Monsieur Puttaert,
Logisticien et Professeur

Interview réalisée en novembre 1999

Monsieur Puttaert est enseignant dans le bachelier professionnalisant en gestion des transports et logistique d'entreprise à la Haute Ecole Roi Baudouin.

Quelles sont les nouveautés apportées par la logistique ?

La logistique a toujours existé, simplement il s'agissait hier d'une logistique fragmentée entre différentes fonctions de l'entreprise alors qu'aujourd'hui se profile une logistique intégrée. La nouveauté tient à l'autonomie reconnue à la fonction logistique, surtout dans les grandes entreprises d'ailleurs. C'est souvent une fonction de coordination globale et d'arbitrage entre les différents services (clientèle, ventes, finances,...)

Comment définiriez-vous la logistique aujourd'hui ?

La logistique est la science de la gestion des flux de marchandises et d'informations. Flux de marchandises car il faut alimenter en interne les chaînes de production mais aussi approvisionner la chaîne en amont et la dégager en aval vers les points de vente ou de recyclage. Mais aussi, flux d'informations car l'évolution des technologies et l'arrivée de l'informatique ont permis une tutelle de l'information tout au long de la chaîne logistique, notamment une visualisation des flux de stocks.

Quel est dès lors le rôle spécifique que tend à tenir la logistique ?

Ni technique, ni commerciale. La logistique se situe entre production et vente : elle offre ses services (gérés) du fournisseur au client. Son rôle consiste à arbitrer entre différents niveaux de service clientèle, les coûts des acheminements et d'entreposage, les capacités de stockage, les prévisions d'approvisionnement et de production, les cycles de commandes...
Bref, satisfaire au mieux et de façon différenciée la clientèle, y compris en conditionnant les sous-traitants.

Comment expliquez-vous l'arrivée de cette logistique intégrée ?

La création d'une fonction de logistique autonome est surtout le fait des grosses entreprises. Ce phénomène s'inscrit dans le processus de mondialisation de l'économie. Compte tenu de la concurrence effrénée, les grosses entreprises ne peuvent plus se démarquer par des économies d'échelle basées sur un accroissement de la production, mais doivent plutôt varier leur offre de gammes. On ne peut plus se permettre des activités logistiques dispersées engendrant des stocks tout au long de la chaîne. Afin d'éviter ces gaspillages, la logistique intégrée permet une approche globale en matière de budget et de priorités, ainsi qu'un déblocage des flux de communication.

Pouvez-vous nous donner un exemple d'application ?

Il faut comprendre que si la logistique intégrée concerne d'abord les grandes entreprises, cela peut avoir des répercussions en chaîne, y compris pour le camionneur-indépendant qui travaille toujours pour le même réseau.
Ainsi, au nord de Bruxelles, l'entreprise « General Motors » a établi un kit intérieur modulable pour certains de ses véhicules. Conséquence : au moment de la livraison, trois heures suffisent pour l'assemblage. C'est un agencement « just-in-time » qui permet à chaque maillon d'être au bon endroit, au bon moment pour satisfaire les exigences spécifiques et particulières du client.

En somme, on pourrait commander une gamme combinée avec ses couleurs, ses ajouts,...

La fabrication, grâce à la logistique intégrée, pourra en tout cas davantage varier les offres, entre autres par un conditionnement accru des sous-traitants. La même information, par exemple la commande d'un tableau de bord bordeaux écrin avec telle ou telle autre particularité, est gérée par le logisticien qui va le dispatcher de telle sorte que chaque maillon participe efficacement à cet assemblage personnalisé. En l'occurrence : rencontrer la qualité et respecter les délais de livraison.

Peut-on réellement utiliser l'image de l'arbitre pour qualifier le logisticien ?

Absolument. Il assure vers l'amont la continuité des flux d'information sur l'état des stocks et des commandes, et vers l'aval le flux de marchandises pour honorer efficacement les commandes. Son rôle d'arbitre consiste à coordonner les différentes exigences du département production (rencontrer les approvisionnements), de la finance (diminuer le coût des stocks), de la vente (satisfaire au mieux le client) et des achats (prévoir les commandes).

Depuis deux ans, votre Haute Ecole organise ce bachelier. Est-ce aussi le signe de l'importance prise par ce secteur ?

La logistique prend un essor considérable. La révolution en matière de transport, c'est qu'il n'y aucun souci à avoir en termes de débouchés. Les offres d'emploi ne manquent pas. Notre établissement a voulu de ce fait axer sa politique sur ce qui est porteur, dans une région idéalement située de ce point de vue : plate-forme multimodale, à la croisée des canaux, autoroutes et voies ferrées sans compter les futures liaisons route-train vers le port d'Anvers.

Le bachelier est-il la formation requise pour devenir logisticien ?

D'autres profils s'occupent de logistique mais notre formation permet l'accès à l'examen de licence transporteur, qui peut s'avérer indispensable dans certaines PME. Cette licence n'est pas accessible via d'autres formations, mais uniquement sur base de cinq années d'expérience. Enfin, ce bachelier professionnalisant, contrairement à d'autres formations de promotion sociale, est reconnu aussi à l'étranger.

Quelles sont les évolutions possibles selon vous pour la logistique ? Et les conséquences pour les entreprises qui y font appel ?

L'essor de la logistique sera à mon sens tel que le terme même de « logistique » tendra à remplacer celui des « transports ». On devrait d'ailleurs déjà aujourd'hui parler de « logistique et transport » et non l'inverse.
Dans cette perspective, les entreprises ont face à elles deux grandes options (avec d'énormes variations sectorielles) : se recentrer sur leur noyau principal d'activités (appelé aussi corps-business) et sous-traiter (en partenariat ou non), ou créer une nouvelle fonction logistique avec tutelle de l'information.
Dans le premier cas, on peut aller jusqu'à des sous-traitants de sous-traitants ou des partenariats très spécifiques. Dans le second cas, le responsable logistique viendra en appui au dégagement de la chaîne.

Compte tenu des impératifs, le stress est-il présent ?

Le stress est dans certains cas omniprésent. Je pense notamment aux activités du planificateur (planner) qui doit jouer avec tel ou tel camion, telle ou telle marchandise, organiser la tournée, mais aussi l'emplacement du container. Avec trois impératifs : efficacité, rentabilité, rapidité.

Est-ce identique pour d'autres fonctions ?

La variété est liée aux exigences sectorielles spécifiques. Il y a bon nombre d'activités administratives afférentes à la logistique : opérations douanières, assurances, import/export, fiscalité,...
Quant aux tâches de gestion permanente et d'organisation, citons en dehors des dispatchers ou planificateurs également les gestionnaires d'entrepôt ou de plate-forme. Ces derniers sont les responsables des endroits de transit où se font la préparation des commandes, voire les transbordements d'un mode de transport à l'autre. Enfin, on retrouve aussi des fonctions liées aux services achats ou expédition d'une entreprise.

Quelles sont les qualités indispensables pour ce type d'activités ?

Le sens de l'organisation et un goût prononcé pour les responsabilités, certainement. Egalement des qualités de dynamisme, vivacité et de sang-froid. La maîtrise du stress est un élément majeur. Il faut aussi aimer communiquer, avoir de la curiosité et faire preuve d'initiatives.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs logisticiens ?

Découvrir ce secteur d'abord, se passionner ensuite. En plus des débouchés, la logistique offre beaucoup de perspectives de contacts mais exige des connaissances indispensables en langues, informatique ou mode de transport. C'est une profession qui requiert de l'enthousiasme ainsi que des capacités d'adaptation, voire de polyvalence.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.