Mr Gevaert,
Installateur en chauffage central et sanitaire

Quelle est votre formation ?

J’ai un parcours un peu particulier. J’ai réalisé mes humanités générales. Après avoir « perdu » un peu de temps à l’université, j’ai suivi une formation ONEM en plomberie.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

J’ai d’abord travaillé dans une entreprise en plomberie pendant près d’un an, puis je me suis installé à mon compte tout en continuant à suivre des formations, notamment en chauffage, entretien et nettoyage de chaudières, en hydraulique, calcul de déperdition,…  Pour avoir accès à la profession d’installateur en chauffage central, j’ai passé les examens par le Jury Central et voici 23 ans que je suis installé comme indépendant.

Vous êtes chef d’entreprise : quelles sont vos exigences lorsque vous engagez quelqu’un ?

Avant de parler d’exigences, il faut savoir que ce métier nécessite beaucoup de compétences. Il faut avoir une présentation relativement convenable, être poli, propre, soigneux,… tout cela fait partie des pré-requis.

Je ne peux pas répondre à votre question dans le sens où les gens qui présentent le profil parfait n’existent pas.

Si je mets une annonce dans un journal « Cherche ouvrier plombier ou monteur en chauffage central qualifié et compétent », il n’y aura personne qui répondra.

Ce qui signifie ?  Il y a donc une telle pénurie ?

Exactement, la pénurie est telle que l'on ne trouve pas d’ouvriers qualifiés. D’autant plus que je suis spécialisé dans les installations de chauffage et de sanitaire dans les maisons en rénovation et en maintenance donc, idéalement, il faut quelqu’un qui possède les qualités pré-citées mais aussi une expérience et une bonne connaissance du métier.

Les pré-requis sont donc toutes ces compétences là et en plus, je donne une formation. Je les engage sous un contrat d’apprentissage ou un contrat en formation de Chef d’Entrepriseou un contrat RAC, je les forme puis je les garde.

Quel type de clientèle avez-vous ?

Une clientèle de particuliers, de commerçants et de gérants d’immeubles. Ce qui signifie que, pour travailler chez des particuliers, j’ai besoin de gens compétents et je ne peux pas me permettre de revenir trois fois pour régler un problème.

A quel moment intervenez-vous dans un chantier ?

Nous intervenons après la réalisation du gros œuvre fermé soit après la réalisation de la maçonnerie, le placement de la toiture et de la pose des châssis et fenêtres.

Les nouvelles technologies ont-elles changé votre façon de travailler ?

En fait, les exigences professionnelles sont de plus en plus élevées dans le sens où l’électronique rentre en force au niveau du matériel (brûleur, chaudière, régulation,…).  Les produits sont de plus en plus élaborés, performants et sophistiqués à tel point que j’ai dû, par exemple, engager un électricien qui s’occupe de dépannage et de maintenance en installation de chauffage.

En plomberie, les produits sont aussi de plus en plus sophistiqués comme des robinetteries électroniques, thermostatiques ou temporisées. Par contre, au niveau de l’installation les choses ont tendance à se simplifier. On travaille de plus en plus avec des matières synthétiques, avec des tuyauteries encastrées et tout ce qui concerne la soudure, le cintrage et l’usinage sont de plus en plus simples. Ce qui n’empêche pas une grande compétence des gens pour certains travaux et une façon de faire bien traditionnelle.

Concrètement, quelle est la journée-type de travail de vos ouvriers ?

La règle est d’être présent à 8 heures sur chantier. Chez moi, l’ouvrier se présente à 8h00 du matin, prend connaissance de son planning et preste ses heures. Il termine souvent vers 16h30.  S’il travaille au Luxembourg ou à Bruxelles, les journées sont évidemment beaucoup plus longues.

Et vos journées à vous ? Travaillez-vous encore sur chantier ou pas ?

Non, mais je suis présent de 7h30  à 18h30 ou 19h00. Mon travail consiste en contacts avec la clientèle, commande de fourniture et toute l’organisation des 22 personnes qui travaillent avec moi.

Quelles sont les compétences liées à vote profession ?

Il faut d’abord avoir le respect des gens, être organisé, honnête et expérimenté. C’est curieux de citer d’abord le respect dans un secteur si technique, si manuel…

Les qualités humaines sont les plus importantes, je ne peux pas diriger une équipe que je ne respecte pas et mon équipe se doit de travailler dans un respect réciproque.

Quels sont les avantages et les inconvénients du métier ?

Le grand avantage est qu’il s’agit d’un travail varié, c’est aussi un métier qui s’exporte, que l’on peut pratiquer dans tous les pays du monde et l’offre d’emploi est régulière et constante.

L’inconvénient est qu’en tant qu’ouvrier le salaire n’est jamais mirobolant et puis c’est un métier fatigant.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui débute ?

Le métier est abordé par des réseaux différents, les étudiants en cours du jour de l’enseignement officiel reçoivent une formation en totale rupture avec la réalité. Leurs professeurs ont souvent quitté le monde de la construction depuis 25 ans et sont complètement hors sujet. Tout cela conduit à une situation dramatique ; c’est la même chose en ce qui concerne les formations de l’ONEM.

Si on veut évoluer dans ce métier et avoir un avenir, il faut avoir un beau parcours.

L’idéal, selon moi, est d’avoir suivi l’enseignement secondaire, puis la formation de Chef d’Entreprise au Château Massart (75 rue du Château Massart à 4000 Liège).

Les jeunes n’ont pas envie de travailler dans le secteur de la construction parce que tous les métiers manuels ont mauvaise presse.  

Donc, quelles sont les personnes qui arrivent dans ce secteur ?  

Celles qui sont en rupture scolaire parce que l’enseignement n’est pas adapté à la réalité et surtout à la demande. J’ai le sentiment qu’il se passe, aujourd’hui, dans le bâtiment le même phénomène qui s’est produit dans le secteur de la distribution.  Il y a une quarantaine d’années, il y avait de la place pour 36 épiciers, il y a 25 ans d’ici pour 36 plombiers et aujourd’hui les entreprises de plomberie sont de plus en plus importantes et les petits plombiers de plus en plus rares parce que les exigences des clients sont de plus en plus fortes.  Les clients attendent qu’on leur réponde tout de suite au téléphone, qu’on les dépanne rapidement dans des délais toujours respectés et exécutés par des gens compétents et lorsqu’on est tout seul, cela devient très difficile.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.