Mr Martial Bodo, Tabacologue

Interview réalisée en mai 2013

Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours qui n’était pas prévu tel que je l’avais imaginé et qui s’est fait par le hasard. Parfois, dans la vie professionnelle, le hasard crée de jolies surprises. 

J’ai encore dû faire mon service militaire, en 1990. Juste après celui-ci, me voilà sur le marché de l’emploi avec mon diplôme de master en sciences psychologiques obtenu après cinq années à l’université, à l’ULB. Donc après mon service militaire, je postulais un peu partout. Dans le domaine clinique (c’est-à-dire les institutions de santé mentale, les hôpitaux) et dans les entreprises, les ressources humaines, l’organisation du travail, l’orientation professionnelle, etc., car j’avais un double diplôme : j’étais psychologue clinicien mais aussi psychologue commercial et industriel. Je postulais partout avec évidemment un retour qui est assez courant : "Vous n’avez pas beaucoup d’expérience  professionnelle". Et bien non ! J’avais terminé mes études, j’ai enchaîné avec l’armée et je n’ai pas eu la chance de faire un service militaire "intelligent" dans le sens "qui m’a servi professionnellement". J’avais demandé à travailler à l’hôpital militaire puisque j’avais travaillé en psychiatrie en stage à Erasme. La psychiatrie m’intéressait. Mais je me suis retrouvé en Allemagne comme opérateur radio et, pour finir, je tenais le bar de la cantine de la troupe. 

Mon père travaillait à l’ULB et connaissait le directeur de l’Institut Jules Bordet, centre de cancérologie à Bruxelles, qui par ailleurs est en connexion avec l’ULB (tout cela fait partie d’un même réseau). Me voilà donc à l’Institut Bordet où le Professeur Razavi, un psychiatre, ouvrait une unité qui n’existait absolument pas, qui était très novatrice, inspirée des travaux qui avaient été faits aux Etats-Unis. C’était de la psycho-oncologie. C’était considérer qu’un patient qui a un cancer n’est pas juste un patient qui est malade avec un organe qui a des métastases. C’est aussi une personne qui a de la souffrance, des angoisses, une dépression ou toute une série de symptômes psychologiques voire psychosomatiques. L’idée c’était d’accompagner le patient pas uniquement dans son registre organique, mais aussi dans son registre psychologique. Dans la création de cette unité de psycho-oncologie qui est donc de remettre l’humain au centre même de la préoccupation et pas juste un organe malade, il s’est dit qu’il allait aussi engager deux psychologues, un francophone et un néerlandophone, pour faire de la prévention du cancer, donc de l’éducation à la santé. Il ne faut pas avoir fait de grandes et longues études de médecine pour comprendre qu’il y a des comportements à haut risque qui développent des pathologies lourdes très difficiles à soigner où le taux de mortalité est très élevé. Le cancer du poumon qui, à l’époque, était le premier cancer masculin et le troisième chez la femme est en connexion à 90% avec le fait de fumer. C’était une évidence qu’il fallait davantage que simplement faire de la chimio, de la radio et de la chirurgie pour les cancers du poumon. C’était plus judicieux d’aider les fumeurs à ne plus fumer pour éviter qu’ils ne soient malades. C’est un peu basique, mais c’est comme l’adage "Mieux vaut prévenir que guérir". Me voilà dans l’idée de faire un projet d’interventions dans les entreprises. On devait cibler des personnes en bonne santé. Il s’agissait donc de les rencontrer sur leur lieu de travail avec le thème de l’aide à l’arrêt du tabac. 

Très rapidement après, endéans les deux mois qui ont suivi, j’ai eu la chance de pouvoir signer un contrat. Au début, c’étaient des contrats annuels parce qu’ils étaient bloqués dans des justifications de recherches scientifiques rythmées de manière annuelle. Et puis après j’ai eu un contrat à durée indéterminée. C’est donc tout à fait par hasard qu’il y a eu cette opportunité, cette proposition. 

