Maurice Dupas, Christine Lienart et Père Thierry Dobbelstein,
coordinateurs du centre de vacances de la Villa Saint-Servais Botassart

Interview réalisée en octobre 2013

Selon vous, qu’est ce qu’un coordinateur de centres de vacances et quel est son rôle ?

Maurice : Il met de l’huile dans les rouages, il fait en sorte que le camp de vacances se passe de manière harmonieuse, il est prêt à intervenir dans des situations conflictuelles avec les chefs de camps et les assistants, il règle les problèmes logistiques. Il est en première ligne vis-à-vis de la tutelle de l’ASBL. Il est le détenteur de toute une série de clés qui facilitent le fonctionnement.

Christine : C’est un garant, il est le lien entre l’intérieur et l’extérieur du camp. Il apporte son aide aux jeunes animateurs qui rencontrent parfois des difficultés. Il est aussi le garant de la philosophie du camp. La villa Saint-Servais Botassart est une maison de vacances qui possède une histoire, le coordinateur doit perpétuer la philosophie d’accueil de tous et de service.

Quel sont vos parcours scolaires et professionnels ?

Maurice : J’étais dans les mouvements de jeunesse, j’ai fait du scoutisme intensif jusqu’à mon entrée au service militaire. En tant que chef de troupe, j’ai expérimenté les responsabilités de l’animation de groupes. Tout cela m’a prédisposé au métier d’enseignant. Je n’aurais jamais embrassé la carrière d’enseignant si je n’avais pas fait du scoutisme auparavant. J’ai été professeur de français, histoire et religion au Collège Saint-Servais à Liège pendant une trentaine d’années, puis directeur des infrastructures pendant quatorze ans. Je suis toujours resté dans mes aspirations en tant que membre de la communauté éducative. J’ai obtenu l’équivalence du brevet de coordinateur et tout cela m’a conduit, après ma retraite, à accepter la proposition qui nous a été faite de prendre en charge bénévolement ce centre de vacances que nous fréquentions depuis plus de quarante ans. On nous l’a demandé parce que nous avons beaucoup de contacts intergénérationnels.

Christine : J’ai également fréquenté les mouvements de jeunesse, chez les Louveteaux, et j’y ai été animatrice. J’ai ensuite effectué des études de logopédie. Je fréquente les camps d’été de la villa Saint Servais depuis quarante ans, j’étais la chef cuistot à l’époque où mon mari, Maurice, était chef de camps. Maintenant je lui apporte mon aide dans l’administration du centre. Nous voulions conserver cet outil extraordinaire pour la formation des jeunes, qui se donnent et se forment en travaillant pour une cause. Au départ, nous étions un peu réticents car nous aurions préféré que quelqu’un de plus jeune assume cette responsabilité, puisque c’est un outil pour les jeunes. Le pouvoir organisateur de l’ASBL avait besoin de personnes expérimentées, qui avaient déjà une bonne entente avec le personnel et avec les connaissances nécessaires. Aujourd’hui nous sommes très contents d’avoir pris la décision d’accepter.

Pouvez-vous nous présenter le projet pédagogique de votre centre ?

Maurice : Il est lié à la pédagogie jésuite qui consiste à faire confiance à la personne et favoriser l’investissement personnel pour une cause autre que le profit personnel. C’est symbolisé par notre sigle qui représente quatre mains qui se rejoignent. La villa est un lieu où on apprend à vivre ensemble et à s’engager pour le service d’autrui, en s’amusant. Il y a aussi une volonté de perpétuer tout ce qui a été engrangé par les générations qui se sont succédées à la villa et sont venues y travailler. Le projet reste dans cette continuité, illustrée par toutes les photos et les souvenirs qui peuplent la maison. C’est une construction qui s’est faite au fil du temps.

Dans quel lieu se situe votre centre de vacances ? Quels aménagements des infrastructures et travaux avez-vous effectués ?

Christine : C’est la maison de vacances du Collège Saint-Servais de Liège. Elle se situe au cœur de l’Ardenne belge, à quelques kilomètres de Bouillon. L’historique remonte à nonante ans : des pères jésuites cherchaient un lieu de vacances pour eux-mêmes dans les Ardennes et ils ont loué la vieille école du village de Botassart chaque été. Le lieu a ensuite été utilisé comme lieu de vacances pour les élèves du collège Saint-Servais. La communauté jésuite a fini par acheter le bâtiment. Botassart est un village en cul de sac, avec vue sur le Tombeau du Géant, un site naturel, une des sept merveilles de Belgique. La villa Saint-Servais elle-même se trouve également dans une rue en cul de sac. Il n’y a pas de voiture, c’est un lieu calme et parfait. En hiver, le logement se fait dans les deux bâtiments mais en été, nous installons à l’extérieur des tentes confort (avec planchers, lits, éclairage électrique). A l’intérieur se trouvent les sanitaires, la cuisine, les réfectoires, des zones de jeux, des salles d’animation. Pour les animations extérieures, il y a un bois, un terrain de football, des kayaks et des VTT.

