Maurice Pestiaux, Arbitre

Interview réalisée en décembre 2008

Maurice Pestiaux a officié comme arbitre de football durant 25 ans. Aujourd’hui, il est vice-président de la Commission provinciale d’arbitrage de Namur. Il donne aussi cours aux candidats arbitres.

Combien d’arbitres trouve-t-on dans la province de Namur ?

Trois cents arbitres sont repris au sein de la Commission Provinciale d’Arbitrage. Ce qui est insuffisant. On estime qu’il nous en manque une petite centaine. Certaines rencontres dans les divisions inférieures doivent malheureusement se dérouler sans arbitre officiel. Cette carence en personnel arbitral est généralisée dans notre pays.

Comment expliquez-vous le fait que l’arbitrage n’attire que peu de candidats ?

Je l’explique par le climat détestable qui règne parfois autour du terrain. Il n’est pas facile d’être arbitre de nos jours. Les entraîneurs, joueurs mais aussi et surtout les parents peuvent créer un environnement négatif. Mais heureusement, les faits graves sont rarissimes. Ce sont le plus souvent des violences verbales dont les arbitres sont l’objet. Celles-ci peuvent toutefois entraîner une certaine exaspération voire une démotivation.

Que pensez-vous qu’il faudrait faire pour créer un climat plus serein autour de l’arbitrage ?

En France, les arbitres sont assimilés à des assermentés de l’ordre, au même titre qu’un policier. Ce serait une bonne chose qu’ils le deviennent aussi en Belgique.

Pouvez-vous maintenant nous parler de la formation que l’on doit suivre pour devenir arbitre de football ?

Toute personne âgée d’au moins 15 ans et affiliée à un club de l’Union Belge peut entamer la formation en tant que stagiaire. Elle suit un cours théorique d’une dizaine d’heures dans un centre de formation et effectue des stages pratiques dans les catégories de jeunes. Des examens écrits sont prévus pour voir si elle maîtrise totalement les différents aspects du jeu. Par la suite, en fonction de son évolution, elle franchira les étapes qui la mèneront jusqu’à la catégorie supérieure qui permet d’officier dans toutes les divisions provinciales. Puis, si elle le souhaite et si ses rapports sont bons, elle peut aller plus haut encore. Actuellement, il y a en Belgique sept arbitres internationaux.

A quelles conditions faut-il répondre pour devenir arbitre ?

Outre l’âge et l’affiliation à un club repris dans l’Union Belge, il suffit simplement d’aimer le football, d’aimer prendre des responsabilités et de disposer de temps libre durant les week-ends de la saison.

Y a-t-il un âge limite ?

Pour officier en 1ère et en 2e provinciales, il ne faut pas avoir plus de 50 ans. Au-delà de 60 ans, on ne peut plus arbitrer que des matchs de jeunes.

Peut-on être à la fois joueur et arbitre ?

Oui bien évidemment mais on ne peut pas arbitrer une rencontre du club dans lequel on est affilié.

L’arbitrage peut se conjuguer au féminin ?

Oui. Mais rares sont les candidates. On souhaiterait qu’il y en ait plus.

Comment l’arbitre est-il mis au courant du match et du lieu où il doit se rendre ?

Une dizaine de jours avant le match, il reçoit un e-mail ou une lettre l’informant à ce sujet. Il peut aussi consulter le site Internet de l’Union Belge (www.footbel.be) ou celui de la commission de sa province pour les éventuelles modifications de dernière minute. Les demandes de congés sont à introduire au secrétariat provincial trois semaines à l’avance.

Que retrouve-t-on dans le sac de l’arbitre ?

Son équipement sportif, de quoi écrire, ses cartes, des pièces de monnaie, son sifflet, son nécessaire de toilette, son rapport d’arbitre et la liste avec ses frais.

Concrètement, que fait-il avant le match ?

