Michaël Dragone, Dispatcheur

Interview réalisée en janvier 2007

Fluxys constitue en Belgique le gestionnaire indépendant de l’infrastructure de transport, de transit et de stockage de gaz naturel. Depuis août 2005, Michaël Dragone, 27 ans, y occupe la fonction de nomination agent au sein du dispatching.

Peut-on en savoir plus sur votre formation, sur votre parcours professionnel ?

En secondaire, j’ai suivi une formation en sciences-maths-langues à l’Institut Sainte-Marie, à La Louvière. Puis, j’ai entamé des études d’informaticien mais je me suis rendu compte que ce n’était pas ma voie. Il fallait plutôt que je touche l’outil informatique sans être informaticien. Je me suis tourné vers la logistique et je me suis inscrit à l’ISFEC (Haute Ecole Roi Baudouin). J’ai trouvé une école où je n’étais pas qu’un numéro, il y avait de bons contacts entre profs et élèves ainsi qu’un professeur de logistique (M. Puttaert) qui était passionné et qui transmettait sa passion. Il m’a fait aimer le monde de la logistique. Les études sont assez variées. Cela touche aux modes de transport (ferroviaire, routier, aérien, maritime) ainsi qu’aux diverses orientations de la logistique comme le conditionnement, l’entreposage et l’import-export. Par ailleurs, la formation en langues est assez poussée car cela reste pour moi un point majeur de la logistique. Après ces études, j’ai effectué un remplacement sur mon lieu de stage, la confiserie Lamy Lutti à Bois-d’Haine. Je m’y occupais de la planification de la production. Entre-temps, Fluxys m’a contacté et j’ai répondu assez rapidement étant donné que cette société est assez connue. Elle est née d’une scission entre Distrigaz (commercial) et Fluxys (gestionnaire de réseau). On est aujourd’hui l’unique propriétaire de toutes les conduites souterraines du territoire belge. Je me suis renseigné sur leurs activités. J’ai débuté en aout 2005. A l’époque, Fluxys était pour moi synonyme de « catastrophe de Ghislenghien ». Or, c’est une société en pleine expansion, pourvue d’un dispatching technique. Vu que j’étais à la base informaticien, l’aspect purement informatique d’un dispatching m’intéressait beaucoup et j’ai postulé. La demande était exigeante au niveau des langues (anglais et néerlandais) mais j’ai tenté ma chance et, au bout de trois interviews et différents tests psychotechniques, j’ai été engagé à titre de nomination agent avec un contrat à durée déterminée (CDD) de 2 ans.

Que recouvre la fonction de « Nomination Agent » ?

Cela consiste à être le relais, le lien entre la partie commerciale et la partie technique de la société. Au dispatching, il y a quatre postes : le nomination agent, le gazflow ingeneer, le grid controller ainsi que le dispatching officer qui chapeaute tout. C’est une chaîne. Je dois vérifier si les valeurs (demandes d’acheminement de gaz) que le client (shipper) m’envoie sur le réseau belge correspondent avec nos possibilités d’acheminement. Dans la chaine logistique, je suis le point de départ puisque je reçois la demande du client avant que mes collègues ne s’occupent de la partie technique au niveau des vannes. Sur le territoire belge, il y a plus de 4000 km de conduites et Fluxys doit amener le gaz à toutes les intercommunales qui vont alors le dispatcher vers les domiciles des particuliers. Par ailleurs, toutes les grosses entreprises belges disposent de leurs propres conduites, reliées directement au réseau Fluxys. Le pilotage des vannes, suivant les données chiffrées que j’ai reçues, est ensuite effectué par mes collègues. Ma fonction est assez importante : en effet, je dois transmettre les bonnes infos puisque je suis au point de départ de la chaine. Toute la journée, je reçois de nouvelles demandes d’acheminement et mon rôle est de chapeauter tout cela. Il y a des règles précises : chaque shipper a le droit de nominer (faire une nouvelle demande) dans une règle bien précise de « full hour +2 ». Cela veut dire que, par exemple, s’il est 10h30, leclient ne pourra nous faire une nouvelle demande qu’à partir de 13h00. 

Donc, vous n’êtes pas seulement dispatcheur ?

Ma fonction se retrouve dans quatre métiers: responsable logistique (car j’achemine le gaz au départ d’un point A vers un point B) mais aussi traffic manager (car on gère tout le réseau belge même si mes collègues gèrent surtout les ouvertures et fermetures), responsable des approvisionnements (une entreprise X a besoin d’une quantité de gaz Y. Elle va faire la demande à son shipper. Celui-ci va m’envoyer les données chiffrées qu’il a reçues de l’entreprise X et je vérifie si cela correspond à ce qui est disponible) et enfin responsable de gestion de la chaîne logistique (car je reçois les données et mes collègues vont piloter les vannes).

