Marie-Thérèse Willame, Educatrice

Interview réalisée en janvier 2008

Marie-Thérèse Willame, travaille depuis 18 ans comme éducatrice au service d’accompagnement de l’asbl Vis-à-vis qui s’occupe des personnes présentant un handicap. Pour elle, la patience, l’écoute et l’empathie sont des qualités essentielles dans ce métier. 

Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir cette profession ?

Au départ, j’ai travaillé comme bénévole dans un centre d’alphabétisation. J’étais révoltée par le fait que des personnes adultes ne sachent pas lire. J’ai eu envie d’aider les autres. Tout le monde a les mêmes droits. Je trouve important d’aider les autres à développer un esprit critique, à devenir des citoyens à part entière. Mes motivations sont donc d’ordre philosophique, liées à mes valeurs sociales. 

Vos études vous ont-elles bien préparée au milieu professionnel ? Continuez-vous à vous former ? 

J’ai suivi la formation d’éducatrice A2 en promotion sociale tout en travaillant dans le secteur social. J’ai toujours eu la fibre sociale, il m’a donc été aisé d’adhérer aux cours. Les cours ont permis une articulation entre la théorie et la pratique. Pour travailler dans le secteur de l’accompagnement des personnes handicapées, il y a une série de cours qui me sont utiles mais il y a aussi des connaissances requises que j’ai développées autrement, soit via des formations continues, soit en m’informant. Il faut être polyvalent pour accompagner les gens dans des domaines très différents. Il est important de se renseigner sur les pathologies, les handicaps. L’asbl dans laquelle je travaille est agréée par l’AWIPH, nous avons de ce fait dix jours de formation par an. Soit elles sont liées aux problématiques rencontrées dans les dossiers, soit on les choisit en fonction de nos spécificités. Nous allons prochainement être formés d’un point de vue théorique à différentes références psychologiques : humaniste, psychanalytique, comportementaliste, systémique. Chacun choisira ensuite l’approche qui lui correspond le mieux. Par ailleurs, nous avons aussi des supervisions d’équipe pour réfléchir à notre travail. 

Avec quel public travaillez-vous et quelles sont les missions de l’asbl Vis-à-vis ?

Nous travaillons avec des personnes qui présentent un handicap mental, physique ou une maladie mentale, des problèmes psychiques. Notre objectif principal est lié à la qualité de vie de la personne. L’aide et l’accompagnement de la personne peuvent se faire dans des domaines variés : recherche d’emploi, de logement, loisirs, aide administrative, … 

Comment se compose l’équipe de travailleurs du service d’accompagnement ?

Il y a six intervenants sociaux, une psychologue et la direction. Les intervenants sociaux ne sont pas nécessairement des éducateurs, il y a d’autres diplômés du social. Nous nous réunissons une matinée par semaine pour discuter des dossiers en cours, des problématiques rencontrées, des nouvelles demandes,… Nous traitons environ 75 dossiers par an. 

En quoi consiste votre travail ?

A travers différents types de missions, mes objectifs visent toujours la qualité de vie de la personne, l’autonomie, l’intégration et la citoyenneté. 