Thierry : La villa se trouve à six kilomètres du château de Bouillon qui est un lieu d’excursions et de visites. On se succède depuis des décennies pour adapter et agrandir le centre. En 1995, nous avons dédoublé le bâtiment : une nouvelle aile est venue agrandir l’établissement d’origine. Nous avons également rehaussé d’un étage supplémentaire l’ancien bâtiment. De l’ancienne structure, seuls les murs sont encore d’origine, tout a été retravaillé par les bénévoles pendant des décennies. Depuis 2000, il y a du personnel rémunéré pour animer des classes de découvertes sur place. Le centre de vacances est donc passé de première activité à seconde activité du lieu.

Maurice : Au niveau des aménagements, tout a été sécurisé et validé lors des contrôles.

Pouvez-vous nous présenter l’équipe ?

Christine : L’ASBL emploie quatre salariés : deux animateurs pour les activités de classes vertes pendant l’année, une hôtelière et une personne chargée de l’entretien. Tout le reste de l’équipe est bénévole. Nous sommes au moins quinze bénévoles, sans lesquels il ne serait pas possible de fonctionner ni de financer ces quatre emplois.

Thierry : Nous sommes un centre de vacances mais aussi un centre de classes de découvertes, qui fonctionne pendant les périodes scolaires. C’est grâce à l’équilibre entre ces deux activités que nous parvenons à dégager les montants nécessaires pour engager quatre personnes. Cinq camps sont organisés chaque été à Botassart. Parmi ceux-ci, deux sont organisés par Jeunesse et Santé qui a sa propre équipe d’animation. Dans ce cas, nous offrons uniquement l’infrastructure et l’intendance. Pour les trois autres camps que nous organisons nous-mêmes, il y a dix-neuf animateurs. Ce sont les anciens « animés » qui deviennent les animateurs, comme dans un mouvement de jeunesse.

Combien d’enfants accueillez-vous ? De quels âges ?

Thierry : Sur les trois camps dont nous avons la responsabilité, nous accueillons chaque année entre nonante-cinq et cent cinquante enfants. Dans le camp des plus petits (de sept à onze ans), ils sont entre quinze et vingt-cinq. Dans les camps des adolescents (de onze à seize ans), on accueille environ quarante-cinq jeunes. Notre capacité maximale par camp est de septante.

Quelles sont les activités proposées dans votre centre ?

Tous : Il y a des jeux de ville à Bouillon, du kayak, du VTT, du bricolage, de l’artisanat, du dessin, des grands jeux, des jeux de plaine, des veillées, des « hike », ils vont à la piscine et les années précédentes ils ont fait de l’accrobranche.

Christine : Lorsque nous procédons aux évaluations, les animateurs proposent des adaptations ou de nouvelles activités. Selon le thème choisi par les animateurs, ce sera plus sportif ou plus artistique, etc. Notre philosophie est de faire confiance et de permettre l’investissement de chacun, les choses peuvent changer et rien n’est acquis.

Thierry : Mais, dans la pratique, d’une année à l’autre, environ 75% des activités sont conservées. Les autres 25% varient selon la thématique développée : nous avons déjà eu par exemple un camp axé sur la magie, un autre sur la réalisation de petits films. Selon les décrets de l’ONE, nous devons également laisser le jeune exprimer ce qu’il souhaite faire. Les animateurs planifient des demi-journées plus libres au cours desquelles l’enfant a le choix entre plusieurs possibilités. Nous proposons également des animations religieuses et des moments de recueillement, qui sont ouverts à toutes les religions et les philosophies.

Christine : Il faut surtout se rendre compte que même si les activités proposées constituent la partie la plus visible, c’est ce que l’enfant en retire qui est le plus important. L’apprentissage de la vie en communauté passe aussi par le partage de la nourriture et des corvées, comme la vaisselle par exemple. Ils rentrent chez eux un peu différents.

Maurice : L’apprentissage de la nuit leur permet aussi de surmonter certaines peurs. Ils dorment sous tente, proches de la nature et des bruits, c’est différent de leurs habitudes à la maison. En l’absence des parents, ils doivent faire confiance aux animateurs qui sont là pour les rassurer. Tout cela n’est pas forcément dit, mais ces non-dits sont plus importants que les activités en elles-mêmes.

