Michel Servais, Acupuncteur

Interview réalisée en décembre 2013

Michel Servais est acupuncteur, aromathérapeute, formateur et co-fondateur de l’Ecole européenne de santé énergétique Scinergia.


Comment êtes-vous arrivé à l’acupuncture ?

C’est un chemin très long. J’ai fait des études de kinésithérapie, à l’ULB, suivies de formations. L’ostéopathie par exemple. Mais je n’adhérais pas vraiment à la philosophie de l’ostéopathie. A l’époque, il s’agissait beaucoup de « croquer ». Parmi mes patients, j’avais une dame assez incroyable. Elle avait à peu près 80 ans et se soignait en homéopathie, en acupuncture, des traitements de la sorte. Elle m’a parlé de son neveu acupuncteur. A la base, il était aussi kinésithérapeute. Elle m’a donc appris qu’on pouvait exercer l’acupuncture en tant que non médecin, que les études s’effectuaient en Belgique et les examens en Chine. 

Dans un premier temps, je ne croyais pas à l’acupuncture. Quand on a étudié à l’ULB, on est relativement incrédule. On ne doit reconnaître que ce qui est expliqué de façon scientifique. Mais j’ai exploré l’acupuncture. Au premier cours, j’étais sidéré. Nous avons essayé l’acupuncture sur nous-mêmes. Nous avons constaté les sensations ressenties : les bras très légers ou très lourds. J’ai trouvé cela étonnant. J’ai suivi le cursus complet de cinq ans d’acupuncture comprenant deux stages en Chine. En Chine, nous avons piqué énormément. Pour moi, outre l’acupuncture en soi, cela a été une transformation incroyable. Nous étions dans un monde qui fonctionnait vraiment bien sans être tout à fait expliqué de façon scientifique. 

Actuellement, de nombreux médecins traditionnels viennent en Europe pour expliquer ce qu’est la médecine traditionnelle chinoise mais à l’époque ce n’était pas facile et pas bien compris. Cela a transformé ma façon de voir le monde. C’est très agréable d’apprendre autre chose que ce qu’on nous a enseigné au point de vue cartésianisme, science, etc., de découvrir que d’autres choses peuvent se développer. 

C’est donc un grand chemin que celui menant à ma pratique de l’acupuncture.

Jusqu’en Chine !

Oui, jusqu’en Chine. C’était fabuleux. On ne peut pas imaginer les hôpitaux chinois où on pratique l’acupuncture. Il y a de grands couloirs bordés de petites pièces dans lesquelles il y a quatre thérapeutes et quinze personnes qui sont installées sur des tables, des chaises, par terre, debout. Dans les couloirs, il y a des personnes assises des deux côtés avec des aiguilles piquées dans les genoux, les épaules, etc. C’est lunaire ! Vraiment extraordinaire. J’ai adoré. 

Comment avez-vous appris votre métier ?

Je crois que le fait d’avoir eu toutes les bases scientifiques de l’université (la physiologie, l’anatomie, l’histologie) donne un très bon bagage de départ. Même si c’est un bagage qu’il faut s’empresser d’oublier quand on parle d’acupuncture parce qu’on est dans un domaine énergétique. A l’heure actuelle, le domaine énergétique n’est pas encore la tasse de thé de tout le monde. On parle beaucoup de médecine et de traitements quantiques. On joue sur une énergie subtile qu’on n’a jamais pu voir. Mais on n’a jamais pu voir non plus l’électricité ! On est dans un système qui fonctionne vraiment bien et qu’on commence seulement à expliquer au point de vue scientifique. Je suis très content d’avoir eu cette base de sciences qui me permet de comprendre tout ce qu’on raconte actuellement. 

En médecine traditionnelle chinoise, on comprend  la totalité de l’individu. Le mot psychosomatique n’existe pas chez les Chinois. Si on a un problème émotionnel, on aura un problème physique et un problème physique répété peut mener à un problème émotionnel. Les traitements suivent la même logique. On ne parle pas de gastralgie mais de feu du foie qui monte et brûle l’estomac. Il y a d’autres termes très imagés, explicites, qui permettent de comprendre la physiologie et le fonctionnement de l’Homme. Il s’agit d’énergie. Le concept d’acupuncture est très subtil et le fait d’aller en Chine pour voir la façon de travailler est extraordinaire.

