de Mariemont est le seul établissement scientifique de la Communauté française.

Pouvez-vous nous présenter la section "Archéologie régionale" du musée ?

A l'origine de la collection, on retrouve la passion de Raoul Warocqué pour l'archéologie et le passé de sa région. Les trouvailles qu'il a réunies permettent de suivre l'histoire de la vallée de la Haine depuis la protohistoire jusqu'au VIIe siècle de notre ère à travers l'Age du Fer, la conquête et la domination romaine, l'infiltration et l'implantation des Francs. La collection s'est ensuite accrue d'achats, de dons et de dépôts ainsi que du produit des fouilles effectuées par le Musée à Fontaine-Valmont et à Thuin notamment. L'ensemble évoque parfaitement la vie quotidienne de nos lointains ancêtres sous ses multiples aspects. Il comporte des pièces prestigieuses ou exceptionnelles, tels les bijoux mérovingiens en or et en argent de la nécropole princière de Trivières, les statuettes gallo-romaines en bronze provenant de Bavai ou la borne milliaire retrouvée à son emplacement d'origine à Péronnes-lez-Binche, le long de la grande chaussée romaine reliant la Mer du Nord au Rhin.

Et quelles sont les missions de cette section ?

- La collecte d’objets et d’informations relatifs au passé hennuyer, entre autre grâce aux fouilles 
- La conservation de ces objets et des documents qui s’y rapportent
- L’étude de ces objets, et la recherche scientifique consacrée à l’archéologie régionale en général
- Leur valorisation, qui passe notamment par la publication, l’exposition, le prêt vers d’autres institutions ou encore la mise à disposition physique ou numérique (accès aux pièces en réserve ou mise en ligne).

Quel a été votre parcours professionnel après vos études en Histoire de l'art et Archéologie ?

J'ai passé l'agrégation, pas spécialement dans le but d'enseigner mais plutôt pour pouvoir travailler comme guide. Ensuite, par intérêt personnel, j'ai fait un Diplôme d'Etudes Spécialisées en Conservation et restauration du patrimoine immobilier. Après, j'ai travaillé durant trois ans au sein du cabinet du Ministre de la Culture de la Communauté française. Je me suis occupée de divers dossiers, comme par exemple la reconnaissance par l'UNESCO du carnaval traditionnel de Binche en tant que chef-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. J’ai également collaboré à la rédaction de textes de lois relatifs à la conservation et la valorisation du patrimoine culturel et à la gestion du budget relatif à cette compétence de la Communauté française. En 2004, j’ai rejoint l'équipe du Musée de Mariemont en tant qu’archéologue et assistante de recherche.

Quelle est votre fonction au sein du musée ?

- Recherches archéologiques, sur des chantiers de fouilles situés en Wallonie surtout, en collaboration avec la Direction de l'Archéologie du Service Public Wallonie. C'est un volet important de mon travail. J'y occupe la fonction de coordinatrice de recherches (chef de chantier).

- Contacts avec les autorités publiques, qu'elles soient communales, provinciales, régionales, communautaires, nationales ou internationales, dans le cadre de la recherche de subsides pour les projets du Musée, par exemple une nouvelle exposition ou un colloque international. Mon travail consiste à adapter le dossier préparé par les scientifiques, les conservateurs de section, aux critères et objectifs des différents pouvoirs subsidiants.

- Collaboration à la mise en valeur et à la conservation préventive des collections, sous la direction de la Responsable de la section et en collaboration avec les services de Régie des collections et de numérisation : inventaire, numérisation des objets, intégration dans une base de données en ligne à destination des chercheurs, conditionnement…

- Organisation ou participation à des colloques

- Contribution à des rédactions scientifiques.

Quelle serait une semaine type ?

Je consacre actuellement une journée aux contacts avec les autorités publiques et une autre à la rédaction d'une publication sur les fouilles entreprises à Givry. Je consacre deux autres journées à la mise en valeur des collections et une dernière à des recherches sur les châteaux du Domaine de Mariemont.

Travaillez-vous parfois comme guide ?

Oui, dans le cas d'événements spéciaux, comme les Journées du Patrimoine, par exemple.

Qu'appréciez-vous dans votre métier ?

La diversité des missions. Je vis de ma passion, ce que je considère comme un privilège. L'aspect "recherches de subsides" peut parfois paraître fastidieux, surtout lorsqu'elles n'aboutissent pas, mais je trouve que c'est aussi une facette intéressante du métier.

Combien d'archéologues travaillent pour le musée et en quoi consiste leur travail ?

Environ quinze archéologues travaillent au sein du Musée. Certains sont conservateurs de Section, ils ont la responsabilité des opérations menées sur les objets des collections dont ils ont la charge. D’autres font partie du service pédagogique, ils conçoivent puis mènent les activités destinées aux visiteurs : visites guidées, ateliers, stages, documents didactiques… D'autres encore se
spécialisent dans la conservation préventive. Ils font partie de la Régie des collections et ont pour mission de maintenir les objets dans des conditions de conservation optimales. On fait appel à ce service pour manipuler les objets et gérer leurs mouvements, lors des expositions temporaires par exemple. Enfin, d’autres collègues font partie du service numérisation et ont pour mission l’enregistrement et la mise à disposition des objets sous leur forme numérique. Eux aussi manipulent les objets lors d’opération de photographie documentaire et de rédaction des fiches d’inventaire.

Que donneriez-vous comme conseil à un jeune archéologue qui désirerait lui aussi travailler dans un musée ?

Il faut tout faire pour se forger une expérience, que ce soit via des stages ou en tant que bénévole.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.