Par ailleurs, moi-même je venais d’arrêter de fumer. Je me suis donc un peu retrouvé mon premier patient. A l’époque, on ne parlait pas de tabacologue puisque je vous parle de l’année 1991. Le mot n’existait pas. Déjà aider des gens à arrêter de fumer, c’était un peu bizarre. Parce qu’à l’époque, la mode c’était "Si tu as envie d’arrêter de fumer, tu n’as qu’à avoir de la volonté". C’était la technique du "il n’y a qu’à". On a compris par la suite que c’était bien plus puissant que ça par la dépendance à la fois physique, la dépendance comportementale et la dépendance psychologique et émotionnelle. 

Je n’ai jamais pensé à faire autre chose. C’était un peu impressionnant. Tout cela était très novateur. On n’avait pas beaucoup de repères. Ce n’est pas comme maintenant où il est courant d’avoir son coach de remise en  forme, pour faire de la relaxation, etc. A l’époque, un psychologue qui venait voir des collègues pour arrêter de fumer, c’était un peu spécial. Maintenant, avec le recul, je me rends compte que c’est peut-être surtout ça qui m’a excité aussi. 

A un moment donné, financièrement, nos subsides se sont interrompus et notre équipe a failli être licenciée. Heureusement, nous avons eu la chance d’être récupérés par Les Amis de l’Institut Bordet qui est une ASBL de l’Institut Bordet qui nous a rachetés. On nous avait dit qu’on allait nous mettre en préavis, que c’était fini. J’étais effondré parce que je ne voyais pas ce que je pourrais faire d’autre. Je le dirais encore maintenant. Si jamais pour une raison quelconque cette activité s’arrête, je serais vraiment très affecté. Tant sur le fond que sur la forme. Ce que je fais me plaît vraiment énormément. Le fond c’est de faire de l’aide à l’arrêt du tabac et surtout de construire des projets et d’accompagner des gens dans des processus de changement. Mais au niveau de la forme c’est aussi sympathique puisque je passe mon temps à aller d’un groupe à l’autre. Je suis vraiment très autonome. C’est moi qui gère mon agenda. J’ai un contrat d’employé, donc je n’ai pas la pression et l’angoisse de "Est-ce que j’ai un client demain ?". Je ne fonctionne pas avec des clients, je fonctionne avec des patients, c’est-à-dire que l’aspect financier, heureusement pour moi, n’est pas un problème. C’est donc très confortable, tant au niveau du fond que de la forme.

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

C’est tout simplement de répondre à la demande de fumeurs qui souhaiteraient arrêter de fumer, à 98%. Les 2% restant, ce seraient les jeunes envoyés par les parents. Il y a alors un côté très injonction et très castrant. Je n’y adhère pas parce que, d’abord, ça ne construit pas un processus de changement, et puis tout simplement je n’ai pas envie de travailler contre mon patient. J’ai envie de travailler avec et pour lui. Donc généralement, quand un parent me téléphone en me disant qu’il va m’envoyer son fils parce qu’il fume des joints et qu’il faut vraiment le raisonner, je ne joue pas du tout dans son camp, tout en entendant bien son état de panique et en étant attentif, très légitimement, à l’état de questionnement des parents. Je trouve que des parents qui réagissent parce que leur enfant fume c’est la norme. Des parents qui disent que le jeune fera sa vie, qu’il comprendra qu’il ne doit pas fumer, je trouve ça lâche de leur part parce qu’ils n’aident pas leur enfant qui aura des problèmes après. Un enfant, un jeune adulte qui commence à fumer aura des problèmes tôt ou tard. Parce qu’il deviendra un adulte qui fumera avec tous les problèmes que cela comporte, y compris lorsqu’il voudra arrêter de fumer. C’est une petite parenthèse, mais je crois que les parents ont à se positionner. Maintenant, au niveau du fond et de la forme, cela se nuance. Il s’agit de voir à quel genre de jeune on a à faire. Mais donc dans un premier temps, j’accepte de voir le jeune. Très souvent d’ailleurs, je demande au parent que ce soit le jeune qui prenne le contact. C’est lui qui me téléphone, ou m’envoie un sms s’il n’a pas d’argent, pour que j’aie déjà un premier contact avec lui et pas par son père ou sa mère. Et puis il vient et très souvent il me dit qu’il n’a pas envie d’arrêter de fumer, mais qu’il n’a pas le choix, que son père a dit que… Et parfois, avec beaucoup de belles surprises, ce processus qui était d’être dans l’opposition évolue. Pas que j’essaie de le convaincre. Mon métier n’est pas de convaincre les gens d’arrêter de fumer. Mon métier n’est pas d’argumenter. Je suis plus là pour les éclairer sur des zones d’ombres occultées dans ce qu’on appelle un déni mental. Il faut savoir que fumer ne se vit pas aussi confortablement qu’on l’imagine. Il y a une certaine souffrance psychique, une frustration de vie, etc. Entre autres, l’une de mes actions thérapeutiques, c’est d’être avec et pour le fumeur dans un processus de remise en question, de réflexion, et pour finaliser un changement. Dans 98% des consultations, ce sont des gens qui ont déjà essayé je ne sais combien de méthodes. Il n’y a qu’une méthode qui fonctionne, c’est la méthode du patient. 