Comment se passe votre activité professionnelle au quotidien ?

Je travaille essentiellement dans mon cabinet sur rendez-vous privés. J’ai 31 ans de pratique : ma clientèle est assurée. Ma clientèle de kinésithérapie m’a suivi dans mes autres activités. J’ai gardé une activité de kinésithérapeute dans un hôpital de revalidation trois matinées par semaine. Mon « ancien métier » me plaît toujours car j’aime toucher, ce qu’on ne fait pas beaucoup en acupuncture. 

Comment se déroule une consultation ?

Il y a une anamnèse. D’abord, je questionne la personne sur la raison de sa venue. Je prends en compte tous les systèmes : circulatoire, digestif, hormonal, etc. J’interroge en questions ouvertes, pour ne pas avoir des « oui » ou « non », pour que cela sorte de la personne. Avec cela, on fait ce qu’on appelle un diagnostic différentiel. Ce n’est pas dire « Vous avez une grippe ». C’est dire « L’énergie de tel organe est plus faible, ce qui fait que tel autre vous attaque car vous êtes trop fatigué/vous avez trop d’énergie/etc. ». C’est un diagnostic basé sur ce que j’entends et sur ce que je vois. Par exemple, quelqu’un qui est pâle aura plutôt un problème de yin. Il y a le yin et le yang. C’est un système très important. On fait donc un diagnostic différentiel. Cela dure environ une demi-heure. Puis je choisis le traitement qui me paraît le plus approprié en fonction de la personne. Des personnes ne savent pas se mettre sur le ventre par exemple. La médecine traditionnelle chinoise nous permet de choisir : devant/derrière, haut/bas, gauche/droite. On peut gérer le système de la douleur, le système inflammatoire, le système de digestion, des insomnies, etc. L’OMS a mentionné 42 pathologies pour lesquelles l’acupuncture est le meilleur moyen de se soigner. Il y a notamment les sinusites, les gastralgies, les problèmes de règles, les céphalées. 

En acupuncture, des méridiens circulent. C’est comme un système électrique. L’acupuncteur est comme un électricien. Quand il y a un problème, les disjoncteurs sautent et il faut les remettre en route pour que cela fonctionne à nouveau. Si on ne choisit pas le bon disjoncteur, on a beau remettre le général, cela ne fonctionne pas. C’est le même principe. Cela ressemble à une enquête d’inspecteur. Après cela, on insère les aiguilles. (En Europe, je ne travaille pas beaucoup avec l’aiguille.) Quand on met une aiguille sur un point, on sent que cela irradie. On sent l’énergie qui circule. Les sensations peuvent être de l’ordre de l’endolorissement, de l’engourdissement, du picotement donc il y a plusieurs possibilités de travail. Il faut ressentir ce que les Chinois appellent l’énergie. À ce moment-là, vous savez que vous êtes au bon endroit, au bon moment et que vous allez faire un bon travail. 

La profession est-elle protégée ?

La profession n’est pas encore tout à fait protégée. Les acupuncteurs non médecins ne sont plus illégaux et sont représentés par des assurances. Il y a donc une certaine représentativité. Malgré tout, il y a toujours l’aspect médecin/non médecin qu’il faudra régler au point de vue légal. 

Généralement, le collège où j’ai étudié est bien coté par les médecins. On étudie en Chine. Nos professeurs viennent uniquement de Chine. Donc au point de vue thérapie, les médecins estiment les acupuncteurs qui y ont été formés. 

La loi stipule qu’un non médecin ne peut pas percer la peau. Il s’agit uniquement du phénomène de percer la peau. Mais un médecin n’est pas toujours près d’une infirmière. Il n’est pas non plus toujours près de l’acupuncteur. Au départ, je demandais souvent au médecin traitant qui m’envoyait quelqu’un si je pouvais percer. Il me donnait son accord. Je n’ai jamais eu aucun problème à ce point de vue. 