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Être dispatcheur, c’est avant tout un travail d’équipe. C’est un point fort, il faut avoir l’esprit d’équipe, le dynamisme, la proactivité, toujours se dépasser, faire de son mieux afin de veiller au bon déroulement de la chaîne logistique et surtout savoir gérer son stress. La fonction du dispatcheur est de veiller au bon fonctionnement des demandes des clients car les erreurs peuvent donner lieu à des pénalités, par exemple lorsqu’un client se trompe dans les données qu’il nous communique et se retrouve au-dessus de ses capacités dans notre réseau. Or, le but de Fluxys n’est pas de se faire de l’argent avec les pénalités! Il faut aussi aimer les chiffres, avoir une bonne communication vis-à-vis des clients et de ses collègues ainsi que la connaissance des langues. Je prends contact avec l’Europe entière: les clients sont belges, français, italiens, allemands, norvégiens, hollandais et surtout anglais. Il faut pouvoir suivre des formations car il y a un laps de temps nécessaire avant d’être en mesure d’exercer la fonction.Pour le nomination agent, cette formation dure six mois.

Un diplôme particulier est-il nécessaire pour cette profession ?

Pour la fonction de nomination agent, il est nécessaire d’être gradué en transport et logistique d’entreprise mais un diplôme de type commercialpeut aussi faire l’affaire.

Quels sont les avantages et inconvénients de cette profession ?

Côté avantages, il y a l’évolution dans la fonction, on ne fait jamais deux fois la même chose. Il y a aussi le contact humain avec les collègues directs. Au total, on est quatre équipes de sept et on forme une petite famille. C’est l’aspect social du métier. Et puis, lorsqu’on contacte les différents clients, il s’agit souvent des mêmes personnes. On discute ensemble, des liens se nouent et on a l’impression d’avoir des amis dans toute l’Europe. C’est une fonction valorisante et propre à Fluxys car, en Belgique, on est l’unique gestionnaire du réseau. Fluxys fait partie du groupe Suez-Gaz de France, qui est le 3e groupe mondial. On suit des formations en permanence. Au bout de 3 ans, j’ai constaté une réelle évolution au niveau de ma connaissance des langues, surtout l’anglais et le néerlandais où je me débrouille très bien. D’autre part, c’est un travail à pauses, en full continu. On travaille les week-ends, les jours fériés et les nuits. C’est à la fois un avantage car on sait gérer sa vie sociale assez facilement mais aussi un inconvénient car c’est usant. Il faut en permanence être attentif et pouvoir réagir au quart de tour en cas de problèmeet prendre les décisions adéquates.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Le stress! Il faut être concentré, on travaille tout le temps avec des chiffres. Si on se trompe, il peut y avoir certaines conséquences. La responsabilité peut parfois être dure à supporter mais il faut y mettre du sien et participer aux formations organisées régulièrement afin de se remettre àjour.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

C’est le contact humain avant tout ainsi que le fait que c’est chaque jour différent même si la base est la même. Il n’y a pas de routine qui peut s’installer dans la fonction. Avoir un boulot à responsabilités permet dese sentir valorisé, de même que le fait d’avoir appris à parler plusieurs langues. 

De quelle manière la profession de dispatcheur a-t-elle évolué ?

On développe des outils informatiques « maison » qui nous facilitent la tâche au quotidien. Il s’agit d’une évolution constante vers l’informatisation et l’automatisation, ceci afin d’éviter les erreurs. Toutefois, on ne pourra jamais remplacer les hommes et leur faculté de communiquer pour prévenir les problèmes. C’est davantage la demande qui évolue : on a de plus en plus de clients donc le volume de travail augmente. C’est un secteur d’avenir, aucun doute là-dessus!

Quel conseil pourriez-vous donner à une personne qui se montrerait intéressée par ce métier ?

Il ne faut pas hésiter à se lancer dans ce métier. Au premier abord, cela peut paraître inaccessible, notamment le fait de jongler avec trois langues. Or, c’est en immersion linguistique que l'on apprend le mieux et que l'on évolue. Tous les jours, je me perfectionne, j’intègre de nouveaux mots en discutant avec mes collègues. Il faut aussi une bonne résistance, être capable de se maîtriser dans les moments de stress intenses et gérer sa vie de manière saine vu les horaires à pause. Enfin, la sociabilité est très importante, la communication, le fait de s’ouvrir aux autres : on ne travaille jamais seul dans un dispatching.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.