Quel type de relation instaurez-vous avec les enfants et les parents ?

Thierry : Aux yeux des enfants, le coordinateur apparaît comme une figure parentale, qui laisse faire les animateurs et intervient et rassure quand il y a un souci, par exemple en cas de maladie ou de blessure. Sa présence rassure les enfants et les animateurs.
Christine : Il n’y a parfois pas de relation directe entre nous et les parents. Les enfants arrivent au centre en car et sont rarement conduits par leurs parents. Nous sommes joignables par téléphone, notre mission consiste à les rassurer.
Maurice : Vis à vis d’un parent très angoissé par la séparation, nous devons dédramatiser la situation.

Pouvez-vous décrire votre rôle au quotidien dans le centre et vis-à-vis des animateurs ?

Christine : Maurice et moi sommes coordinateurs mais aussi cuistots. Nos journées sur place sont partagées entre ces deux fonctions. Nos équipes sont au top, nous avons la chance de devoir peu intervenir, sauf quand un enfant est très difficile. Notre présence apporte une garantie, même si nous sommes discrets. Nous sommes des piliers, ça les rassure. Nous fixons toute une série de détails avec eux dès le début, par exemple nous leur apprenons à entretenir de bonnes relations avec les gens du village. L’image que nous projetons fait partie de la philosophie de la maison : en cuisinant ou en effectuant des travaux alors que nous sommes les coordinateurs, nous nous mettons tous au service de l’autre. Tout comme les bénévoles qui offrent de leur temps de vacances pour venir donner un coup de main, faire la vaisselle, etc.

Thierry : Le coordinateur ne travaille pas à temps plein pendant le camp, mais il est présent à temps plein. Il s’occupe donc à d’autres choses. Dans mon cas, j’ai effectué des travaux de rénovation et de peinture. J’aide également les animateurs dans les tâches d’intendance : par exemple aller chercher les kayaks à l’arrivée. Le coordinateur est une des personnes de l’équipe qui assure une partie des tâches comme les autres, et qui, en plus, assure le rôle de coordinateur. Certains jours, le travail de coordinateur ne lui prend que cinq minutes, d’autres jours, une demi-journée en cas d’incident à gérer. Notre rôle est aussi de rappeler les règles et d’évaluer les animateurs. Quand tout se passe bien, le coordinateur intervient peu car nous avons des chefs de camps qui ont un rôle de « super » animateur.

Maurice : Les tâches en elles-mêmes peuvent être effectuées par plusieurs personnes différentes, le coordinateur est celui qui endosse la responsabilité. Il a pouvoir de signature et de décision finale. Il a le recul suffisant pour attirer l’attention des animateurs sur toute une série d’éléments concernant l’hygiène, la propreté, les comportements difficiles, les contraintes horaires et les conditions climatiques.

Quels sont vos rapports avec l’ONE ?

Thierry : Ils sont venus pour une visite de contrôle cette année, nous n’en avions plus eu depuis six ans. Nous avons aussi des contacts administratifs, nous devons constituer un dossier tous les trois ans pour obtenir la reconnaissance du centre. C’est un travail administratif non négligeable mais les personnes de l’ONE sont assez proactives et nous recontactent si le dossier ne parvient pas à temps ou s’il manque un document. Ils nous recontactent pour attirer notre attention, il ne s’agit pas d’une administration froide.

Avez-vous mis en place des partenariats avec d’autres acteurs de l’ATL (Accueil Temps Libre) ?

Thierry : Nous travaillons avec Jeunesse et Santé et nous avons aussi mis nos infrastructures à disposition pour des formations d’animateurs de scouts et d’animateurs de centres de vacances de la ville de Namur.

Maurice : Avec Jeunesse et Santé, il y a un véritable travail d’échange. Lors du camp des Petits Trappeurs, les animateurs de notre centre et les animateurs de Jeunesse et Santé collaborent et partagent les richesses de leurs formations différentes. Ils ont l’occasion de confronter leurs méthodes, plus formatées pour eux, plus créatives chez nous. Nous nous rendons également aux réunions CPAN (Classes de Plein Air et de Neige ASBL), on y constate d’ailleurs que les coordinateurs n’exercent pas forcément les mêmes fonctions d’une structure à une autre.

Quelle part prennent les tâches administratives dans votre travail ?