Nous ne sommes pas médecins. Nous pouvons rétablir les énergies mais il ne faut pas se dire que nous allons tout régler. Nous ne règlerons pas un cancer avec des aiguilles. Nous ne règlerons pas une pneumonie avec 40° de fièvre qui dure depuis trois jours. Il faut avoir la sagesse de ses soins et la sagesse du milieu. Comme disent les Chinois, il faut faire la voie du juste milieu. Quand nous sommes allés dans les hôpitaux chinois, nous avons vu qu’ils travaillaient l’ensemble de la personne. Nous avons eu l’occasion de travailler avec des personnes qui avaient le sida ou des cancers. Les thérapeutes d’acupuncture traitaient ces personnes pour pouvoir diminuer le traitement médicamenteux. En Chine, j’ai beaucoup aimé la symbiose des deux médecines, ce qu’on ne retrouve pas en Belgique où c’est la course au savoir de l’un contre l’ignorance de l’autre. Le patient subit ce dommage-là. C’est regrettable. A l’heure actuelle, un métier comme celui d’acupuncteur fait la transition entre plusieurs thérapies. Cela devrait être reconnu légalement mais cela prend du temps. L’aspect économique est aussi en jeu. Mais nous ne sommes plus illégaux, nous sommes reconnus par les assurances et nous sommes remboursés par certaines mutuelles. 

Quels sont les points positifs du métier ?

Il n’y a que ça ! 

Tout d’abord, comme c’est un métier qui ne correspond pas à mes bases scientifiques, je me forme constamment. Il s’agit de comprendre le système, d’essayer de voir ce qu’il se passe, etc. Il y a, à chaque fois, une remise en question du travail et une progression dans ce métier d’acupuncteur. Pour moi, c’est vraiment important.

Le contact avec les patients est agréable. Quand vous discutez pendant une heure avec un patient et qu’il revient quatre, cinq fois, vous êtes plus qu’acupuncteur. Vous êtes également un peu thérapeute. Confident. Des personnes vous parlent de leurs petits secrets. Un contact assez fort se crée et j’aime beaucoup cela. 

Les autres points positifs sont ceux des indépendants classiques. Nous sommes relativement libres. Nous pouvons travailler, suivre ou donner des formations quand nous en avons envie. La liberté est agréable. 

Il y a aussi le fait de travailler chez soi. Il n’y a pas de déplacements. 

Ce ne sont pas des traitements d’urgence. Mis à part lorsqu’il s’agit de sinusites, par exemple, où c’est plutôt urgent, ce sont des traitements de fond, basiques.
J’aime beaucoup mon métier parce que la connaissance augmente tout le temps. Le nombre de patients également. Il y a la joie de constater les résultats, de voir les personnes revenir après plusieurs années parce qu’elles ont été contentes et que le traitement a fonctionné.

Quels sont les inconvénients du métier ?

L’un des aspects négatifs concerne tous les indépendants. Il s’agit de l’aspect économique que la Belgique impose pour l’instant. Malgré tout, c’est un métier qui permet de bien vivre. 
Le seul autre point négatif c’est que nous arrivons fréquemment en bout de chaîne. Même en tant que kinésithérapeute, j’étais souvent le dernier recours. Il fallait voir Michel Servais parce qu’on avait déjà tout essayé. Mais c’est quand même agréable car cela permet de réfléchir.

Avez-vous une anecdote à raconter à propos de votre métier ? 

Quand on était en stage en Chine…
L’un de mes collègues faisait à peu près deux mètres et 120kg. Déjà, il se démarquait parmi les Chinois. En médecine traditionnelle chinoise, on utilise notamment des ventouses. Nous n’en avions jamais utilisées. Mon collègue me demande comment faire. Je lui réponds n’avoir jamais fait cela non plus mais qu’il faut d’abord mettre dans la ventouse le coton préalablement trempé dans l’alcool et auquel on a mis le feu, chauffer la ventouse puis la placer sur la personne. Il dispose les jambes de la dame entre le mur et la table. Et puis, il pousse tellement fort sur sa ventouse, pour aller vite, que la petite dame chinoise se retrouve par terre en poussant des cris. Évidemment, tout le monde est hilare ! La petite dame se relève avec un grand sourire. Il s’excuse puis le refait une deuxième fois beaucoup plus facilement. C’est un souvenir impérissable !
        
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.