Michel Henri, Tatoueur

Interview réalisée en novembre 2010

Quel est votre parcours professionnel ?

Plus jeune, je dessinais beaucoup, remportant même des concours de dessin. Je suis autodidacte, j’ai commencé à maîtriser l’art du tatouage en me tatouant moi-même. En 1981, je me suis rendu aux Etats-Unis où j'ai découvert le monde du tatouage. En 1988, j’ai fait une rencontre décisive avec un maître tatoueur aux Pays-Bas. En le regardant, j'ai su que j’y consacrerais ma vie. L'art corporel est tellement plus excitant que la peinture ou le dessin ! De plus, la peau bouge, vit, est différente d'un individu à l'autre.

En tant qu'autodidacte, l'apprentissage est très long. Pendant 4 ans, j’ai testé différentes techniques. Mon but était d’acquérir le « feeling » avec la machine à tatouer. Bien que je possède la maîtrise du dessin, la technique du tatouage est bien différente. Un tatouage est une oeuvre d'art qui se crée au moment de la gravure. Il faut laisser parler son instinct et ajouter une note personnelle. Je travaille souvent à main levée, c'est pour moi, la liberté totale de m'exprimer. Je crée réellement et c'est magique. Depuis maintenant vingt ans je possède mon propre studio et je suis entouré de 5 collaborateurs.

Quelles sont les principales qualités d’un bon tatoueur ?

Savoir se remettre en question, avoir de l’humilité et de la persévérance. Avoir une bonne dextérité manuelle et une hygiène de vie rigoureuse. Toute mon équipe a reçu le vaccin contre l’hépatite afin de sécuriser notre clientèle et de se protéger. Pour être un bon tatoueur, il faut être sérieux et en mesure de fournir un travail artistique irréprochable, assurer au client le respect et, un suivi garanti du travail effectué. 

Existe-t-il aujourd’hui une règlementation en Belgique ?

Aujourd’hui le tatouage a gagné ses lettres de noblesse et n’est plus considéré comme un acte marginal. Il est apprécié de toutes les couches de la société. Il n’est plus synonyme de vulgarité. C’est pourquoi j’ai moi-même créé le premier label de sécurité et d’hygiène en Belgique. Ce label est délivré par l'Art Belgian Corporation of Tattoo and Piercing. Cela a permis de faire bouger certaines choses au niveau du Ministère de la Santé Publique. Depuis janvier 2006, une loi règlemente le métier (voir l’arrêté royal du 25 novembre 2005, réglementant les tatouages et les piercings). Elle stipule que chaque tatoueur doit d’avoir suivi une formation de 20 heures minimum sur les principes de base de l’hygiène. Elle porte sur les infections, la prévention des maladies transmissibles, sur les produits, le secourisme, la stérilisation du matériel et la gestion des déchets. Le tatoueur reçoit l’agrément du Ministère de la Santé. De plus, le matériel utilisé et la propreté des locaux doivent être conformes aux règles établies. Depuis, les inspecteurs effectuent des contrôles dans tous les studios recensés sur le territoire belge. Il est possible de suivre cette formation à l’IFAPME. Elle est dispensée par un cabinet de médecine du travail, en collaboration avec la Belgian Hygiene Quality League (BHQL). 

Quelles sont les mesures d’hygiène appliquées et proposées aux clients ?

Les mesures les plus strictes sont appliquées: avoir un autoclave qui est un récipient à fermeture hermétique conçu pour réaliser la stérilisation du matériel par la vapeur. Travailler avec des aiguilles à usage unique et toujours avec des gants.

Nous conseillons aux gens de laver leur tatouage deux fois par jour avec du savon doux au PH neutre et de l’eau froide et de ne pas aller à la piscine, au solarium et/ou au soleil pendant une quinzaine de jours afin de favoriser une bonne cicatrisation. Je revois mes clients environ 6 semaines après la finalisation du tatouage. 

Formez-vous des jeunes ?

J’ai énormément de jeunes qui viennent me rencontrer pour apprendre ce métier. Il est très rare que j’en prenne un sous mon aile à moins d’avoir besoin d’un collaborateur car je ne suis pas une école. Je peux rencontrer au minimum une soixantaine de jeunes diplômés, soit des Beaux-arts, soit de St-Luc. Suite à cela, je sélectionne la personne. Ce que je recherche, c’est d’abord l’éducation, le coup de crayon du jeune artiste, la persévérance, l’humilité et son feeling avec la machine à tatouer et avec la clientèle. 

Quand refusez-vous de tatouer ?

Je vais refuser de tatouer sur le visage, les mains et le sexe, je refuse aussi tout ce qui est à connotation extrémiste. Je tatoo uniquement les mineurs âgés d’au moins 16 ans s’ils sont accompagnés d’un parent. Je discute beaucoup avec eux de l’impact et du caractère permanent de l’acte. Mes employés respectent cette règle. Dans certains cas médicaux particuliers, je demande une attestation du médecin traitant ou d’un spécialiste (par ex : hémophilie, diminution immunitaire, allergie, affection cutanée, diabète…). Je refuse aussi de tatouer les personnes qui sont sous l’effet de l’alcool, de drogues ou qui ne sont pas en possession de leurs capacités de décision. 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se faire tatouer ?

Bien réfléchir, venir au studio et parler avec le tatoueur avant de prendre rendez-vous. Certains viennent sur un coup de cœur et là, il ne faut pas casser la magie. Tout est une question de feeling avec la clientèle. En aucun cas nous n'allons inciter une personne à se faire tatouer. 

Quels sont les principaux avantages et inconvénients ?

Il y a beaucoup d’avantages à pratiquer ce métier. D'abord, c’est une passion et avoir la chance de pratiquer sa passion c’est tout un avantage. Ensuite, il y a la satisfaction de la clientèle qui apprécie notre œuvre. C’est un métier où nos talents artistiques s’expriment et l’on fait rarement la même chose. 

Selon moi, le seul inconvénient que je vois et il est de taille, c’est que notre profession n’est pas reconnue par l’état belge.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.