Thierry : Il y en a énormément. Tout le pouvoir organisateur contribue à faire évoluer le projet pédagogique et le règlement d’ordre intérieur pour les dossiers destinés à l’ONE. Nous assurons le suivi de l’infrastructure. Il faut réparer et investir, il y a des contraintes au niveau de la reconnaissance du centre par les autorités locales. Cela concerne la sécurité incendie, les attestations de conformité en matière de gaz, d’électricité et de détection d’incendie, de vérification des extincteurs, d’entretien du chauffage, des règles de l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire), etc. Nous devons contracter toute une série d’assurances : assurance responsabilité civile, assurances groupes pour tous les jeunes du camp, etc. Le travail administratif est assez lourd en soi, mais implique aussi de réaliser toute une série de travaux et d’aménagements en fonction des remarques que nous recevons. Dans le cas d’une structure comme la nôtre, où nous sommes à la fois coordinateurs et pouvoir organisateur, nous devons nous assurer nous-mêmes d’obtenir par la commune le permis d’exploiter le centre. Cela implique parfois de participer à des réunions regroupant tous les propriétaires d’infrastructures, organisées par le bourgmestre de Bouillon. Avant le camp, nous envoyons tous les documents nécessaires aux parents : fiches médicales, informations à communiquer aux animateurs et inscriptions aux repas de début et de fin de camp. Nous devons ensuite nous assurer de les récupérer complétés. Il faut également vérifier les payements et gérer la comptabilité. Sur place, en cas d’accident, le travail administratif consiste à remplir un dossier reprenant le certificat médical, l’attestation d’accident et les formulaires de demande de remboursements des frais aux parents. Après chaque camp, nous envoyons les attestations de participation, permettant aux parents de recevoir un remboursement partiel de la part de leur employeur ou de leur mutuelle. L’ONE rendant obligatoire l’accueil de jeunes qui ne peuvent pas payer la totalité du camp, nous organisons des soupers et des collectes de dons permettant de constituer une caisse de solidarité. Cela suppose aussi un travail préalable auprès des familles qui peuvent en bénéficier, c’est également le coordinateur qui se charge d’aller les rencontrer.

Quels sont les aspects positifs et négatifs de ce travail ?

Christine : Les aspects positifs sont les relations humaines avant tout. En travaillant avec des bénévoles, nous ne rencontrons que des personnes motivées, enrichissantes. C’est un vrai bonheur.

Maurice : L’aspect négatif ce sont les heures : le téléphone peut sonner tout le temps. Pendant le camp, on travaille de l’aube jusqu’au bout de la nuit.

Christine : Et le travail administratif se fait en plus de ces heures là. Nous avons mis en place un système de permanence deux matinées par semaine, de 9h00 à 13h30, pour les classes vertes et les camps de vacances.

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

Christine : Faculté d’adaptation à tout, contact humain, organisation, capacité à faire appel aux autres, bonne gestion (en « bon père de famille ») et passion.

Maurice : Esprit d’ouverture, tolérance, capacité de délégation, être capable d’investir les autres en responsabilité, de leur faire confiance, de détecter et utiliser les talents. Il faut aussi être passionné par l’éducatif.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ?

Christine : Je lui suggèrerai de venir voir comment ça se passe : venir un été dans le centre, observer le travail administratif aussi. Je lui conseillerai d’aller visiter plusieurs endroits et de se préparer psychologiquement.

Maurice : Il faut aussi s’imprégner de la philosophie du centre. Il faut se rendre compte que ce n’est pas un simple travail administratif, c’est d’abord un travail d’ouverture. S’il n’est pas prêt à donner de son temps, à être ouvert, à rencontrer des gens et à prendre des responsabilités, qu’il oublie ce métier. Ce n’est pas non plus à priori une profession très rémunératrice. Je lui conseillerai aussi de se remettre en question en permanence, vis-à-vis de ce qu’il est et de ce qu’il fait. Chaque situation apporte de la nouveauté.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Thierry : Nous avons très peu de jeunes qui sont intéressés par la formation pour devenir coordinateur car après leur formation d’animateur, ils atteignent l’âge d’entrer dans des études ou dans la vie active. Ils n’ont plus le temps de s’investir bénévolement de la même façon. Former des jeunes à devenir coordinateur, c’est un risque immense comme nous n’avons pas les moyens de les rémunérer. Les subsides de l’ONE ne représentent qu’une portion infime de nos rentrées, environ 3%. Avec les exigences de formation des coordinateurs, le risque est grand qu’à l’avenir seuls les pouvoirs publics (villes, provinces, etc.) soient en mesure d’organiser des centres de vacances avec du personnel rémunéré. Pour les petites structures et les mouvements de jeunesse, c’est beaucoup plus compliqué et on ne peut pas garantir que d’ici quelques années nous aurons encore la possibilité d’avoir des coordinateurs et donc la reconnaissance de l’ONE.

http://www.saint-servais-botassart.be/

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.