G., Greffier en chef

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Interview réalisée en novembre 1999  —  Interview 164

Le greffier que nous avons rencontré est passé par tous les stades avant de devenir aujourd'hui greffier en chef. Il raconte son parcours et évoque son métier qu'il considère comme étant un des plus méconnus du droit.

Comment avez-vous été amené à exercer la profession de greffier ?

Cela a été un pur hasard. Étant jeune, j’avais pour ambition de devenir joueur de balle pelote professionnelle ! Mais mes parents n’étaient pas d’accord. J’ai appris par un notaire qu’il y avait une place vacante de greffier. Je voulais gagner ma vie et j’ai décidé de postuler. J’ai eu la chance d’être repris.

J’ai tout d’abord commencé comme employé au tribunal de la jeunesse puis j’ai passé les différents stades qui m’ont mené au poste que j’exerce actuellement.

Quelles missions les greffiers doivent-ils accomplir ?

Elles sont très vastes et peuvent varier d’une juridiction à l’autre. Étant greffier au civil, je vais n'évoquer ici que celles de ma compétence.

Avant l’audience, le greffier aide le juge dans la préparation de son travail en l’assistant tant au niveau des recherches juridiques que de l’administration. Il est le principal agent de liaison entre le juge et les parties. Par exemple, dès l’arrivée d’une affaire, il a l’obligation d’établir le dossier de la procédure où seront versés toutes les pièces du procès (assignations, copies des plis judiciaires, conclusions, procès-verbaux, décisions des juges, …). Il assure en grande partie les fixations à l’audience du juge et organise la comparution personnelle des parties. Il convoque, le cas échéant, les témoins et les parties après un jugement ordonnant une expertise, par exemple. Il veille au bon déroulement de la procédure. Il assure également de façon permanente l’organisation des fixations, c’est-à-dire la distribution des affaires aux audiences.

Pendant l’audience, il est étroitement lié à l’activité du juge. En quelque sorte, il contrôle les actes du juge, en toute indépendance et en toute impartialité. Par sa présence, il permet de prévenir tout excès de pouvoir, qui pourrait être sanctionné.

Puis, il est chargé de dresser le procès-verbal des instances et des décisions : il réalise la mise en forme des décisions, des feuilles d’audience, des procès-verbaux d’enquêtes. Il signe avec le juge toutes les minutes conservées au greffe. Par la signature qu’il appose à côté de celle du juge, le greffier confère valeur authentique aux actes de juridiction et à tous les actes du juges.

Après l’audience, sans qu’il puisse s’immiscer dans la rédaction du jugement accomplie par le juge, le greffier met en forme la décision en veillant au respect des règles de la procédure.

Quelles sont les qualités que doit posséder un greffier ?

Il doit avoir une grande faculté de concentration. En effet, une audience peut durer plusieurs heures. Et il n’est pas question de se laisser distraire. Rien ne doit lui échapper ! Quand on sort du tribunal, bien souvent on est vidé mentalement mais il faut pourtant se reconcentrer pour rédiger le rapport.

La discrétion est aussi une qualité essentielle. Nous sommes forcément au courant des verdicts bien avant que ceux-ci ne soient rendus public. Pas question évidemment d’avoir la langue bien pendue et d’aller les clamer au café du coin !

Il vaut mieux aussi posséder de très bonnes connaissances en traitement de texte.

Quels sont les avantages et inconvénients du métier de greffier ?

C’est un travail très valorisant dans la mesure où le greffier est un rouage essentiel du monde judiciaire. Sa présence à l’audience est essentielle. Les affaires que l’on a à traiter sont souvent fort différentes les unes des autres.

Les gens perçoivent les greffiers comme des fonctionnaires. Je ne partage bien évidemment pas ce point de vue. Chaque affaire que l’on traite est différente et implique des personnes différentes. Certes, le greffier est chargé de taper les jugements mais il ne le fait pas à la manière d’une secrétaire qui tape le texte qu’elle a devant elle. C’est à lui de réunir les informations récoltées à l’audience sur base de ce que le juge a dit afin d’en constituer le jugement.

Pour ce qui concerne les inconvénients, je relèverais le salaire qui est relativement peu élevé. En outre, en raison de vacances ou de maladie d’un collègue, on est amené à assister à des audiences supplémentaires, ce qui forcément donne une surcharge de travail. Mais nous essayons, dans la mesure du possible, de laisser les greffiers dans les matières qu’ils maîtrisent. Ainsi, si quelqu’un officie dans le civil, on fera tout pour éviter qu’il n’assiste à des audiences du correctionnel. Ceci est beaucoup plus difficile à mettre en pratique dans les petits arrondissements. Là, on demande en plus aux greffiers d’avoir une certaine polyvalence. Malgré ces inconvénients, il est très rare de voir des greffiers changer de métier. C’est donc qu’ils y trouvent une certaine considération.

Quel conseil pourriez-vous donner à quelqu’un qui serait intéressé par votre métier ?

Etant donné le faible niveau d’exigence pour entamer une carrière de greffier à un poste d’employé ou de rédacteur (le niveau secondaire supérieur peut suffire), je lui conseillerai de se renseigner sans tarder sur les différentes possibilités d’emploi inscrites au Moniteur Belge, puis de s’inscrire à l’examen.

Est-il indispensable d’avoir de solides connaissances en droit pour devenir greffier ?

A mon humble avis, ce n'est pas indispensable. Certes, il est évident que disposer d’un graduat est un plus indéniable. D'ailleurs, beaucoup d’étudiants qui font leur graduat effectuent d’ailleurs leur stage au sein d’un greffe. Mais tous les greffiers ne sont pas des spécialistes juridiques. La profession s’apprend sur le tas. C’est d’ailleurs le seul métier du droit où les conditions d’accession sont, jusqu’à présent, peu élevées. Toutefois, cela pourrait changer à l’avenir.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.