Donc, très concrètement, dans mon quotidien, c’est la mise en place de consultations soit en individuel soit en groupe pour construire un projet de défumage. Ce projet de défumage se construit déjà dans une étape qui prépare l’arrêt au travers de plusieurs consultations où on fait une investigation, un travail sur les motivations, où on fait de l’anticipation, de la simulation sur ce qui pourrait ralentir, freiner ou court-circuiter l’arrêt du tabac en anticipant le risque de la prise de poids, la gestion des émotions qui est désarçonnée, la baisse de motivation. On fait beaucoup de travail avant la date de l’arrêt pour qu’il n’y ait pas d’effet surprise où irrationnellement les gens se font avoir en reprenant une cigarette. Puis, forcément, il y a le début de la désintoxication. Je mets l’accent sur toute la sphère psychologique et comportementale puisque je suis psychologue de formation avec une approche très cognitivo-comportementale. Mais j’utilise aussi des substituts nicotiniques pour faciliter le sevrage physique. J’ai donc une approche pluridisciplinaire et pluridimensionnelle dans l’accompagnement. Et puis on jalonne l’accompagnement. Généralement, j’essaie de faire un coaching d’une année entière avec les patients. Pourquoi une année ? Parce que c’est une année de transition, une année de tous les dangers, une année où le risque de rechute est important. C’est une année où le fumeur est en changement et il doit se réintégrer, se réimprimer, se redéfinir, se repérer sans cigarette quoiqu’il arrive, quoiqu’il se passe. Pour éviter qu’il y ait un état de rechute, on fait des consultations de prévention de rechute parce que les personnes qui ont arrêté en hiver seront peut-être plus vulnérables en été quand ils seront en vacances. En tout, cela tourne entre minimum dix consultations jusqu’à parfois vingt consultations à l’année. 

Je fais des interventions en groupe dans les entreprises, dans les écoles, dans les FOREM, et des consultations en individuel à l’Institut Jules Bordet avec des personnes tout venant et pas nécessairement des gens hospitalisés. Pour cela, on a une autre équipe de tabacologues qui fait des interventions au lit du patient. 

Comment se déroule une consultation ?

Il y a plusieurs types de consultations. 

La toute première fois, quand les gens viennent, ils explicitent un peu leurs motivations dans leur défumage. Alors, je les bouscule. Je les bouscule puisque je dois les aider à changer, à changer des états d’esprit, à changer des perceptions et des croyances souvent tout à fait erronées du style "Quand je ne vais pas bien, je sais qu’en prenant une cigarette ça va me calmer, ça va m’apaiser". Je dois bousculer ces croyances tout à fait illusoires pour que, par la suite, ils puissent se réinventer avec des nouvelles alternatives s’ils sont stressés. Il y a d’autres moyens. Un fumeur, quand il dit : "Je suis tellement stressé que je vais aller prendre l’air", dans son codage cela veut dire "Je vais fumer une cigarette". Mais à la base, l’intuition est bonne d’aller prendre l’air. Donc je travaille cela avec ces personnes. 