Ma fonction s’effectue à 3 niveaux : individuel, collectif et communautaire. En individuel, je travaille selon une méthodologie spécifique. C’est souvent un intermédiaire qui envoie la personne vers notre service. Il faut d’abord s’assurer que la personne est demandeuse et que sa demande entre dans le cadre que nous proposons. Après avoir analysé la demande, les besoins de la personne, un contrat est conclu, nous fixons un programme réaliste et des évaluations régulières sont prévues. Pour être prise en compte par le service, la personne doit avoir un accord de l’AWIPH. Je vois la personne en moyenne une fois par semaine. Soit elle vient au service, en cas de recherche d’un emploi par exemple car il est important qu’elle sorte de chez elle pour postuler ou se présenter à l’employeur, soit je me rends au domicile, notamment si la personne a un handicap physique qui limite ses déplacements. Nous répondons aussi à des besoins par des activités collectives. C’est notamment le cas pour le groupe de rencontres qui visent à favoriser les échanges entre personnes handicapées et non-handicapées. On organise aussi des groupes de parole. Outre l’accompagnement, l’objectif est aussi de veiller au transfert dans le quotidien, la vie de ces personnes. Ce n’est pas toujours évident à évaluer car nous avons peu de prise à ce sujet. Au lieu de proposer des animations toutes préparées, nous veillons à ce que ça vienne d’eux. On fait d’abord un brainstorming pour voir ce qu’ils ont envie de faire. Ensuite, on les encourage à organiser l’activité, prendre les contacts, vérifier les horaires de transport en commun, etc. Je remarque que progressivement certains organisent des activités en dehors du service, ce qui témoigne d’un transfert de ce qu’ils font ici. Nous travaillons aussi à un niveau communautaire en développant des synergies, des réseaux avec les communes, d’autres associations,… 

Je participe à des groupes de réflexion sur une alphabétisation adaptée avec d’autres professionnels du secteur. Enfin, une partie de mon travail est d’ordre administratif. Pour l’AWIPH, je dois faire le relevé de mes prestations, des dossiers que je traite. Concernant le travail d’accompagnement de la personne, il y a aussi des démarches administratives à effectuer : courriers, coups de téléphone à passer, rendez-vous à fixer et à assurer. 

Pourriez-vous illustrer cela par des exemples concrets d’accompagnement ?

Une jeune fille est venue parce qu’elle avait quitté l’école et n’avait pas de diplôme. Elle voulait travailler. Je lui ai alors proposé de chercher une formation qualifiante. Nous avons regardé ce qui existait. Elle a choisi la cuisine. Je l’ai accompagnée dans un centre de formation. Elle s’est engagée à suivre les cours. Elle a fait des stages et quand sa formation fut terminée, elle a trouvé un emploi dans ce domaine. J’ai déjà accompagné des parents qui avaient des problèmes avec leurs enfants. Je leur ai expliqué les décisions du Service d’Aide à la Jeunesse et je les ai accompagnés dans la mise en œuvre des propositions faites par ce service. Il conseillait à un parent alcoolique de traiter son problème. Je l’ai accompagné dans les démarches. 

D’après vous, quelles sont les qualités essentielles pour exercer le métier d’éducateur ? 

Il faut faire preuve de beaucoup de patience. Il ne faut pas vouloir des résultats tout de suite étant donné que l’accompagnement peut prendre beaucoup de temps. Il est important de respecter le rythme de la personne. La persévérance est donc essentielle. Si une personne vient pour apprendre à lire et écrire, il ne faut pas s’attendre à ce qu’en un an, ce soit terminé. L’écoute et l’empathie sont primordiales. Il faut pouvoir prendre de la distance par rapport aux situations, mettre une barrière et bien gérer ses émotions, se protéger pour pouvoir aider la personne. Le fait d’être créatif, d’innover est aussi un atout dans ce métier. 

Quels sont vos horaires de travail et quel type de contrat avez-vous ? 

J’ai un contrat APE 4/5e de temps à durée indéterminée. Je travaille en semaine de 8h30 à 16h15 et exceptionnellement le samedi ou un soir de semaine. C’est par exemple le cas s’il faut accompagner une personne en dehors des heures de visite ou aller visiter un logement avec un bénéficiaire ou pour animer des activités collectives du service. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ? 

L’avantage est que c’est un métier que j’aime. J’apprécie la variété du travail, c’est toujours différent. La demande de départ peut être la même mais les personnes étant toujours différentes, ça change tout le temps et ce n’est pas statique. L’inconvénient est le manque de reconnaissance pour le métier d’éducateur et de manière plus large du secteur social. Ce n’est pas toujours dans les priorités des décideurs politiques. On dépend toujours d’agrément, de subsides sans jamais être sûr du lendemain. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.