Il vérifie l’état du terrain et de la zone neutre, il contrôle la feuille du match, les pièces d’identité, les équipements, les ballons et le matériel de secours. S’il constate que le terrain n’est pas conforme ou pas en état, il impose la remise de la rencontre et rédige un rapport à l’intention de la Commission provinciale.

Peut-on vivre du métier d’arbitre ?

Pas dans les divisions inférieures en tout cas. Un stagiaire touche 17 euros par rencontre. Au niveau provincial, le défraiement ne peut de toutes façons pas excéder 37,5 euros. L’arbitre voit toutefois ses frais de déplacement remboursés. En promotion, un arbitre touchera 50 euros par rencontre. En 3e division nationale, 72,5 euros. La somme est ensuite beaucoup plus importante en D2 puisqu’elle passe à 250 euros le week-end et 300 en semaine. Elle est de 900 euros par match au plus haut échelon national. Depuis le 1er juillet 2008, les arbitres de D1 et D2 perçoivent une rémunération annuelle fixe de 8750 euros. Une très petite partie est payée par le club visité, le reste par l’Union Belge et la Ligue Pro.

Outre le salaire annuel fixe, il y a eu récemment une deuxième grosse avancée : les arbitres peuvent dorénavant éviter le cumul fiscal avec les gains de leur métier. Les piges arbitrales ne sont plus taxées qu’à 33% au lieu de 45-50 la saison dernière encore puisqu’elles se cumulaient à leur salaire « dans le civil ». Il faut rappeler que la plupart des arbitres, même ceux qui officient en D1, ont un autre métier et pratiquent l’arbitragedans une sorte d’activité complémentaire.

(NDLA : depuis cette interview, les arbitres de football de D1 et D2 ainsi que leurs assistants ont été augmentés. Ainsi, les arbitres de D2 passent de 250 ou 300 à 400 euros. Un arbitre de D1 touchera, selon sa catégorie, entre 900 et 1500 euros bruts par match et leurs juges de ligne entre 450 et 550 euros. Pour information, un arbitre qui officie en Champions League gagne 4500 euros par rencontre à partir de la phase de poules).

Le métier recèle-t-il un caractère administratif ?

Lors des cours théoriques, on apprend au candidat à remplir la feuille de match. Sur cette feuille sont reprises toutes les données de la rencontre : les noms des joueurs, des entraîneurs, les buts, les cartons … Après la rencontre, il doit encore signer la feuille et la remettre au club hôte qui la transmet par la suite au Comité provincial. Par ailleurs, l’arbitre doit remettre aux autorités compétentes un rapport reprenant les informations relatives à toute mesure disciplinaire qu’il a prise à l’encontre de joueurs et/ou d’officiels ainsi que tout autre incident survenu avant, pendant ou après le match.

Pouvez-vous nous citer quelques éléments que l’on peut retrouver dans ce rapport ?

Les fautes grossières des joueurs, les coups, les injures, les comportements antisportifs, l’identité de la victime, les conséquences, l’endroit où les faits se sont déroulés…

Quelles conditions faut-il remplir pour pouvoir, comme vous, assurer la formation des arbitres ?

Il faut avoir 22 ans, avoir un certain passé en tant qu’arbitre et avoir été choisi par le Bureau provincial et par son président.

Que diriez-vous pour convaincre quelqu’un de devenir arbitre ?

L’arbitrage, c’est une formidable école de la vie. On prend des décisions seul, on apprend à se faire respecter. On apprend aussi à s’organiser. Et puis, il permet des contacts avec tous les milieux. L’arbitre perçoit un défraiement en fonction de la division dans laquelle il officie. Même s’il peut paraître modeste, ce n’est pas négligeable. De même, ses frais de déplacement sont remboursés. Il reçoit l’écusson officiel des arbitres de la Fédération ainsi qu’une carte d'arbitre officielle et personnalisée qui donne droit à assister gratuitement à toutes les rencontres organisées par la Fédération sur tous les terrains de Belgique ainsi qu'aux matches internationaux des clubs belges et de l'équipe nationale. Ce sont, selon moi, des fameux adjuvants.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.