Marie Pairon, Bioingénieure

Interview réalisée en avril 2011

Marie Pairon, 31 ans, depuis 3 ans à l’Institut de Conseil et d’Etudes en Développement durable (ICEDD)

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je suis responsable de projets à l’Institut de Conseils et d’Etudes en Développement Durable dans l’équipe Environnement et l’équipe Aménagement du territoire. Au sein de l’équipe Environnement, j’étudie l’impact des activités humaines sur l’environnement et les ressources naturelles, notamment en établissant des statistiques fiables et des calculs d’indicateurs pour mesurer ces impacts. Le travail est principalement axé sur la récolte de données, leur analyse et la coordination de leur amélioration.

Au sein de l’équipe Aménagement du territoire, je fais partie des personnes qui accompagnent et informent techniquement les politiques (les collèges et les administrations communales) dans la mise en place de leur schéma de structure communal. Je suis en charge de tous les domaines ayant trait à l’environnement, les questions d’urbanisme et de mobilité étant traitées par mes collègues.
Il y a trois grandes parties dans l’élaboration d’un schéma de structure communal. La phase de diagnostic dans laquelle je décris l’état actuel de la situation environnementale de la commune (la qualité des cours d’eau, les points noirs d’inondation, la qualité des espaces naturels, les points de vue paysagers remarquables…). La deuxième phase vise à décliner les options que la commune aimerait développer pour aménager son territoire de manière durable (s’appuyer sur le réseau de transport en commun pour développer son territoire, renforcer les centralités, limiter les problèmes d’inondation, maintenir de bonnes terres pour l’agriculture…). La troisième phase consiste en l’évaluation environnementale dans laquelle je m’attache à décrire comment les objectifs de développement déclinés dans les options vont avoir un impact sur l’environnement.

Il y a donc beaucoup de travail rédactionnel (la rédaction de dossiers et de rapports, les recherches bibliographiques au préalable ainsi que la cartographie). A côté de cela, il y a beaucoup de réunions et de visites des clients (communes, administrations) et de leur territoire. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut disposer de qualités rédactionnelles, avoir un esprit de synthèse à caractère généraliste (on ne peut pas être spécialisé dans un seul aspect de l’environnement). Il faut aimer prendre contact avec les gens et développer des compétences de recherche d’information. Il faut aimer parler en public car il y a beaucoup de présentations de rapports. Mon travail exige de la polyvalence et d’apprécier le travail en équipe. L’écoute est également importante, il faut analyser ce que les gens disent et le traduire en quelque chose d’opérationnel sur le plan pratique. J’ajouterais que les compétences cartographiques sont essentielles ainsi que la maîtrise des langues !

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

C’est un métier dynamique, polyvalent et concret. J’ai l’impression de gérer et d’avoir un impact durable sur la manière dont sera développé le territoire. J’aime que mon activité professionnelle rencontre ma philosophie de vie. Le fait d’être en contact avec des gens me plait également, c’est rare que je passe toute une journée devant mon PC. J’apprécie de pouvoir faire du télétravail. Les désavantages principaux sont les réunions en soirée et les trajets qui y sont liés même si on essaye de limiter au maximum les déplacements.

Quel est l’horaire de travail ?

C’est un horaire plus ou moins fixe de 38 heures/semaine, en dehors des réunions en soirées (2x/mois). J’arrive vers 8h20 au bureau et je repars vers 17h15 avec une pause de ¾ d’heure à midi. Mais il faut être flexible et les heures supplémentaires peuvent être récupérées. Les mois de juillet et août sont plus calmes.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Après mes études secondaires (option latin-grec et math forte), j’ai suivi le master en bio-ingénieur orientation eaux et forêts à l’UCL. Ensuite, j’ai fait un DEC d’un an en sciences agronomiques dans la cadre de mon doctorat de 4 années.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Pendant mon doctorat qui traitait des questions des espèces exotiques envahissantes, une thématique actuelle sur la protection de la biodiversité, j’ai passé trois mois en Californie pour développer des outils facilitant le travail de laboratoire et un mois en Caroline du Sud pour développer un programme informatique. J’ai ensuite fait quelques mois de post-doctorat grâce à une bourse du FNRS tout en cherchant du travail. Et puis, j’ai été directement engagée à l’ICEDD.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

J’ai quitté le post-doctorat pour être davantage dans le concret et faire du travail d’équipe. Je voulais avoir une expérience dans le privé et avoir un ancrage dans la vie réelle. La vie estudiantine est comme un cocon et la réalité me manquait ! Le métier de bio-ingénieur s’est dévoilé petit à petit, en fonction de mes choix, de mes rencontres et de mes découvertes. J’ai également rencontré un professionnel qui m’avait un peu informée sur le métier mais c’était davantage l’aspect nature qui m’intéressait.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

La connaissance des langues est un véritable avantage. Je l’encouragerais à faire des expériences à l’étranger, cela enrichit fortement. Il faut rester ouvert aux opportunités, accepter ce qui se présente et être prêt à d’autres tâches que celles pour lesquelles on est formé à la base. Il faut de la persévérance et de la curiosité intellectuelle.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Au cours des mes deux premières candidatures, je devais choisir entre l’option agronomie ou ingénieur chimiste et bioindustrie. Je m’étais d’abord orientée vers la 2ème car on m’avait dit que les débouchés y étaient bien plus nombreux. Mais au bout de trois semaines de laboratoire, j’ai voulu changer et j’ai rencontré le professeur en charge du cursus des eaux et forêts qui m’a acceptée. A l’époque, je me souviens bien que je m’étais dit que j’allais prendre ce qui me plaisait et que je verrais bien après. Et puis finalement, je n’ai eu aucun souci à trouver du travail. Finalement, si on est passionné, on trouve toujours du travail !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.