Anna, Médiatrice interculturelle

Interview réalisée en janvier 2008

Anna, médiatrice interculturelle qui travaille au sein du Service des Affaires sociales de la Ville de Namur depuis sept ans.

Comment définiriez-vous votre métier ? Quelles sont vos tâches ?

La médiation interculturelle se définit comme étant la facilitation de la communication entre deux personnes, entre une personne et un groupe et une institution ou un service. Elle tient compte des différences de valeurs, de normes et de langues. Elle part de l'hypothèse que ces différences ne peuvent être niées mais qu'au contraire elles doivent être prises en compte pour une meilleure communication.
Elle est centrée sur une population et non sur une matière spécifique. Elle suppose une relation triangulaire entre la personne ou le groupe, le médiateur et l'institution. Le médiateur interculturel se situe à égale distance des deux autres parties. Cette position lui permet d'être un carrefour à la fois des interpellations des individus envers les institutions et des institutions envers les individus.
La médiation interculturelle, outre son rôle de facilitation, d'information et de traduction peut, par cette mise en lien réciproque des valeurs des deux parties, contribuer à la modification des structures des institutions et valoriser les valeurs des « individus » considérés comme groupe minoritaire.
La médiation interculturelle intervient au niveau individuel (suivi et accompagnement individuel), collectif (action collective, impulsion de projet,...) et général (observation, suggestion/recommandation aux services et institutions compétentes).

Quelles sont vos tâches quotidiennes ?

- Améliorer la communication entre les personnes et les professionnels ;
- Informer les professionnels sur les caractéristiques culturelles des personnes ;
- Informer les personnes sur les caractéristiques générales du pays d'accueil ;
- Assurer un travail d'interprétariat.

Chaque médiateur a-t-il sa spécificité ?

La spécificité de la médiation interculturelle repose sur son public qui est la population étrangère où d'origine étrangère installée sur le territoire de Namur.

Quelles langues parlez-vous ? Lesquelles utilisez-vous dans le cadre de votre métier ?

Je parle et utilise l'arabe, l'albanais, le turc et le serbo-croate.

Quel a été votre parcours pour devenir médiatrice ?

J'ai suivi une formation spécifique à l'approche de la médiation interculturelle avec certificat de réussite obtenu auprès de la Communauté française. Par ailleurs, les médiateurs interculturels ont chacun une formation de base complémentaire à la fonction exercée. Dans notre service, deux médiatrices interculturelles sont éducatrices de formation et un médiateur a une formation de juriste.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de problèmes que vous avez dû traiter ?

Nous recevons des demandes d'accompagnement émanant de la population et de services et d'institutions.
La population nous interpelle sur sa non-maîtrise du français, sa méconnaissance des institutions, la complexité et la méconnaissance des procédures, sa difficulté à comprendre un document écrit à caractère officiel ou encore sur ses difficultés de communication qu'elle rencontre avec les institutions.
Les services et institutions font appel à nous lorsque l'usager comprend peu ou pas le français (impossibilité d'instaurer une communication), quand ils veulent s'assurer que les explications sont bien comprises par la personne ou inversement (bien qu'il y ait communication, l'importance ou le sens de la réponse doit être absolument comprise par la personne) ou quand ils perçoivent une difficulté qui pourrait être générée par une incompréhension d'ordre culturelle. Nous intervenons aussi dans le domaine scolaire lorsqu'hn établissement invoque une absence de dialogue avec des parents.
Le service est basé au Service des Affaires sociales ce qui apporte un élément de précision quant à son identification (finalité sociale). Elle est intégrée à la cellule globale de médiation. Le fait d'être basé aux Affaires sociales permet aussi une transversalité au minimum au sein de l'administration communale.

Comment devient-on médiateur interculturel ?

À l'initiative des Centres Régionaux d'intégration, de plus en plus de formations qualifiantes sont dispensées dans différentes écoles en Wallonie et à Bruxelles. Par exemple, pour la Province de Namur, des formations sont dispensées au Centre d'Action Interculturelle à Saint-Servais

Quelles qualités doit avoir un médiateur interculturel ?

Le médiateur interculturel est :

- une tierce personne ;
- une tierce personne impartiale ;
- une tierce personne facilitatrice.

L'objectif ultime pour les médiateurs interculturels est de permettre aux personnes d'investir ou de réinvestir les lieux de socialisation et ce, par un travail d'accompagnement, d'orientation, d'information, d'explication. Concrètement, ils assurent à ces personnes la réponse la plus adaptée au regard de leur statut et du droit qui est consacré. Leur but est aussi de permettre aux professionnels d'assurer une prise en charge complète, objective et adaptée aux demandes.
En aucun cas la médiation interculturelle ne prend en charge la pleine gestion d'une demande. Son rôle est aussi de créer (ou recréer) le lien entre le demandeur et le destinataire de la demande, tout en facilitant la communication entre ceux-ci. Le médiateur n'est donc pas là pour se substituer à une structure existante, sa présence et son implication contribue à renforcer la compétence de celle-ci. Tout au plus, il réalisera une cogestion avec le service compétent.
Outre les qualités requises de tout médiateur (position de tiers dans une relation triangulaire, indépendance, neutralité, absence de pouvoir), le médiateur interculturel devra faire preuve d'une capacité d'écoute et d'empathie, de disponibilité, et enfin de connaissances sociolinguistiques et culturelles (des cultures de la société d'accueil et de la personne issue de l'immigration).

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui serait intéressé par exercer votre métier ?

Il devra faire preuve d'une « compétence interculturelle ». Cette compétence repose sur trois démarches :

  • la décentration : capacité à réfléchir sur ses propres référents culturels, ce qui doit permettre d'aller vers l'autre ;
  • la pénétration du système de référents de l'Autre : volonté de comprendre ce qui « donne sens et valeur à l'autre, à travers sa culture, sa migration, son exil, son acculturation » ;
  • la médiation/négociation en elles-mêmes.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.