Muriel Molhant,
Editrice romans aux Editions Mijade

Interview réalisée en avril 2014

Pourriez-vous nous présenter la maison d’édition Mijade ? 


Mijade est une maison d’édition de livres pour la jeunesse. On a à la fois des albums pour enfants de 3 à 7 ans et des romans pour les jeunes de 9 à 18 ans. Ces romans sont divisés en deux collections : celle pour les 9-13 ans et une autre pour les 14 ans et jeunes adultes. 

Quel est votre parcours personnel ? 


J’ai fait des études de philologie romane puis la formation en sciences du livre, orientation édition. Dans le cadre de mes études, j’ai effectué un stage aux éditions Labor où j’ai été engagée par la suite. J’y ai travaillé pendant 3 ans et je me chargeais de la collection Espace Nord et Zone J (pour les jeunes), mais aussi d’ouvrages de psychologie pour le grand public. Je suis ensuite partie aux éditions La Renaissance du Livre, où je m’occupais de romans et de beaux livres en général (sur l’art, les patrimoines culturels, etc.), surtout pour la Belgique. Après 3 ans, la maison d’édition est tombée en faillite et je suis donc retournée aux éditions Labor où j’ai repris mon travail avec les collections dont je m’occupais avant mon départ. Cela a duré 2 ans et demi, jusqu’à ce qu’on tombe en faillite aussi. Je suis alors arrivée chez Mijade où on avait réussi à récupérer les collections jeunesse dont je m’occupais chez Labor. Je me suis principalement occupée des romans pendant 2 ans et maintenant, je m’occupe aussi des albums jeunesse. 

Qu’est-ce qui vous a attirée dans le monde de l’édition ? 


La passion pour le livre et sa fabrication. Ça m’intéressait de participer au travail en amont, à la préparation avec les auteurs et les illustrateurs, d’assurer le suivi de la production, du marketing, de la commercialisation du livre, etc. 

En quoi consiste concrètement votre fonction ?


Mijade est une petite structure et donc, nous sommes tous amenés à faire un peu de tout. Concrètement, je réceptionne les manuscrits, je choisis les textes que je propose ou défends en réunion éditoriale, que ce soit pour les romans ou pour les albums. Je peux aussi commander un projet à un auteur ou à un illustrateur sur base d’une idée. C’est un travail d’équipe, chacun donne son avis, propose, réfléchit aux projets qu’on va mener ensemble. On écoute aussi les souhaits, les projets des auteurs ou illustrateurs. Vient ensuite tout le travail sur le manuscrit. Dans le cas d’un album, il faut décider comment on va répartir le texte sur chaque page, collaborer avec les illustrateurs et les metteurs en page mais aussi avec les auteurs pour le texte. Le travail d’éditeur consiste aussi à choisir les illustrations des couvertures, rédiger des 4e de couverture, assurer le suivi de la fabrication, de la mise en page, pour que tout soit prêt pour partir à l’impression. L’éditeur conçoit aussi du matériel de promotion des ouvrages. Présentation des parutions futures auprès de représentants français et belges. Et nous développons aussi du matériel spécifique de présentation de nos livres (fiches pédagogiques, catalogues, etc.) à destination des enseignants et des prescripteurs.  

Enfin, nous sommes plusieurs dans l’équipe à assurer la vente des droits des livres à l’étranger. On est alors présents dans différentes foires afin de présenter les albums sous forme de maquettes. On y rencontre aussi des éditeurs de tous les pays dans le but d’obtenir un maximum de coéditions. 

Est-ce que le jeune public est un public difficile à toucher ? 


En fait, nous visons surtout les enseignants. C’est par leur intermédiaire que nous touchons ce type de lectorat. Pour les adolescents, cela fonctionne plus par le bouche-à-oreille.  

Sur quels critères vous basez-vous lorsque vous décidez d’éditer un auteur ?


On fonctionne vraiment par coups de cœur. Nous ne sommes pas dans une démarche commerciale. Chaque livre est unique et on ne suit pas de schéma prédéfini. Le choix se fait en fonction de la qualité du texte, de son originalité, de sa personnalité, de sa pertinence. On travaille aussi en collaboration avec les auteurs en tenant compte de leur talent, de leur style, de leurs envies, et on essaie de faire au mieux pour que les ouvrages soient bien accueillis par le public. 

Cependant, il existe des maisons d’édition qui cherchent beaucoup plus à plaire aux adolescents et qui suivent alors les thèmes à la mode comme les vampires, par exemple.

Quelles qualités faut-il posséder selon vous pour exercer ce métier ? 


Il faut être polyvalent, multitâches et ne pas s’imaginer qu’il s’agit d’une profession prestigieuse qui consiste à rester derrière son bureau à serrer la main des auteurs. Il y a beaucoup de travail qui implique des heures de corrections, de relectures…

C’est aussi un travail qui demande d’être à l’écoute des auteurs, de comprendre la spécificité de chacun. Il ne faut pas se substituer à l’auteur mais plutôt mettre en valeur son travail. 

L’apparition du livre numérique a-t-elle un impact sur la façon dont vous concevez votre métier ?


Nous ne sommes pas encore concernés mais nous y sommes très attentifs. On se pose beaucoup de questions, on réfléchit. On se renseigne surtout sur les aspects techniques que ce changement supposerait. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer ?


Je pense qu’un stage au sein d’une bonne maison d’édition peut constituer un tremplin intéressant pour entrer dans ce milieu, même s’il y a très peu de places dans le secteur. Il ne faut pas avoir peur de fournir beaucoup de travail, être patient. Il faut aussi avoir une bonne orthographe et la connaissance des langues, notamment l’anglais, peut constituer un réel atout. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.