Maryvonne Burnonville,
Enseignante en langues germaniques

Interview réalisée en janvier 2010

Maryvonne Burnonville, enseignante en langues germaniques, a obtenu, il y a une dizaine d'années, le label européen des langues, un prix qui encourage les initiatives en matière d’enseignement et d’apprentissage des langues.

Pouvez-vous nous parler du projet qui a reçu le label européen des langues ?

Ce prix a été décerné à l'école de la Communauté française de Vedrin, où j'ai enseigné de 1997 à 1999, dans le cadre des projets pilotes d'apprentissage précoce du néerlandais. Mon projet "Je vis en harmonie dans mon pays" avait pour objectif de donner l'envie d'apprendre le néerlandais aux élèves francophones de l'enseignement fondamental.

Quelles méthodes employez-vous pour susciter l'intérêt des élèves ?

Lorsque j'ai enseigné le néerlandais dans le maternel, j'ai utilisé des marionnettes qui ne parlaient qu'en néerlandais ou en anglais. Ces marionnettes apprenaient aux enfants de nouveaux mots et leur donnaient des photos-images représentant des mots. Il n'y avait pas de traduction en français. D'ailleurs, les enfants étaient persuadés que je ne parlais pas français ! Je racontais des histoires sans jamais les traduire, uniquement en m'aidant d'un support illustré, j'ai utilisé des dessins animés…
J'ai fourni aux parents des feuilles avec les mots écrits en néerlandais ou en anglais et traduits par des images.
Avec les élèves du primaire, on partait à la découverte d'une ville flamande, de ses commerces, ils devaient demander leur chemin… Bref, pouvoir se débrouiller sur place. J'ai aussi incité les enfants à envoyer des e-mails en néerlandais et en anglais pour nouer contact avec des élèves de l'autre communauté linguistique ou à l'étranger. Par ailleurs, afin de préparer la visite de Namur par des écoliers de 5e et 6e primaires d'une école de Genk, mes élèves ont dû préparer une petite vidéo de présentation de la capitale wallonne en néerlandais. Autre exemple : avec une classe de 6e primaire de Lier, j'ai organisé un stage pendant une semaine dans un centre Adeps. Tout en faisant du sport, les enfants apprenaient la langue de l'autre…
Toutes ces méthodes ont été pensées pour leur donner le goût d'apprendre les langues en général et le néerlandais en particulier. Les langues ne s'apprennent pas (uniquement) à travers les livres. De plus, il vaut mieux utiliser du matériel collant à la réalité, que ce soit via la presse ou les nouveaux médias, et traiter de sujets qui intéressent les jeunes… C'est du moins ce que je pense !

Pourquoi cet intérêt pour le néerlandais et pourquoi cette volonté de l'enseigner ?

Dans le village dans lequel j'habitais, mon institutrice primaire nous donnait elle-même des cours de néerlandais et j'y ai pris goût. Il était évident que j'allais, plus tard, moi aussi enseigner cette langue.

Est-ce une langue facile à apprendre ?

Selon moi, le néerlandais est plus facile à apprendre, car mieux structuré, que l'anglais et convient donc mieux comme choix de deuxième langue dans le secondaire. Lors de l'entrée dans le secondaire, ce sont bien souvent les parents qui choisissent eux-mêmes la première langue que leur enfant doit apprendre. Parfois, c'est l'anglais et parfois le néerlandais. Mon but ultime, en tant qu'enseignante en 3e générale, est de persuader les élèves de choisir
volontairement le néerlandais pour toute leur scolarité et non plus par obligation ou dépit.

Les élèves adhèrent-ils à vos méthodes ?

Oui d'après les échos que j'en ai, que ce soit via les élèves eux-mêmes ou leurs parents. Mais je précise que même si ces techniques paraissent ludiques, je reste très exigeante ! J'effectue d'ailleurs beaucoup de contrôles.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes tentés par le monde de l'enseignement ?

Il faut être conscient que c'est un métier qui prend beaucoup de temps. En plus de la charge horaire, il y a les corrections et les préparations. Personnellement, je les effectue durant mes heures de fourche et mes vacances. Concevoir des méthodes et des activités ludiques, chercher des thématiques susceptibles de susciter l'intérêt et provoquer la motivation des élèves prend non seulement du temps mais aussi de l'énergie… Enseigner, c'est une
vocation : on travaille beaucoup, beaucoup plus que les gens peuvent penser, et l'on n'en est pas toujours valorisé, si ce n'est par la reconnaissance des élèves et/ou de leurs parents.

Avez-vous un souhait pour les enseignants qui vous succèderont ?

Je serais ravie, et même très fière, si certains d'entre eux pouvaient s'inspirer de mes méthodes. Je leur souhaiterais aussi d'avoir des classes plus petites. Pour l'apprentissage des langues, c'est fondamental !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.