Matthieu Thonon, Musicologue

Interview réalisée en septembre 2008

Matthieu Thonon est musicologue, pianiste, chanteur et compositeur.

En quoi consiste exactement le métier de musicologue ?

Le métier de musicologue a de multiples facettes. Il s’agit d’être un expert dans l’histoire de la musique et ses implications dans la société. Un musicologue proprement dit est un « scientifique » (science de la musique) qui fait de la recherche dans le domaine de la musique, aussi vaste soit-il (essais, colloques, prof d’université,rédactions d’articles et d’études particulières…).

Quelles sont les perspectives d’emploi d’un musicologue ?

La première chose à laquelle on pense est l’enseignement. Moyennant l’obtention de l’agrégation, on peut être professeur de musique en secondaire. Hélas, le rôle de cet emploi a fortement été dévalué dans notre société occidentale actuelle (1h/semaine, le prof avec sa flûte dont tout le monde se moque bien...). Restent les écoles spécialisées dans l’art et les Académies où l’enseignement de l’histoire de la musique me semble très intéressant. En dehors de l’enseignement, il y a bien sûr la recherche financée pour des projets particuliers (intellectuellement très satisfaisant), les nombreuses possibilités d’emplois dans le secteur culturel, ainsi que celles du secteur des médias (presse écrite, radio...).

Quel est votre parcours scolaire ?

J'ai suivi des études secondaires générales, 2 années de piano au Jazz-Studio à Anvers, puis 4 ans (candidatures et licences) d’études universitaires (ULB) en Histoire de l’Art, Musicologie.

Pourriez-vous retracer votre parcours professionnel ?  

J’ai toujours essayé de cumuler l’aspect pratique de la musique, à savoir « jouer de son instrument », souvent le plus passionnant mais pas le plus rentable..., et l’aspect théorique, recherche d’emploi grâce à mes qualifications de musicologue. En me présentant à la radio classique de la RTBF (Musiq3) au sortir de mes études, j’ai eu la chance de pouvoir travailler pendant 2 ans et demi à la programmation d’une émission hebdomadaire. Je travaille actuellement à la rédaction d’un ouvrage sur la Société Royale d’Harmonie de Braine-l’Alleud qui a 200 ans! A côté de cela, en tant que pianiste-auteur-compositeur, je n’ai jamais cessé d’avoir des petits contrats avec mes différentes formations musicales (contes musicaux, groupe rock, groupe de chansonfrançaise) lors de prestations occasionnelles.

En tant que pianiste, pourriez- vous nous parler du métier de musicien ?

Le métier de musicien est un métier extrêmement exigeant au niveau des heures de travail et où les plus grandes performances sont requises. C’est ce que je nomme le musicien-interprète de jazz ou classique, sortant du Conservatoire, et c’est ce que je ne suis pas. J’aime préciser que je suis davantage « pianoteur » que pianiste. Je ne me dévalue pas en disant cela car j’estime que ça n’enlève rien à la valeur musicale,du moment que la création et la passion sont présentes.

Vous êtes chanteur, compositeur, etc. Est-ce important d’être polyvalent ?

Extrêment! Surtout de nos jours. Il y a tellement de bonnes choses partout, surtout avec l’éclatement des possibilités techniques offertes par le progrès informatique et internet, qu’il faut à tout prix avoir de nombreuses cordes à son arc pour arriver à vivre et à se faire entendre. C’est pourquoi je m’investis dans différents projets en groupe, tout en conservant des projets en solo (musiques de films, accompagnements cinéma muet,...) et bien sûr mon travail de musicologue (rédaction). C’est parfois assez éprouvant, mais c’est à la fois très stimulant et cela met de la diversité et de l'énergie dans le quotidien.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans votre métier?

En tant que musicien-compositeur: trouver des lieux pour jouer, se forger un public, se frayer une place dans le monde de la musique. L’absence de retour est parfoisvécue comme un échec et peut être très éprouvant moralement.

Quelle est la situation de la musique en Belgique ?

Assez bonne, il faut le reconnaître. Il y a de nombreux festivals et autres manifestations musicales présents dans le paysage belge. La volonté y est par la création de petits labels, de salles de concerts et studios mais les difficultés financières (subsides et autres) subsistent! Il faut que la culture soit soutenue par les autorités pour qu’ellepuisse vivre pleinement.

Comment voyez-vous l’avenir de ce domaine face aux nombreuses évolutions ?

Bien, à condition de le stimuler plutôt que de l’emprisonner dans la bêtise et l’avidité purement commerciale. Internet peut être un outil formidable tout comme le contraire. L’exemple de la télé nous l’a bien montré: au lieu de richesses culturelles, elle sert quasi uniquement à nourrir l’appétit toujours croissant de l’ignorance, de laparesse et de l’abrutissement collectif.

Que conseilleriez-vous aux nombreux jeunes qui souhaitent faire carrière ?

Une phrase assez banale mais sincère me vient à l’esprit: « Il faut s’accrocher et persévérer. Et surtout exercer un métier que l’on aime, sans quoi il n’y a pas de passion et la vie devient morose! ».

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.