Marion,
Orthoptiste au sein d'un hôpital

Interview réalisée en novembre 2016

Au départ, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous diriger vers l’orthoptie ?

J’ai découvert ce métier par l’intermédiaire d’un de mes parents suivi pour un strabisme congénital  par un orthoptiste à l’hôpital de Nantes, en France. J’étais assez intéressée par le médical/paramédical et l’aide à la personne. Le métier est peu connu et cela le rendait, à mes yeux, mystérieux et très attrayant. Je me suis ensuite beaucoup renseignée sur les activités exercées par un orthoptiste et j’ai effectué un stage d’observation qui m’a confirmé l’attrait que je portais à ce métier.

Pouvez-vous décrire une journée-type d’un orthoptiste en milieu hospitalier ?

En hospitalier, il y a plusieurs journées-types. Tout dépend de la ou les spécialités de l’orthoptiste : aide à la consultation, exploration fonctionnelle (segment postérieur[1]), examens segment antérieur[2], traitement de la vision chez l’enfant, strabisme[3] (bilan et rééducation) et/ou neurologie.

Le métier est très complet, l’orthoptiste peut réaliser :

  • de l’aide à la consultation auprès de l’ophtalmologue : vérification et mesure de l’acuité visuelle, mesure de la tension, suivi et adaptation de la correction optique ;
  • des examens du segment postérieur pour l’aide au diagnostic de pathologies rétiniennes ou neurologiques ;
  • des examens du segment antérieur pour les pathologies du cristallin, de la cornée, etc. et pour l’adaptation en lentilles ;
  • l’examen du champ visuel[4] ;
  • le bilan et/ou la rééducation orthoptique pour amblyopies (vision faible), strabismes, paralysies, pathologies neuromusculaires ou atteintes diverses neurologiques ;
  • le bilan et la rééducation basse vision pour les patients atteints d’une malvoyance.

Concrètement, en quoi consiste votre travail au quotidien ? Quelles sont les différentes étapes de travail ?

A l’hôpital Erasme, à Bruxelles, les orthoptistes font essentiellement du dépistage et suivi de strabisme, de la neurologie, de l’adaptation en lunettes et du traitement de la vision chez l’enfant. Nous travaillons quelques jours par semaine auprès d’ophtalmologistes spécialisés en neurologie, strabologie et/ou pédiatrie, afin de les aider au diagnostic de pathologie. Nous réalisons des champs visuels une matinée par semaine pour rechercher les zones où le patient ne voit plus ou moins bien.  Le reste du temps, nous avons nos propres consultations où nous réalisons des bilans visuels et oculomoteurs (à la recherche d’une anomalie du mouvement des yeux) chez enfants ou adultes. Nous réalisons également des suivis de traitement de l’amblyopie[5] chez l’enfant et de l’adaptation en prisme pour supprimer la vision double chez des patients qui en sont atteints.  

Quels sont les autres professionnels qui interviennent auprès de vos patients ? Quelles sont leurs missions ?

  • Ophtalmologiste : diagnostic de pathologie oculaire, traitements et chirurgie ;
  • Opticien : lunetterie, aide aux choix des montures pour les enfants ;
  • Médecin généraliste : premier dépistage des troubles visuels ou oculomoteurs et orientation du patient vers les différents intervenants ;
  • Pédiatre: premier dépistage des troubles visuels ou oculomoteurs ;
  • Neurologue et neuropédiatre : diagnostic de troubles neurologiques et dépistage des troubles visuo-spatiaux et attentionnels liés à des troubles de l’apprentissage ;
  • Orthoptiste en libéral : suivi d’amblyopie, rééducation de certains troubles oculomoteurs, de troubles visuospatiaux et attentionnels ;
  • Logopède, psychomotricien, kinésithérapeute et ergothérapeute : dépistage des troubles visuospatiaux et attentionnels liés à des troubles de l’apprentissage, rééducation de dyspraxies, dyslexies et des troubles du développement attentionnel avec ou sans hyperactivité.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer le métier ?

Comme tout professionnel de santé, l’orthoptiste doit être rigoureux, précis, méthodique et avoir toutes les connaissances scientifiques nécessaires à l'établissement d'un bon diagnostic. Il doit faire preuve de patience, posséder de véritables qualités relationnelles et savoir être à l'écoute afin de créer une relation de confiance stable avec ses patients.  Il doit aimer travailler auprès des enfants car il passe une grande partie du temps à leurs côtés et il doit réussir à s’adapter à chaque enfant afin de trouver tous les moyens possibles pour attirer son attention.

L’orthoptiste doit posséder une bonne vision, un bilan oculomoteur et une vision des couleurs normaux.

Quels sont les avantages et inconvénients du métier d’orthoptiste ?

Ce métier nous permet de travailler avec de nombreux professionnels du milieu médical ou paramédical. C’est très intéressant d’échanger sur le dossier d’un patient et d’essayer ensemble de résoudre le ou les problèmes qu’il rencontrera.

De plus, si on aime travailler avec les enfants, ce métier nous apporte entière satisfaction.

Ce métier nous apporte une vraie relation avec les patients, nous pouvons les suivre sur plusieurs années, un peu comme un médecin de famille. Par exemple, un enfant atteint d’une amblyopie sera pris en charge tout au long de son développement visuel (jusqu’ à 11-12 ans) afin de s’assurer que sa vision se développe au maximum et qu’elle se maintienne.

L’orthoptiste a la liberté d’exercer où il souhaite. En effet, il peut exercer en tant que salarié dans un hôpital, une clinique ou dans un cabinet d’ophtalmologie. Il peut aussi être indépendant et avoir son propre cabinet.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui a envie de se lancer dans le milieu ?

Une formation scientifique pourrait être une bonne préparation aux études supérieures en orthoptie, même si elle n’est pas obligatoire. Il devra aussi travailler sa patience s’il n’est pas doté de cette qualité. Mais pas d’inquiétude, elle se travaille!

 

[1] Le segment postérieur de l’œil correspond au fond de l’œil.
[2] Le segment antérieur de l’œil correspond à la face avant de l’œil.
[3] Le fait de loucher.
[4] Le champ visuel est la portion de l'espace vue par un œil regardant droit devant lui et immobile.
[5] L’amblyopie est un trouble oculaire qui touche souvent les enfants et qui se manifeste par un défaut d'usage d'un œil (aussi appelé œil paresseux)

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.