Je suis assez "trash" c’est-à-dire bousculant dans mes interventions. Pas sur les personnes, pas sur l’individu ! Mais sur ses modes de pensée, ses attitudes, pour les remettre en question et les transformer, les changer. C’est donc aussi tout un travail sur les mots utilisés. Par exemple, les gens qui s’expriment en terme de : "On va essayer d’arrêter de fumer". Ces mots laissent entendre que cela va être sombre et pénible. "On", c’est qui ? Ce n’est déjà plus la personne. Il y a une dépersonnalisation de l’engagement. Quand on dit "On va essayer", on met juste un pied dedans, l’autre n’est pas dedans. Et "arrêter de fumer", c’est un peu le concept qui castre, qui frustre. Parce qu’on arrête. Alors que le projet de base, c’est de vivre. Donc il ne faut rien arrêter, il faut commencer à vivre. Mais en se défumant. Je fais donc un travail important sur la sémantique, sur les mots qui sont utilisés. Pourquoi ? Parce que les mots sont l’expression de nos pensées. Si on pense d’une certaine tonalité, qu’on dit dans la même tonalité, on fera des actes qui suivront le même engagement. Si on pense sombre, qu’on dit sombre, on fera du sombre. Si on pense clair, qu’on dit clair, on appliquera du clair.

La première consultation, c’est un travail sur les investigations de la motivation, l’anticipation des causes qui pourraient fragiliser, se reclarifier dans les mots qu’on utilise. Par exemple, si je dis "Je fume un bon paquet de cigarettes", vous comprenez que cela veut dire beaucoup. Mais ce n’est pas par hasard qu’on dit "Je fume un bon paquet par jour". Sur le paquet, il n’est jamais mis que c’est bon. Mais cela veut dire qu’il y a déjà un ancrage d’une manipulation mentale qui a été faite par les cigarettiers. Je travaille cela. On fait un travail fort cérébral.

Après, on a d’autres consultations où on est dans l’action. J’ai des grands post-it sur le mur : on construit des stratégies de manière très schématique, par brainstorming. "Il est dix heures trente. Je suis pris d’une grosse envie de fumer. Je suis seul chez moi. Qu’est-ce que je fais ?" "Que peut-on faire à part fumer ?" "Je vais me faire couler un bain". Les séances qui suivent seront des séances de coaching où, de manière très dynamique, on met en place des ressources alternatives de comportements qui seront concrétisées par le patient quand il sera hors consultation. Ce sont les consultations de la phase de désintoxication. Après, on a les phases de la consolidation.

Donc il y a trois étapes pour les groupes. En individuel c’est du sur-mesure, au rythme des gens. Mais c’est le même genre de schéma, dans le même genre d’étapes.

1) La phase préparatoire (un mois, quatre séances) : gestion des émotions, motivation, relaxation et contrôle du poids.

2) La phase de la désintoxication (trois mois, neuf séances) : approche pharmacologique par les substituts nicotiniques pour donner un confort physique, mais surtout coacher de façon comportementale.

3) La phase de consolidation : faire en sorte que l’acquis du départ persiste. Il s’agit d’un travail sur "Ne pas s’oublier", "ne pas s’abandonner", ne pas avoir cette mémoire qui est trop sélective et nostalgique. Ce sont des discussions. Parfois, on peut parler de tout autre chose, si et seulement si ce n’est pas une fuite du sujet. Mais si ce n’est pas une fuite du sujet, c’est génial parce que cela permet de dire qu’on est passé à autre chose. Parfois, des consultations de tabacologie se transforment au fur et à mesure en d’autres consultations.

Quelles sont les qualités souhaitées pour être à l’aise dans ce métier ?

Il ne faut pas essayer de lutter contre le tabac, d’essayer de croire qu’on prêche une bonne parole. On ferait alors le même jeu que celui de l’aliénation que font les cigarettiers avec leurs clients. Que les gens fument ou pas, cela m’est égal. La seule préoccupation que j’ai, c’est une personne qui me dit qu’elle ne s’en sort pas, qu’elle se sent mal, que ce comportement, ce tabagisme, ne lui va plus. C’est là que je me sens en attention avec cette personne et que je peux mettre du temps et de l’énergie avec elle, pour elle, pour faire un changement.

Je pense que l’une des qualités est d’abord de bien entendre la demande du patient. La pression est tellement mise sur la tête des fumeurs qu’il faut parfois décoder le fait que des gens viennent ici mais sans avoir envie d’arrêter de fumer. Heureusement, j’ai la chance de ne pas être connecté directement à des patients envoyés par leur médecin. Les gens qui viennent ici sont des gens qui "m’ont trouvé". La majorité des gens sont des gens qui viennent de façon spontanée et motivée. Ce qui est évidemment plus facile. Et si c’est quelqu’un qui n’est pas motivé, qui ne veut pas arrêter de fumer, cela s’arrête là.

