Michèle Demeulder, Eco-conseillère

Interview réalisée en janvier 2005

Michèle Demeulde est éco-conseillère à la maison communale de Schaerbeek et présidente de l'association belge des éco-conseillers et conseillers en environnement.

Quel est votre parcours ?

Je suis diplômée en biologie de l'ULB. Je me destinais à faire de la recherche en écologie, sujet qui me passionnait déjà. Mais pour faire quelque chose d'intéressant, il aurait fallu que je m'expatrie car il n'y avait pas grand chose dans ce domaine en Belgique dans les années '80. Parallèlement, j'ai entendu parler de la création de l'institut d'Eco-conseil et cela m'a interpellée car je me voyais beaucoup plus dans une activité concrète à dimension humaine que dans un labo. Je me suis donc inscrite et j'ai fait partie de la deuxième promo des éco-conseillers, diplômée en 1989.

Et depuis ?

J'ai fait un stage en administration communale qui est, historiquement, le premier secteur qui recrutait les éco-conseillers. Puis, j'ai travaillé à mi-temps à l'administration communale de Berghem Sainte Agathe où j'ai créé un parcours du patrimoine à destination des enfants de la commune et à mi-temps dans une association financée par l'IBGE (Institut Bruxellois pour la Gestion de l'Environnement). Ce qui est sûr, c'est que je voulais travailler dans le secteur public. Je travaille depuis une dizaine d'années à la maison communale de Schaerbeek.

Quelles sont les particularités de votre mission dans ce contexte, par rapport aux collègues qui travaillent dans des bureaux d'étude ou en entreprise ?

Si certains éco-conseillers sont proches de partis politiques, moi, je revendique une pluralité démocratique. Il est important de bien connaître les milieux politiques et leurs options en matière d'environnement pour savoir comment présenter et défendre des projets. Dans ce sens, il est certain que je dois être attentive à la sensibilité politique de la commune pour laquelle je travaille. Par ailleurs, ma formation technique m'est bien utile pour comprendre les dossiers et dialoguer avec les professionnels. Par exemple, nous avons publié récemment une brochure qui met en garde le public sur les inconvénients des GSM. Il a d'abord fallu que je comprenne ce dont il s'agissait !

Nous avons une optique plus généraliste que nos collègues dans le privé ou dans le secteur associatif. Les dossiers que nous pouvons être amenés à traiter sont multiples : les permis d'environnement, l'utilisation rationnelle de l'énergie, la gestion et le recyclage des déchets, l'éco-consommation, la mobilité urbaine, ou encore la gestion des espaces verts pour n'en citer que quelques-uns...

De quelle initiative êtes-vous la plus fière ?

D'abord je me réjouis d'avoir obtenu récemment un deuxième poste d'éco-conseillère, ce qui est indicatif de l'intérêt qui nous est porté. Je me réjouis également d'avoir obtenu le label d"entreprise éco-dynamique", décerné par l'IBGE à la maison communale de Schaerbeek. Il me semblait important de montrer l'exemple en matière de bonne gestion de l'énergie, des déchets, de la mobilité du personnel, des politiques d'achat...
A travers l'implication du personnel, nous visons la sensibilisation d'un public plus large : leurs familles, leurs amis, leurs voisins...
C'est une politique de petits pas qui portera ses fruits à long terme. Changer les mentalités ne s'obtient pas en un jour !

Quel portrait feriez-vous de l'éco-conseiller aujourd'hui ?

Une des qualités indispensables de l'éco-conseiller, c'est la ténacité et la constance dans les projets, en collaborant suffisamment avec son entourage professionnel proche pour que les initiatives qu'il a prises ne s'écroulent pas s'il n'est plus là ! Qui plus est, une capacité d'enthousiasme, de communication, une force de conviction qui entraîne l'adhésion des autres intervenants tels que les agents communaux, les fonctionnaires, les responsables d'association, les citoyens individuels... Faire preuve de créativité pour trouver des solutions innovantes et de réactivité en cas de problème urgent fait partie du profil de base. Depuis sa création, c'est un métier qui n'a pas cessé d'évoluer. C'est même une de ses caractéristiques fortes car il faut être capable de s'adapter en permanence aux nouveaux enjeux et aux nouvelles contraintes imposées. Très concrètement, l'éco-conseiller doit savoir composer avec les pressions exercées par les autorités publiques, régionales ou européennes : il doit connaître sur le bout des doigts les législations et réglementations fiscales qui encadrent (voire freinent) son activité et se multiplient !

Vous êtes également présidente de l'ABECE, pourquoi cet engagement ?

La notion de réseau m'a semblé fondamentale dès ma formation d'éco-conseillère. L'association belge des éco-conseillers et conseillers en environnement a été créée en 1990, soit un an seulement après l'ouverture de l'Institut d'Eco-conseil. Il faut se replacer dans le contexte : le métier d'éco-conseiller était complètement nouveau et tout était à faire en matière d'environnement et de développement durable. Il était important, et c'est toujours le cas, de partager nos expériences, de confronter nos initiatives et également d'enrichir nos réflexions par les illustrations de nos pairs européens. Notre association fait d'ailleurs partie de la fédération "Eco-conseil Europe" qui regroupe les associations nationales. Autre aspect important : l'association vise à renforcer la cohérence et la reconnaissance du profil professionnel d'éco-conseiller par le renforcement constant de son niveau de professionnalisme, d'où l'organisation de séminaires, les publications, les visites d'entreprises, les ateliers pratiques, groupes de réflexion...

Les réalisations sont déjà nombreuses. Pouvez-vous en citer quelques unes ?

Elles sont très riches et très variées. Les 250 éco-conseillers en fonction en Belgique n'ont pas ménagé leur peine : les éco-ateliers pour enfants à Evere, l'assainissement et l'embellissement d'une cité sociale à Gembloux, la lutte anti-tags à Saint-Josse, le contrat de rivière de Haute-Meuse qui a restauré l'équilibre écologique de ce cours d'eau menacé, la réhabilitation d'immeubles de bureaux rue Belliard à Bruxelles, les "semaines vertes" dans les écoles de Braine-l'Alleud, ou les éco-bilans de grandes surfaces en Wallonie.

Vous nous présentez les éco-conseillers quasi comme des croisés de l'environnement, investis d'une mission qui va au-delà d'un métier. Est-ce une activité compatible avec une vie privée équilibrée ?

Les éco-conseillers sont tous animés d'une qui les inspire et qui les porte dans leur action. La frontière entre vie professionnelle et vie privée est quelquefois floue, tant il est important de participer à des réunions professionnelles, y compris le soir, et de rencontrer les citoyens dans leur cadre de vie, à tout moment... Mais on est passionné ou on ne l'est pas !

(www.abece.be)

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.