Monsieur J.,
Juriste dans les assurances

Interview d’un juriste d’entreprise dans une compagnie d’assurances qui est affecté au service des sinistres « cas graves auto ».    

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après ma licence en droit, j’ai été engagé dans la compagnie d’assurances qui m’occupe actuellement. J’ai eu l’occasion d’exercer des fonctions dans différents départements. J’ai dirigé le service des « risques particuliers », département commercial intérieur, le marketing et actuellement je suis affecté au service des sinistres « cas graves auto ». C’est une fonction portant sur les problèmes de responsabilité, de jurisprudence, de procédure et d’indemnisation des préjudices corporels et matériels.

Dans quels services d’une compagnie d’assurances les juristes sont-ils susceptibles d’être engagés ?

Il y a en principe deux secteurs à l’intérieur d’une compagnie d’assurances où les juristes peuvent exercer des fonctions spécifiquement juridiques : les services « émission » (également appelés « production ») et les services « sinistres ».

Au niveau de l’émission, les juristes sont chargés de cerner le risque, le décrire, l’évaluer et de définir une prime en fonction de la garantie demandée (c’est-à-dire du type de contrat). Pour chaque contrat, ils utilisent les conditions générales dans lesquelles sont stipulées des clauses générales (par exemple des clauses multi polices) qui s’appliquent grosso modo à tous les contrats de la même branche. Ils rédigent des clauses variables et spécifiques pour des risques spéciaux et des clauses tout à fait occasionnelles qui sont des clauses particulières rédigées sur mesure en fonction d’un risque tout à fait particulier. A chaque branche (c’est-à-dire Incendie, Accident, Risques, Divers, Vie, Transport, Auto) correspond un service d’émission. Le service d’émission, c’est donc le service de la réalisation des contrats d’assurances.

A côté des « sinistres », les juristes sont également affectés dans un service qui dépend d’une branche : « sinistre tempête, sinistre auto, sinistre R.C., sinistre incendie, … » On rencontre des petits et des grands sinistres, les cas ordinaires et les cas graves. Les juristes du « département sinistres » rencontrent selon les branches des problèmes de responsabilité, d’expertise, d’indemnisation et assurent également le suivi de ces dossiers qui quelquefois durent des années.

Il est évident qu’il n’y a pas que les juristes pour exercer des fonctions au « département sinistres ». Il n’y a qu’une poignée de juristes parmi les 750 employés de la compagnie. Quand un problème se situe au niveau de l’interprétation des contrats ou de la procédure (études des conclusions des avocats, estimation de l’opportunité d’aller en appel, …), le problème est étudié par des juristes.

Comment sont recrutés les gradués ou les licenciés en droit au sein de la compagnie ?

Quand j’ai été engagé en 1973, les procédures d’engagement étaient bien différentes. J’ai lu une offre d’emploi, je me suis présenté au rendez-vous et une heure après j’étais engagé.

Aujourd’hui le recrutement a beaucoup évolué. Il y a une quantité importante de candidats. Le handicap majeur se situe au niveau de la connaissance des langues. Elle est non seulement importante mais également capitale. Dans mon travail, j’utilise la moitié du temps le néerlandais compte tenu de notre importante clientèle néerlandophone. La clientèle germanophone est plus faible. Mais nos assurés voyagent et cela implique la gestion des sinistres qui se produisent à l’étranger. Il y a des bureaux internationaux de règlements de sinistres mais la gestion et le suivi des dossiers nécessitent une bonne connaissance des langues.

Pour un licencié en droit est-il souhaitable de se spécialiser dans le droit des assurances ?

La pratique éclaire le juriste qui travaille dans une compagnie d’assurances plus que l’étude livresque. Très peu de licenciés en droit ont suivi une spécialisation en droit et économie des assurances.

Quel est le profil du juriste engagé dans les compagnies d’assurance ?

Le profil du juriste d’entreprise est de plus en plus exigeant. La complexité de la gestion des dossiers et la technicité de l’assurance ne fait que croître. Les victimes réclament de plus en plus de dommages variés que l'on attribuait auparavant à la malchance. La plupart des gens sont assurés contre des risques multiples : je construis (assurance incendie), je roule en voiture (assurance auto), je me marie et nous avons des enfants (assurance familiale), je voyage (assurance voyage et assistance) et bien d’autres situations encore. L’assurance s’incruste dans les mœurs de chaque jour.

Donc, il y a des possibilités d’expansion intéressantes ?

Oui mais il ne faut pas perdre de vue certains facteurs. Cette expansion a été très nette au cours des années quatre-vingts. Mais il y a énormément de concurrence et les produits tendent à se ressembler. Nous ne sommes plus dans une période de recrutement intensif, car l’informatisation est de plus en plus poussée. L’informatique cependant ne remplacera plus jamais le juriste sur le plan de l’étude et de la décision. Le juriste devra toujours peser, estimer le risque, rédiger la garantie et l’appliquer. Il y a dans la gestion de tous les dossiers un élément de jugement.

Les juristes reçoivent-ils une formation quand ils sont engagés ?

En matière de formation, notre compagnie réalise un effort important puisque nous avons un service « Formation » au niveau des ressources humaines pour que la personne engagée puisse se situer parmi les différents services de la compagnie. Lorsque cette personne est affectée dans une branche, c’est petit à petit qu’elle en apprend la matière et la technique. Il n’y a pas de formation spécifique en matière juridique.

Les salaires dans le secteur des assurances sont-ils attractifs ?

Un universitaire est engagé au barème « employé » et commence à plus ou moins 2010 euros brut. Il y a des secteurs qui offrent des conditions de rémunération plus intéressantes. Mais il y a des avantages extralégaux qui, assortis à la rémunération, sont intéressants : assurances de groupe, rentes extralégales, chèques repas, prêts hypothécaires à conditions avantageuses et contrats d’assurances personnels à prix réduits.

D’autres universitaires, dont certains juristes, s’orientent vers les services commerciaux extérieurs en tant qu’inspecteurs d’assurance. Ils animent un réseau de producteurs auxquels ils présentent nos produits d’assurance et ils réalisent les affaires. Leur rémunération dépend de leurs réalisations.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.