Muriel Claessens, Sexologue

Interview réalisée en avril 2013

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

En tant que sexologue, je reçois en consultation des personnes qui ressentent des difficultés dans le domaine de la sexualité. La sexualité est un moyen dont l’humain dispose pour se connaitre, pour savoir où il en est, pour se déterminer face au monde et vis-à-vis des forces qui circulent en lui. La sexualité touche toutes les périodes de la vie : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse, etc.

La prise de rendez-vous se fait la plupart du temps par téléphone. C’est un premier contact important qui peut mettre la personne en confiance et qui permet de communiquer parfois certains renseignements (l’objet de la démarche, l’adresse du cabinet, le prix de la consultation).

J’ajuste le déroulement d’une consultation aux questions et problématiques que les personnes amènent. Par exemple, si quelqu’un vient me consulter pour un problème d’érection. Je vais faire appel à un médecin pour savoir s’il n’y a pas à la base un problème biologique. Je peux également expliquer le fonctionnement des organes à l’aide de schémas, décrire la courbe de l’acte sexuel et suggérer des solutions stratégiques.  

D’un point de vue thérapeutique, je tente d’amener le patient à prendre conscience des conséquences que sa problématique engendre sur son environnement, de ce qu’elle signifie du point de vue de son identité et de sa relation aux autres. Je pose des questions telles que « Qu’est-ce qu’est le désir ? », « Qu’est-ce que le plaisir ? »   
Selon les besoins, je peux proposer des exercices de relaxation, de prise de conscience de son corps et de sa respiration, etc.

Quelles formations avez-vous suivies ? 

J’ai commencé par un graduat en Assistante en psychologie, en option clinique à l’Institut Libre Marie-Haps. J’ai continué avec une Licence en Sciences de la Famille et de la Sexualité. J’ai réalisé un mémoire à propos de la sexualité des personnes âgées. En parallèle, je me suis formée en sophrologie et par la suite en Gestalt-thérapie.
Aujourd’hui, je cherche à me former dans les philosophies orientales comme le TAO de la femme.


Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel ?

Il m’a été difficile de trouver un emploi dans un planning familial ou dans un centre de santé mentale. Le principal frein était le manque d’expérience professionnelle. Et c’est encore le cas aujourd’hui.

J’ai cherché pendant un an puis j’ai eu mon premier enfant. Je lui ai consacré deux ans et j’ai ensuite continué ma recherche d’emploi. J’ai trouvé un travail de bénévole dans le secteur de l’insertion socioprofessionnelle. Ma Licence (actuellement devenue un Master) me posait problème pour être engagée. Je coûtais trop cher ! Par la suite, j’ai été engagée dans un CPAS de Bruxelles en tant qu’accompagnatrice de personnes sous contrat Article 60. Je suis médiatrice lors de conflits entre un travailleur et le responsable. Je réalise des évaluations des travailleurs et je souligne les points positifs et les points à améliorer. Je rédige des rapports. 

Aujourd’hui, je cherche un poste de psychothérapeute mais je réalise que je n’y arriverai que par le biais du statut d’indépendant complémentaire.


Comment avez-vous choisi ce métier ? Quelles étaient vos motivations ?

Le choix de la sexologie m’est évidemment très intime. J’ai toujours été passionnée par la symbolique de la sexualité : l’homme et la femme, le désir, l’amour, la complexité des relations. J’aime lire sur ce sujet et m’y découvrir. Lorsque j’en parle, cela me donne une belle énergie. Cela me ressource de consacrer du temps à ma passion.


Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre profession ?

Je pense qu’il faut être intéressé par le domaine de la sexualité et pouvoir en parler sans gêne avec respect de l’intimité et de la différence de l’autre. Il est important de faire un travail sur soi et d’acquérir ce mouvement intérieur où on réalise que ce qui se passe à l’extérieur de soi est un miroir de l’intérieur de soi.
Il faut bien sûr aimer le contact avec les autres, avoir envie d’apprendre, de lire, de faire des recherches. La sexualité est un des grands mystères de la vie.


Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

La sexualité est un domaine tabou, elle attire la curiosité. L’avantage, c’est que les gens sont toujours intéressés. Ils aiment comprendre, découvrir. Cela permet d’ouvrir les esprits, de casser des barrières. L’inconvénient c’est que les changements sont difficiles car la sexualité est influencée et contrôlée par la société, par les stéréotypes et par les religions.
Un inconvénient important à mes yeux est l’absence de stage au cours de la formation. 


Quels sont les publics que vous touchez ? Les personnes avec lesquelles vous êtes en contact ?

Le public avec lequel je préfère travailler est l’adulte et la personne âgée. 
J’aime apprendre et écouter les personnes âgées. J’apprécie les entendre évoquer leur expérience de vie et j’ai l’impression alors de participer à quelque chose de magique. Ce récit de vie est un témoignage qui se transmettra perpétuellement. La vie peut alors continuer éternellement. 
J’aime aussi beaucoup animer des Ateliers créatifs pour femmes. Le contact est plus facile puisque je suis du même sexe.


Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? 

Sois passionné, lis, étudie, va à des conférences, écoute les autres, découvre les traditions d’autres cultures, etc. Et en même temps, vas-y doucement, prend le temps de te découvrir. La sexualité, c’est mystérieux. Cela va au-delà du biologique et du fonctionnel.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.