Michel Lequeu,
Ingénieur de production

Interview réalisée en juin 2009

La société Floridienne Chimie, fondée en 1898, tient son nom de sa vocation première : l’exploitation de gisements de phosphate dans la région de Liège et en… Floride ! Située à Ath, elle s’est forgée une réputation internationale dans la production de sels de métaux non ferreux et de stabilisant pour le PVC. Nous y avons rencontré Michel Lequeu, qui occupe le poste de responsable de production.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J’ai un diplôme d’ingénieur civil métallurgiste obtenu à la Faculté Polytechnique de Mons, une option qui a ensuite pris l’appellation d’ingénieur civil en chimie et en sciences des matériaux. J’ai enchaîné avec une licence spéciale en gestion en horaire décalé à l’Institut Solvay. J’ai accompli toute ma carrière (13 ans) dans le secteur de la sidérurgie où j’ai été responsable de production durant cinq années. J’occupe la même fonction depuis mars 2008 dans le secteur de la chimie au sein de cette entreprise.

Comment pourrait-on décrire votre profession ?

L’ingénieur de production a un rôle de facilitateur, il met de l’huile dans les rouages entre les différents départements de l’usine. Il n’est spécialisé dans aucune matière, il doit avoir une vue globale du système de production et des points critiques. Son rôle est de déterminer les priorités (maintenance, personnel…) pour maximiser les volumes de production (essentiel pour minimiser les coûts) tout en respectant les demandes des clients (qualité, volume et… délai).
Ce métier demande beaucoup de tact, de sens des relations humaines car, en production, on gère un personnel souvent important et provenant d’horizons très variés. Au sein de l’usine, l’ingénieur de production est en quelque sorte le point de liaison entre les différents départements. Il est celui qui doit le mieux connaître les forces et faiblesses de son outil. A ce titre, il est aussi consulté dans le cadre des investissements et des développements afin de les adapter et les intégrer à l’usine existante.

Quelles sont vos tâches principales ?

Ma journée débute par une réunion de coordination « production ». L’usine tourne 24h/24. Donc, le matin, je découvre si tout s’est bien passé la veille. Je préside la réunion qui coordonne collégialement les activités (interventions, réparations...) et détermine la marche à suivre. Il est impossible d’avoir une vue globale de ma journée de travail. Mon planning est purement théorique. Il est rare qu’il soit respecté. En effet, il y a beaucoup d’aléas qui peuvent survenir au cours d’une journée.

Quelles qualités faut-il réunir pour exercer cette profession ?

En premier lieu, l’empathie. Je dois être capable de discuter avec toute la ligne hiérarchique de l’usine. Une partie importante du temps consiste à préserver un climat social correct mais aussi une certaine discipline et organisation. Il est également important d’avoir une vue globale de l’usine, fixer les priorités tout en écartant ce qui est secondaire. N’oublions pas qu’il s’agit de budgets importants. La souplesse est aussi une qualité primordiale. Comme je l’ai dit, la journée peut connaître de nombreux bouleversements. L’ingénieur a un but à atteindre, un problème à résoudre mais il est en quelque sorte un généraliste qui consulte des spécialistes (contremaître) pour trouver des solutions. Des connaissances de base en informatique sont toujours utiles (Excel, Word, Access) ainsi que la maîtrise de l’anglais pour les contacts avec les fournisseurs.

Quels sont ses avantages et inconvénients ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

L’ingénieur de production est au cœur de l’usine et peut donner son avis sur de nombreux aspects. L’inconvénient, c’est qu’on représente l’aspect final du système. Quand la production va mal, tout va mal ! Par ailleurs, les horaires sont flexibles. On n’est pas souvent rappelé mais on sait qu’on est rappelable et il est difficile de se déconnecter totalement de l’entreprise. Une autre caractéristique réside dans le fait qu’il est préférable d’habiter dans un périmètre proche de l’usine afin d’être présent rapidement en cas de problème.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

J’ai exercé ce métier tant dans la sidérurgie que dans la chimie et c’est une fonction qui est relativement bien considérée, y compris au niveau salarial. De plus, c’est fort diversifié et cela induit beaucoup de contacts humains. La fonction d’ingénieur de production est en quelque sorte à la croisée des chemins étant donné qu’on a une vue globale de l’entreprise.

Cette profession a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

L’information circule beaucoup plus vite depuis l’existence des messageries électroniques. En revanche, celle-ci est plus décousue. Les mails se limitent à quelques lignes et diffusés à grande échelle donc je perds beaucoup de temps à trier des informations qui ne me concernent pas directement. Les techniques changent aussi mais, à travers les âges, elles ont toujours changé.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune intéressé par ce métier ?

La formation d’ingénieur constitue la filière classique pour parvenir à la fonction de responsable de production. Il faut être disponible et apprécier les contacts humains. Il faut faire tourner au mieux les outils mis à notre disposition. Il ne sert à rien d’être frustré parce qu’on n’a pas une machine « dernier cri ». La plupart de nos machines ont en effet une durée de vie est assez longue. Enfin, la souplesse est primordiale, aussi bien dans la façon d’aborder le personnel que de gérer sa journée de travail. Mon rôle est comparable à celui d’un entraîneur de foot : on gère un groupe dans le but d’en tirer le meilleur résultat.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.