Donc d’avoir une capacité d’écoute parce que souvent les patients en demande livrent beaucoup de pistes qui pourraient être travaillées mais qu’eux-mêmes ne voient pas.

Etre dynamique. Pas intrusif mais interventionniste. Je ne me gêne pas pour demander comment ils vont faire cela et pourquoi cela marchera ou non. Je suis plutôt d’orientation cognitivo-comportementale donc je prends une place qui est complémentaire et associée avec le patient et pas une place d’analyste qui se met dans la position d’écoute bienveillante, flottante et qui laisse un peu son patient blablater tout seul dans son coin. Je suis très interventionniste. Je fonctionne beaucoup aux métaphores et aux phrases trash. Je pense que cela permet de figer des mots d’ancrage, des moments d’ancrage. Cela laisse des traces. Pour laisser des traces, il ne faut pas qu’on soit incolore, inodore, insipide. Mais cela ne veut pas dire que les tabacologues doivent forcément avoir ce style. Moi, c’est mon style. Par ailleurs, c’est mon style indépendamment de mon boulot.

Et alors, une chose que j’ai apprise avec mon métier, c’est de ne pas essayer de dire "Il doit arrêter de fumer", parce que cela met la pression au patient et au thérapeute. Je ne dois pas faire du chiffre. Je dois l’amener dans un processus mental pour un changement qui sera opérationnel. Donc se mettre au rythme et au diapason des demandes et des possibilités du patient en essayant évidemment de le tirer vers le haut.

Quelles sont les difficultés de votre travail ?

Ce que j’ai envie de dire de plus spontané, c’est qu’il n’y en a pas. Il n’y en a pas parce que c’est ma déformation professionnelle : c’est de toujours trouver la solution. Donc il n’y a pas de difficultés. Les gens me disent que cela va être difficile d’arrêter de fumer. Je leur dis non. C’est difficile de fumer. C’est interdit à plein d’endroits, cela coûte cher, etc. C’est cela qui est difficile. Ne plus fumer, cela deviendra facile. C’est une solution au problème. 

Je ne vois pas de difficultés dans mon métier parce qu’il est nourri de plein de gratitude. Très régulièrement, je reçois des sms, des cadeaux des patients qui sont vraiment très contents.

Si je vais vraiment les chercher (car elles ne font pas mon quotidien), les seules difficultés concerneraient les patients qui n’ont pas compris qu’on est avec eux et pour eux et qui me prennent pour une espèce d’autorité médicale qui vient encore plus les culpabiliser. J’essaie évidemment de leur montrer que je ne suis pas ce genre de personnage. Mais c’est vraiment très rare. A 90%, c’est un métier qui est génial. On rencontre des gens… Personne ne m’a jamais dit qu’il aurait mieux fait de ne jamais me rencontrer. Jamais. Je suis un groupe depuis 19 ans. Tous les ans, ils me téléphonent pour que je vienne fêter leur date d’anniversaire au restaurant. Et tous les ans ont fait cela. 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une personne qui souhaite se lancer dans cette profession ?

C’est vraiment un chouette métier. Mais tous les tabacologues n’ont pas mon confort de travail. J’ai la chance, tout en étant dans un hôpital, de ne pas être attaché au service de pneumologie ou de cardiologie où je serais le bras droit du pneumologue qui m’envoie ses patients. Donc je ne suis jamais face à des patients qui sont dans l’obligation et qui viennent malgré eux. J’ai cette chance. 

Des patients m’ont déjà dit : "Les trois choses les plus importantes de ma vie, je les ai enfin réussies : fonder une famille, avoir un chouette boulot et ne plus fumer". Quand vous entendez cela, vous vous dites que votre journée sert à quelque chose. 

En sortant des secondaires on ne peut pas s’inscrire à la formation en tabacologie. Il faut d’abord être en possession d’un diplôme de professionnel de la santé. Parmi les tabacologues, on retrouve des gens qui ont comme formation de base infirmier·ère, sage-femme, psychologue, gynécologue, tous types de médecins, etc. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas une sensibilité. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.